De Kerangal Maylis ♦ Un monde à portée de main

Paula, Jonas, peintre en décor surdoué et Kate une Écossaise débrouillarde et impulsive, se sont rencontrés dans une école de peinture bruxelloise où l’on y apprend la reproduction, le trompe-l’œil ou le fac-similé, une école comme une porte fermée et ouverte sur l’art.

Les histoires des trois vont se lier et s’entremêler pendant, et après.

Mais c’est Paula Karst que la narration nous invite à suivre en prime. Elle nous relate son parcours initiatique.

En 2007, à l’âge de 20 ans, la jeune fille quitte Paris et ses parents pour suivre l’enseignement de “ la dame au col roulé noir ” dans une école réputée de Bruxelles, le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, spécialisée dans la peinture des bois et des marbres où, durant six mois, elle apprend les techniques du Trompe-l’œil, l’art de l’illusion.

Là-bas, elle va découvrir toutes les façons de reproduire des textures minérales, végétales, animales, et nouer une relation troublante avec son colocataire, Jonas – énigmatique jeune homme à casquette qui s’avère déjà un peintre en décor surdoué -, ainsi qu’une forte amitié avec une autre étudiante, Kate – grande gigue écossaise aussi débrouillarde qu’impulsive. Ensemble, ils forment un trio indéfectible qui nous initie aux mystères de la maille de chêne, aux veinules d’or du marbre noir Portor et aux écailles imbriquées d’une carapace de tortue.

Ce sont des mois d’une vie d’ascète en vase clos, coupés du reste du monde, durant lesquels la peinture envahit tout, l’espace et les esprits, des mois de doutes où ils apprennent à copier, imiter et reproduire jusqu’à épuisement toutes les nuances du marbre, toutes les essences de bois, des mois de souffrance dans leur corps tellement le travail est physique.

Après les mois d’apprentissage se succèdent les années de formation.

Dans la première partie, on suit leur rencontre dans une école de peinture de Bruxelles, où ils apprennent à dessiner et peindre des imitations de bois, de marbre, de panneaux décoratifs, de trompe-l’œil et de décors de théâtre. C’est le temps de l’apprentissage.

La deuxième partie est consacrée aux premières années de travail de Paula, avec ses premiers chantiers modestes, à Paris, Moscou et en Italie aux décors de cinéma des ateliers de Cinecitta à Rome.

Et la dernière est consacrée au chantier de Lascaux IV, où elle va devoir se mettre à la place des peintres de la préhistoire et travailler dans les mêmes conditions qu’eux. Elle va avoir les origines du monde à portée de main… Un chantier très particulier et très exigeant qui va en quelque sorte la révéler à elle-même, tout en la reliant à la longue chaîne des peintres décorateurs.

Il s’agit donc d’un roman d’apprentissage au sens premier, tout à fait actuel quand il décrit la manière dont les jeunes d’aujourd’hui abordent leurs études, leurs premiers pas dans la vie active, leurs relations interpersonnelles.

Est-on un vrai artiste, un vrai peintre quand on accomplit ce qui peut s’apparenter à un travail de faussaire? Est-on dans la création quand on reproduit?

 

L’auteur :

Maylis de Kerangal, de son vrai nom : Maylis Suzanne Jacquline Le Gal De Kerangal,  est une femme de lettres française, née le 16 juin 1967 au Havre. Quimper est le berceau familial. Les Kerangal y furent fondeurs de cloches et imprimeurs de l’évêché.

Fille et petite-fille de capitaine au long cours, elle passe son enfance au Havre. Sa maman était professeur d’histoire-géographie.

Elle passe les 18 premières années au Havre, ville aplatie par les bombes en 1945 et reconstruite directement sur les gravats. Dans la ville terminus, où la famille commence par loger dans un des fameux IsaiI («Immeubles Sans Affectation Individuelle») de Perret, Maylis rêve de Paris, «la ville au bout des rails» comme elle dit.

De 1985 à 1990, elle fait une classe préparatoire au lycée Jeanne-d ‘Arc de Rouen et ensuite elle va à Paris pour faire une hypokhâgne et deux khâ­gnes où elle étudie l’histoire, la philosophie et l’ethnologie. Sa maîtrise portait sur les cartographes, les cosmographies de la Renaissance.

Elle arrive alors là ou mènent souvent les études : nulle part !!! Mais comme elle aime bien les articles d’ethnologie maritime que publie le Chasse-Marée, elle s’en va au Salon Nautique proposer, à la revue des vieux bateaux, ses jeunes services (en vain). Sur le stand d’en face, qui est celui de Gallimard Jeunesse, elle laisse un CV, à tout hasard. On la rappelle dix jours plus tard : elle est embauchée comme petite main pour la préparation de guides de voyage sur la Bretagne. Magie du nom de Kerangal !

Elle a passé un an au département des Cartes et plans à la bibliothèque Richelieu. Puis elle est allée à l’Ecole des hautes études pour faire de l’anthropologie.

En 1991, elle est engagée comme éditrice jeunesse aux éditions Gallimard aux côtés de Pierre Marchand et pour s’occuper de guides de voyage jusqu’en 1996, avant de faire deux séjours aux États-Unis, à Golden dans le Colorado en 1997 parce que son capitaine de mari veut changer de cap et qu’il a décidé de faire des études dans une fac américaine.

Ensuite, elle reprend sa formation en passant une année à l’EHESS à Paris en 1998.

Elle publie son premier roman, Je marche sous un ciel de traîne, en 2000, suivi en 2003 par La Vie voyageuse, puis par Ni fleurs, ni couronnes en 2006, Dans les rapides en 2007 et par Corniche Kennedy en 2008. Ce dernier roman figure cette année-là dans la sélection de plusieurs prix littéraires comme le Médicis ou le Femina.

Elle crée en même temps Les Éditions du Baron Perché spécialisées dans la jeunesse où elle travaille de 2004 à 2008, avant de se consacrer à l’écriture. Elle participe aussi à la revue Inculte.

Son roman Naissance d’un pont est publié en 2010. Selon elle, « il s’agit d’une sorte de western, autrement dit d’un roman de fondation, et la référence à ce genre cinématographique opère dans le texte, l’écriture travaille en plan large, brasse du ciel, des paysages, des matières, des hommes, et resserre sa focale sur les héros qui sont toujours pris dans l’action, dans la nécessité de répondre à une situation. ».

Le 3 novembre 2010, l’ouvrage remporte à l’unanimité et au premier tour le prix Médicis. Le livre remporte aussi le Prix Franz Hessel et est, la même année, sélectionné pour les prix Femina, Goncourt, et Flore. Le Prix Franz Hessel permet à l’ouvrage de bénéficier d’une traduction en allemand, parue en 2012 chez Suhrkamp.

En 2011, elle est l’une des participantes du Salon du livre de Beyrouth au BIEL (Beirut International Exhibition & Leisure Center).

En 2012, elle remporte le prix Landerneau pour son roman Tangente vers l’est paru aux éditions Verticales.

En 2014, elle est la première lauréate du Roman des étudiants France Culture-Télérama (ancien Prix France Culture-Télérama), pour son roman Réparer les vivants qui a été aussi couronné par le Grand prix RTL-Lire 2014 ainsi que par le Prix des lecteurs de l’Express-BFM TV. Dans cet ouvrage, elle suit pendant 24 heures le périple du cœur du jeune Simon, en mort cérébrale, jusqu’à la transplantation de l’organe.

En 2016, elle est « grand témoin » du Festival International de Géographie.

Maylis de Kerangal habite à Paris, entre République et Bastille, mais écrit – pendant la journée, et parfois tard le soir – dans une chambre de bonne située pas loin de chez elle.

Elle est l’épouse d’un capitaine au long cours devenu courtier maritime, la mère de quatre enfants âgés de 11 à 25 ans.

 

Œuvres :

Romans, nouvelles :

  • Je marche sous un ciel de traîne – 2000
  • La Vie voyageuse – 2003
  • La Rue – 2005.
  • Ni fleurs ni couronnes – 2006
  • La Peau d’une fille qui rentre de la plage – 2006, avec Robin Goldring pour les peintures
  • Inculte, Spécial coupe du monde – 2006
  • Dans les rapides – 2007
  • Corniche Kennedy – 2008
  • Binocles Œil de Biche & Verres Fumés – 2008 Collectif, Minimum Rock’n’Roll
  • Femmes et sport : regards sur les athlètes, les supportrices, et les autres – 2009
  • Naissance d’un pont – 2010.
  • Pierre Feuille Ciseaux – 2012 – Benoît Grimbert (photographies)
  • Tangente vers l’est – 2012.
  • Réparer les vivants – 2013
  • À ce stade de la nuit – 2014
  • Un chemin de table – 2016
  • Un monde à portée de main – 2018

 

Albums pour enfants :

  • Maylis de Kerangal (texte), Alexandra Pichard (illustrations), Nina et les oreillers – ‎ 2011, 28 p.

Distinctions

  • Prix Médicis 2010 pour Naissance d’un pont (au premier tour). Le livre est la même année en sélection pour les prix Femina, Goncourt et Flore.
  • Prix Franz Hessel 2010 pour Naissance d’un pont
  • Prix Landerneau 2012 pour Tangente vers l’est
  • Grand prix RTL-Lire 2014 pour Réparer les vivants
  • Roman des étudiants – France Culture-Télérama 2014 pour Réparer les vivants
  • Prix Orange du Livre 2014 pour Réparer les vivants
  • Prix du 37ème prix Relay des Voyageurs 2014 pour Réparer les vivants
  • le prix littéraire Charles-Brisset attribué par l’Association française en psychiatrie 2014 pour Réparer les vivants
  • le premier Prix Paris Diderot-Esprits libres 2014 pour Réparer les vivants
  • le Prix des lecteurs L’Express/BFMTV 2014 pour Réparer les vivants

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