Commère Hervé ♦ Ce qu’il nous faut c’est un mort

C’était le dimanche 12 juillet 1998. Pour 60 millions de Français, la nuit du 12 juillet 1998 fut celle d’une victoire footballistique. Pour six d’entre eux, ce fut la nuit où leur vie a basculé.

Cette nuit-là, trois garçons pleins d’avenir, Maxime, Patrick et Vincent ont renversé une femme, la jeune Fanny habitante de Vrainville au bord de la Manche, près de Dieppe, lors d’une virée nocturne, Marie une étudiante à Nancy s’est fait violer, William un jeune flic a croisé son âme sœur et Mélie est née.

Près de vingt ans plus tard, voilà que tous se trouvent concernés par la même cause. Au gré des hasards de la vie, les six personnages se retrouvent à Vrainville. On y vit plutôt bien, car l’économie locale est depuis longtemps florissante grâce aux Ateliers Cybelle.

Marie, dix-neuf ans, future aide-soignante en études à Nancy, revient à Vrainville après son agression et survit en pratiquant des sports de combat, quand elle ne coud pas des ensembles de lingerie aux Ateliers Cybelle.

Mélie, originaire du sud, intègre l’illustre bonneterie où elle a toujours rêvé de travailler.

William, policier Noir de parents Réunionnais qui, lassé de sa vie de flic marseillais, a demandé sa mutation pour Vrainville, là où il passait ses vacances autrefois, et où ses parents possèdent une maison de vacances.

Maxime est devenu technicien et syndicaliste dans l’usine. Patrick est devenu maire de Vrainville et Vincent, a hérité de Cybelle.

Tous les éléments sont en place pour un grand roman noir, sur fonds de casse sociale mâtinée de vengeance personnelle, de secrets révélés, de règlements de comptes, qui entraînent la mort d’un homme, puisque Ce qu’il nous faut, c’est un mort.

On est à Vrainville, en Normandie. L’usine centenaire Cybelle va fermer ses portes. Le temps est venu du rachat par un fonds d’investissement. Cybelle, c’est l’emploi de la quasi-totalité des femmes du village depuis trois générations, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une réussite et surtout, une famille. Mais le temps béni de Gaston est révolu, ce fondateur aux idées larges et au cœur vaste dont les héritiers vont faire une ruine. Son fils Marcel Lecourt prendra sa succession, restant dans la ligne édictée par son père.

Ensuite, c’est Vincent, le fils de Marcel qui hérite de l’usine. Il a la main sur la destinée de quelques centaines de salariés. Mais il n’a pas la main sur tout, notamment sur ce secret étouffé dans un accord financier vingt ans plus tôt par son père et le maire de Vrainville, père de Patrick, devenu assureur et qui a succédé à son père à la mairie de Vrainville. Lâchement, ils avaient quitté les lieux, non sans avoir été repérés par le clan Lecarré, des marginaux bagarreurs qui firent après coup chanter Marcel Lecourt.

Maxime, le 3ème larron, responsable du C.E. aux Ateliers, orphelin, élevé par sa grand-mère, n’a la main sur rien. Personne n’a payé pour lui et surtout il n’a pas oublié. C’est l’un des seuls hommes employés par Cybelle et un délégué syndical plutôt actif. Mécanicien d’entretien à la fabrique, Maxime s’est marié avec Marie.

Si le violeur de Marie fut arrêté, cet accident ne fut jamais élucidé. Sortie du coma handicapée, Fanny mit de longues années à se reconstruire. Elle passera sa vie dans un fauteuil roulant et deviendra finalement webmaster.

Avec ce cinquième roman, Hervé Commère a franchi une étape en ficelant un policier haletant. Certainement le plus réussi de ses livres.

Un très beau et sombre roman, qui rend aussi hommage à tous ceux qui résistent pour sauver leurs usines, empêcher le déménagement sauvage de leurs outils de production : les Lip, les Lejaby, et plus récemment les ex-Fralib qui au terme d’une grève de 1 336 jours, ont remporté un combat judiciaire contre une multinationale dé localisatrice, et transformé leur entreprise en SCOP. Ils commercialisent leurs thés et infusions sous la marque 1336. Comme 1 336 jours de grève.

 

L’auteur :

Hervé Commère est un écrivain français, né à Rouen le 16 octobre 1974.

Après des études de lettres modernes, il devient barman, puis patron de bar, d’abord en Sarthe puis dans la Manche.

Il s’installe à Rennes en 2006 et entame l’écriture de son premier roman, « J’attraperai ta mort » qui sort en 2009 (réédition chez Pocket en 2012).

            En 2011 parait « Les Ronds dans l’Eau » aux éditions Fleuve Noir. En 2012, qui sera lauréat du Prix marseillais du Polar 2011 et du Prix du Roman de la ville de Villepreux 2011.

Suit « Le Deuxième homme » paru chez Fleuve Éditions en 2012.

Lorsqu’on lui demande ce qui l’attire dans les romans policiers, Hervé Commère a coutume de répondre qu’il aime l’imprévu qui surgit dans la vie d’un quidam. « Le polar est au coin de la rue » est en passe de devenir sa phrase fétiche.

En 2014, Hervé Commère publie « Imagine le Reste », son quatrième roman, qui obtient le prix Plume de Cristal du Festival international du Film policier de Liège 2015.

En 2015, c’est le magnifique Ce qu’il nous faut c’est un mort qu’il publie et qui devient lauréat du prix Polars pourpres et du Prix de la ville de Mauves-sur-Loire en 2017.

Hervé Commère vit et travaille à Paris.

Il est traduit en Chine et au Japon.

 

Œuvre :

  • J’attraperai ta mort, 2009
  • Les Ronds dans l’eau, 2011
  • Le Deuxième Homme, octobre 2012
  • Imagine le reste, 2014
  • Ce qu’il nous faut, c’est un mort, mars 2016
  • Départs, novembre 2017
  • Sauf, mars 2018

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