Alder-Olsen Jussi ♦ Dossier 64

Dossier 64La nouvelle enquête du trio formé par l’inspecteur Mørck et ses assistants Assad et Rose fait monter la tension d’un cran en nous plongeant dans le sombre passé politique du Danemark.

Le département V de la police de Copenhague ne brille ni par son confort ni par les moyens qui lui sont alloués. Tout juste un sous-sol blafard où s’entassent les dossiers de meurtres non résolus et de disparitions mystérieuses. Ces  » cold cases « , comme on les appelle, sont la chasse gardée de l’inspecteur Carl Morck, quadra taciturne, de ses deux assistants, l’intriguant Syrien Assad et la bouillonnante Rose.

Le fameux inspecteur Mørck a toujours son sale caractère et il continue de fumer ses clopes qui empuantissent le sous-sol de l’immeuble de police où se trouvent son bureau et les placards à balais qui servent de bureau à ses assistants. Sa relation avec la belle psy Mona se poursuit tant bien que mal, et il n’en revient toujours pas de sa chance qu’une femme de cette trempe ait jeté son dévolu sur lui, dont la vie est toujours un peu foireuse entre son ex-femme qui veut cette fois-ci divorcer pour épouser son hindou barbu et, en passant, vendre la maison qui lui appartient, son beau-fils qui continue à glander et son locataire plus qu’atypique, sans parler de Hardy, son ancien coéquipier devenu tétraplégique et couché au milieu de son salon… Doté d’une ironie à toute épreuve, d’un goût pour l’irrévérence et les remarques acides et d’un penchant au farniente, Mørck reflète un type de personnalité bien danoise. Aussi attachant pour le lecteur qu’exaspérant pour ses collègues, il ne se soucie guère de ce que l’on pense de lui. Cela tombe bien, les missions qui lui sont confiées sont celles d’un département spécialement créé pour lui : le département V consacré aux « cold cases », les  affaires non élucidées. Mais après 25 ans à la police de Copenhague (dont 10 à la brigade criminelle), il reste un enquêteur hors pair, redoutablement efficace une fois qu’il a interrompu sa sieste et mordu à l’hameçon. Il n’y a que les jolies femmes pour le déstabiliser, lui rappelant que sa vie privée est loin d’être aussi satisfaisante que sa carrière…

Rose Knudsen, cheveux noirs coiffés à la punk, talons vertigineux et sourire à se damner, est toujours Rose, même si elle penche un peu vers Irsah de temps en temps et le lecteur en apprend d’ailleurs un peu plus sur ses crises de dédoublement de personnalité. Déjantée, allergique à l’autorité, elle ne se laisse pas faire et prend un malin plaisir à tenir tête à un Mørck excédé. Sous ses allures de femme fatale, elle se révèle pourtant tout aussi efficace qu’Assad, « son petit bédouin préféré », et surtout passionnée par les enquêtes. Très bien notée à l’école de police, son échec au permis de conduire l’a empêchée de poursuivre sa carrière. Elle s’est donc rabattue sur des études de secrétariat et a débuté au commissariat central de Copenhague où elle a laissé un sacré souvenir à ses anciens collègues qui, tout comme Mørck, la prennent pour une dingue. On ne se lasse pas du caractère fougueux de la jeune femme, de ses colères ou remarques acerbes et de la manière dont elle gère de main de maître ce trio improbable qui lui obéit au doigt et à l’œil !

 Quant à Assad, avec son intelligence aigüe, aussi surprenante que son maniement expert de l’arme blanche et son grand sens de l’humour, il continue ses mystères sur son passé. Impossible en effet de deviner qui se cache derrière cet homme, même si on sent bien qu’il a trempé dans des magouilles ou des affaires pas nettes… Est-il un exilé politique ? A-t-il fait partie de services secrets en Syrie ou ailleurs ? Quels sont ses contacts qui semblent avoir le bras long et sont capables de flanquer une peur bleue à un malfrat notoire ? Pourquoi semble-t-il ne pas avoir de domicile fixe, ses adresses étant des immeubles vides ? Et où sont sa famille, la femme et les filles dont il avait un peu parlé au cours de la première enquête et de ses débuts dans le département ?…

Copenhague. Une brutale agression dans les quartiers chauds de Vesterbro incite Rose à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée mystérieusement disparue vingt-trois ans plus tôt.

A la fin des années 80, quatre personnes disparaissent mystérieusement en l’espace de quelques jours. Jamais élucidée, l’affaire se retrouve sur le bureau du Département V. Carl Morck et ses assistants ne tardent pas à remonter jusqu’aux années 50 où s’ouvre un sombre chapitre de l’histoire danoise : sur la petite île de Sprögo, des femmes sont internées et stérilisées de force sous la direction du docteur Curt Wad, obsédé par l’idée d’un peuple  » pur « . L’une d’elle, la patiente n°64, est Nete Hermansen…

L’île de Sprögo accueillit réellement de 1922 à 1961 un centre de regroupement pour des jeunes filles qui tombaient enceintes sans être mariées, ou qui transgressaient les mœurs de l’époque, ou qui étaient considérées comme folles ou débiles. Pour parvenir à ses fins, Curt Ward, à la tête du parti nommé « René Linier », et son père avant lui, tous deux médecins, n’hésite pas à faire enfermer ces femmes enceintes, les avorte et enfin les stérilise.

Contrôle des mariages, stérilisation, castration, avortement, internement obligatoire… Pendant près d’un demi-siècle, le Danemark a expérimenté un arsenal de mesures visant à éviter la perpétuation de tares mentales ou de maladies reconnues héréditaires, voire à endiguer des phénomènes sociaux, tel l’alcoolisme. Il fallut attendre 1959 et la révision de la loi relative aux malades mentaux pour que soit aboli l’enfermement obligatoire, et 1967 pour que disparaissent stérilisation et castration obligatoires.

 

Plongé dans une terrible histoire de vengeance, Mørck enquête cette fois dans le milieu politique opaque d’une société danoise où l’influence des extrêmes se fait sentir.

Dés le début nous savons qui est responsable des disparitions dont s’occupent le trio. Les chapitres alternent les époques : 2010, date de l’enquête, et 1987 qui nous ramène au destin tragique de Nete Hermansen, femme meurtrie qui nous raconte son histoire. Elle revient sur les raisons à l’origine des disparitions et l’on sait rapidement qui en est à l’origine.

Avec ce quatrième volet tiré d’une histoire vraie, Jussi Adler-Olsen se surpasse en entremêlant d’une main de maître passé et présent, sans renoncer à un humour plus acéré que jamais. L’écrivain exhume une page terrifiante de l’histoire de son pays. Ancien éditeur, Jussi Alder-Olson connaît un succès sans précédent avec Département V, série best-seller qui devrait au total compter onze volumes.

 

L’auteur:

SONY DSCJussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, né le 2 août 1950 à Copenhague, est un écrivain danois. Il a été élevé dans un hôpital psychiatrique où son père travaillait.

Après avoir été le « bon » guitariste d’un groupe de musique pop, il s’essaie à la médecine puis aux sciences politiques, étudie le cinéma, mais aussi les mathématiques.

Plus tard, il transforme son appartement en boutique de BD d’occasion, monte une maison d’édition, joue les scénaristes et participe au Mouvement danois pour la paix.

En 1984, il publie un premier roman : Grouchko.

Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s’est spécialisé dans les romans policiers avec la série « Département V » qui gère les affaires non résolues, dont le premier tome, « Miséricorde », publié en France chez Albin Michel en 2011 s’est vendu à trois millions d’exemplaires au Danemark et en Allemagne. Il a été couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, de La Clé de Verre aux Golden Laurels des libraires. Il connaît en Europe un succès sans précédent

Le second tome : « Profanation » est paru en France en mai 2012. Le troisième : « Délivrance » est sorti en Janvier 2013. Il a déjà reçu le Prix du meilleur Thriller scandinave ainsi que le Prix des libraires Danois.

Cette grande saga s’inscrit dans le temps.

Le dernier : « Journal 64 » ou « Dossier 64 » fut la meilleure vente de livre en 2010 au Danemark, Pour ce roman, il a eu la distinction du meilleur prix littéraire danois au début de cette année, le Prix de la Clé de Verre du meilleur thriller Scandinave, le Prix des Lauriers d’Or des Libraires et le Prix des Lecteurs du meilleur livre danois. Il est sorti le 03 janvier 2014 en France, aux éditions Albin Michel.

Il est l’auteur de sept romans. Il a dans un premier temps écrit des grands thrillers internationaux. Puis il a tourné son regard et ses écrits vers le Danemark.

 

Œuvres :

Série : Les Enquêtes du département V

Vol. 1 – Miséricorde (da) (Kvinden i buret, 2007). Trad. de Monique Christian – octobre 2011

– 2012 : Grand prix des lectrices de Elle, catégorie Policier

– 2012 : Prix du Livre Robinsonnais, catégorie Policiers

– 2013 : Prix des lecteurs du Livre de poche

– 2013 : Prix Plume d’or du thriller international

– 2014 : Coup de cœur de La Griffe Noire

Vol. 2 – Profanation (da) (Fasandræberne, 2008). Trad. de Caroline Berg – mai 2012

Vol. 3 – Délivrance (da) (Flaskepost fra P, 2009). Trad. de Caroline Berg – janvier 2013

Vol. 4 – Dossier 64 (da) (Journal 64, 2010) – janvier 2014

Vol. 5 – L’Effet papillon (da) (Marco Effekten, 2012) – janvier 2015

Vol. 6 – Promesse (da) (Den grænseløse, 2014).

Vol. 7 – Selfies (da) (Selfies, 2016).

Romans indépendants

  • Grouchko, 1985
  • Alfabethuset, 1997
  • Og hun takkede guderne, 2003
  • Washington dekretet, 2006

Adaptations de romans au cinéma

  • 2013 : Les Enquêtes du département V : Miséricorde (Kvinden i buret) de Mikkel Nørgaard (da), adapté du roman Miséricorde
  • 2014 : Les Enquêtes du département V : Profanation (Fasandræberne) de Mikkel Nørgaard (da), adapté du roman Profanation
  • 2016 : Les Enquêtes du département V : Délivrance (Flaskepost fra P) de Hans Petter Moland, adapté du roman Délivrance

Récompenses et prix

  • Grand prix des lectrices de Elle (2012) : Miséricorde (da)
  • Prix des Lecteurs, catégorie Polar (France) (Le Livre de Poche) (2013)
  • Coup de cœur de La Griffe Noire (France) (2014)
  • Prix d’honneur Boréales/Région Basse-Normandie du polar nordique (2014)

Sur la Scandinavie avec Jussi ADLER-OLSEN
Vous considérez-vous comme un auteur scandinave ou simplement comme un auteur vivant dans un pays scandinave ?

La Scandinavie est une région assez exotique. De nombreux endroits, conventions sociales ou traditions y sont uniques au monde, donc en cela, oui, je suis scandinave. Pour tout le reste, je suis un citoyen du monde.
Quelle importance a pour vous l’image du Danemark où se déroule l’action de vos livres ?

Comme je suis très précis dans mes recherches, ceux qui liront la série des enquêtes du département V pourront visiter le Danemark et retrouver aisément l’atmosphère des endroits dont je parle. Pourtant, je ne laisse jamais le décor détourner l’attention de ce qui est au cœur d’un bon thriller : l’empathie pour les personnages, le respect de l’intrigue et la compréhension de ce qu’attendent les lecteurs, leur faculté à imaginer eux-mêmes leurs propres paysages.
Êtes-vous un auteur politiquement engagé ? Considérez-vous la politique comme faisant partie de vos livres, ne serait-ce qu’en toile de fond ?

Si vous voulez savoir si je suis critique envers le système politique danois, alors la réponse est oui. Si vous me demandez si j’ai tendance à défendre un parti politique plutôt qu’un autre, la réponse est non. Mon attitude concernant la politique est d’abord d’être critique, peu importe ce qu’il y a à critiquer. Et ensuite de rappeler aux hommes politiques au pouvoir qu’ils doivent comprendre que ce sont eux qui sont à notre service et non l’inverse. Comprendre qu’avant toute chose, dans leur domaine, ils doivent être capables de reconnaître leurs erreurs et de s’autoévaluer.
Les pays scandinaves sont-ils encore sous l’emprise de cette notion d’un idéal socio-démocrate ? Ou est-ce que nous vivons tous désormais dans le même monde ?

Il n’y a aucun doute sur le fait qu’aujourd’hui dans les pays scandinaves nous vivons dans une forme de démocratie unique au monde. Que ces dernières années nous ayons suivi des tendances plus globales (tout particulièrement ici au Danemark) conférant plus de valeur à l’individu qu’au bien commun de la société, ça, c’est une autre affaire. Nous avons connu une période très négative, morose, mais nous avons toujours le droit de critiquer et de rejeter sans faute les mauvaises idées. Et il n’y a aucun endroit au monde, à mon avis, où l’on utilise plus fréquemment et de manière plus réfléchie ce droit dont je suis fier.

Sur le genre du thriller et ses sources d’inspiration :

Pourquoi écrivez-vous des thrillers ?

Le genre permet d’écrire une histoire qui se déroule à n’importe quelle époque, qui peut jouer avec différents points de vue et aborder tous les sujets. Comme je suis fasciné par la politique, les secrets et le côté obscur des hommes, et comme ces trois éléments, quand ils sont mélangés, produisent des résultats aussi dévastateurs que passionnants, le choix du thriller s’est imposé à moi. De plus, c’est un genre qui offre la possibilité d’être publié dans d’autres pays, et donc de pouvoir vivre de son écriture. De nombreux films se fondent sur des thrillers ou des suspenses : Chacal, Le Comte de Monte-Cristo, Quand les aigles attaquent, La ligne verte – autant de livres formidables devenus de merveilleux films. Comme j’ai fait des études de cinéma et que j’ai constamment en tête des milliers d’images, j’aimerais bien que mes romans soient portés un jour à l’écran.

D’où vient votre inspiration et quels sont les sujets qui vous intéressent ?

Je suis toujours intéressé par ce qu’on ne dit pas, par les questions laissées sans réponses. Par exemple, pourquoi soudainement au milieu des années cinquante avons-nous eu accès à des psychotropes violents et qui ont été les cobayes ? Que se passe-t-il lorsqu’un président des Etats-Unis nouvellement élu perd la tête juste avant son investiture ? Quel effet peut avoir sur quelqu’un l’enfermement dans une chambre pressurisée durant 5 ans ? Et que se passe-t-il si cette personne, une femme, ne sait même pas pourquoi elle y est enfermée ? Des questions comme celles-ci me taraudent et me forcent à entreprendre des recherches approfondies, probablement jamais faites auparavant. Chaque livre devient une sorte de petite enquête.

Les sujets d’actualité, ou qui vont le devenir, m’intéressent au plus haut point. Et aussi les cas de gens ordinaires, tout particulièrement les femmes, qui vivent de petits drames, aux conséquences incalculables pour eux et les autres – à mon avis, on tient là l’intrigue parfaite !

La plupart du temps, l’inspiration est tout simplement le résultat du fait de garder les yeux grands ouverts et de travailler dur. Les muses ne sont pas aussi généreuses en soudaines idées de génie qu’on ne le croit…

 

Sur son parcours d’écrivain :

 Comment et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?

Comme la plupart des auteurs, j’ai commencé à écrire assez jeune. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui m’ont encouragé, complimenté. Les compliments peuvent engendrer de grandes choses. J’ai écrit une histoire pour ma sœur, participé à plusieurs concours d’écriture et j’en ai remporté quelques-uns. Mais dans l’ensemble, j’étais un enfant comme les autres.

C’est seulement à l’âge de 30 ans que j’ai réalisé que j’avais envie d’écrire un roman. Ma femme et moi avons pris un congé sabbatique de 6 mois, passé en Hollande, où j’ai écrit mon premier roman, Russian solitaire. Ce n’était pas trop mal ficelé, mais j’ai décidé que je manquais encore d’expérience et je l’ai rangé dans un tiroir, où d’ailleurs il restera. Plus tard, j’ai travaillé en tant qu’éditeur en chef puis directeur d’une maison d’édition, ce qui m’a appris beaucoup de choses. J’ai surtout lu beaucoup de manuscrits.

Mon conseil aux auteurs débutants: lisez tant que vous pouvez, surtout des choses bonnes à jeter à la poubelle – c’est très motivant : vous, vous pouvez faire mieux que ça !

J’ai commencé à écrire mon premier vrai roman à 39 ans, et à cause de ma situation professionnelle, il n’a été publié que quand j’en ai eu 47. Mais à partir de ce moment-là, impossible de revenir en arrière, et je suis devenu un auteur à plein temps.
Comment gérez-vous l’angoisse de la page blanche ?

C’est un syndrome que je ne connais pas, et qui ne devrait d’ailleurs exister pour personne. Je pense que la peur de la page blanche provient soit d’un manque de concentration soit de la simple paresse. Quand on se concentre sur son travail, l’inspiration vient naturellement. Personnellement, j’aime quand ces trous noirs apparaissent en cours de route, quand des problèmes surgissent dans l’écriture, quand je dois me battre avec une question que je n’ai pas encore résolue. Par paresse, j’entends le fait de se lever de sa chaise au lieu de tenter de résoudre le problème. Ne vous levez pas – c’est tout ce que j’ai à dire ! Si vous ne lâchez pas, la page blanche n’aura aucun pouvoir sur vous. On ne devrait jamais se lever avant d’être satisfait de son travail. Cela dit, on ne doit pas trop donner non plus. Il faut en garder pour le lendemain, tout en ayant en tête dans quel sens cela doit aller. La demi-page, que vous auriez aisément pu terminer aujourd’hui, sera votre meilleure alliée pour recommencer à écrire demain. Vous pouvez même vous arrêter au milieu d’une phrase – c’est un vieux truc, mais ça marche. Qui ne finirait pas une phrase le lendemain matin ?

Quels sont les écrivains qui vous ont inspiré ou vous inspirent ?

John Steinbeck, Charles Dickens, Victor Hugo, mais aussi Peter Bichsel, Jerzy Kosinsky et même l’étrange Erlend Loe. Des écrivains originaux avec une langue originale et des intrigues à vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps, à vous déboiter les zygomatiques. Je pourrais ajouter beaucoup d’autres noms, dans plusieurs genres littéraires différents.

 

Sur les enquêtes du département V :

Comment est né le premier tome de la série Miséricorde ?

Miséricorde est construit à partir de plusieurs éléments. Tout d’abord, Carl Mørck, le personnage principal, et son histoire. Elle est longue et s’étendra probablement sur 9 à 10 tomes. Sa vie contient beaucoup d’aspects intéressants mais aussi obscurs, qui seront révélés progressivement. Le personnage de Mørck s’inspire du patient d’un hôpital psychiatrique que j’ai rencontré à l’âge de 6 ans. Il s’appelait Mørck, paraissait très gentil, mais c’était un criminel dangereux. Ainsi j’ai appris très tôt que le bien et le mal pouvait facilement exister dans une seule et même personne.

Chaque personnage a sa propre fonction tout au long de la série. J’ai en tête l’intégralité des tomes, donc je connais l’histoire de chacun.

En ce qui concerne Miséricorde, je me suis inspiré de mon enfance dans les hôpitaux psychiatriques où j’ai croisé beaucoup de personnes repliées sur elles-mêmes, enfermées dans leur propre cage sans comprendre comment elles avaient fini par s’y trouver, et encore moins comment en sortir. J’ai également été inspiré par l’histoire d’un petit garçon italien enfermé pendant 14 ans par ses parents qui n’aimaient pas son physique. Je savais aussi que mon histoire devait comporter une part d’humour et s’articuler autour de personnages et de lieux bien définis. Le reste est simplement de la fiction.

Mørck s’inspire-t-il de vous ?

Je suis né Carl Valdemar Jussi Henry Adler-Olsen. Donc bien-sûr, Carl, c’est aussi un peu moi. Le trait de caractère que nous partageons jusqu’à un certain point est la paresse. Comme je ne suis pas fier, je travaille d’autant plus ! Dans le fond, j’envie à Carl sa décontraction, le fait de pouvoir piquer un petit roupillon quand ça lui chante. Comme lui, j’ai facilement des idées créatives et nous sommes tous les deux très directs, on ne tourne pas autour du pot lorsqu’on a un message à faire passer. D’après mon expérience, l’honnêteté facilite les choses, même lorsqu’elle n’est pas appréciée. Contrairement à Carl, je suis diplomate, mais je l’envie lorsqu’il dit aux gens leurs quatre vérités. En bref, nous avons beaucoup de points communs – mais une chose est sûre, quand la série sera terminée, ni Carl ni moi ne nous mettrons au golf…

Pouvez-vous nous en dire plus sur le personnage mystérieux d’Assad ?

Son histoire est centrale, il est l’un des éléments les plus mystérieux du département V. Assad est né d’une simple phrase de mon ami le traducteur Steve Schein. Un jour que je l’appelais pour lui dire qu’il me manquait et que je pensais souvent à lui, il m’a répondu : « Ca alors, Jussi, c’est formidable, les grands esprits se rencontrent – justement moi aussi j’étais en train de penser à moi ! ».

J’ai construit le personnage décalé d’Assad à partir de cette seule phrase. Il est comme l’acolyte de Don Quichotte, Sancho Pança : vif, plein de petites manies, de bonnes combines. C’est toujours lui qui donne le coup d’envoi des histoires. La relation entre Carl et Assad peut aussi être comparée à celle entre Sherlock Holmes et le Docteur Watson, même si Assad n’est pas complètement watsonien… Engagé en tant qu’homme à tout faire au service de Carl, il semble d’abord un peu benêt, mais possède en fait un grand sens de l’humour et une intelligence aigüe, surtout en matière d’enquêtes policière. Assad est né pour être le catalyseur de Carl. C’est lui qui arrive à faire en sorte que son supérieur, las et désabusé, s’intéresse à nouveau à son travail et à la vie autour de lui. Et en même temps, Assad est aussi le parfait exemple de l’immigrant sur un pied d’égalité avec n’importe qui, tout aussi éduqué, si ce n’est plus. Il n’a pas le moindre doute sur le fait que différentes cultures puissent cohabiter. La longue histoire d’Assad, qui progresse lentement de livre en livre, est au moins aussi passionnante et imprévisible que celle de Carl, vous allez voir !

Dans le cas d’une adaptation au cinéma, qui aimeriez-vous voir dans les rôles de Carl Mørck et Hafez el-Assad ?

Les livres sont adaptés par une équipe qui est pratiquement la même que celle chargée de l’adaptation du premier Stieg Larsson. Nous avons le même scénariste. A partir de 2013, chaque année pendant 9 ou 10 ans, sortira un film tiré de la série du département V. Chaque film sera palpitant, saisissant, effrayant, et normalement, la même équipe d’acteurs restera en place jusqu’au bout afin que l’on puisse suivre leur progression au fil du temps.

Selon moi, tout homme avec une réelle expérience de vie peut jouer le rôle de Carl. Au Danemark, le casting est terminé. Mais je pourrais assez bien m’imaginer le Tommy Lee Jones d’il y a 20 ans dans le rôle de Carl Mørck, ha ha…

 

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