Khadra Yasmina ♦ L’écrivain

L'écrivainDe Yasmina Khadra, on ne connaissait que le pseudonyme et les livres. De son passé, rien. Il aura fallu attendre la publication de « L’Ecrivain », son dernier roman largement autobiographique, pour comprendre qui il est : « Enfance évincée, adolescence confisquée, jeunesse compromise ».

Né en 1955 à Kenadsa, le petit Mohammed n’a que neuf ans lorsque, un matin de 1964, son père décide de son avenir. Il quitte Oran pour l’emmener en voiture, lui le fils adoré, à l’école des cadets d’El Mechouar. Sans son consentement, il le conduit en silence à travers les routes éprouvantes de Tlemcen et l’abandonne « pour son bien » entre les mains de l’armée. Il veut qu’il devienne officier, comme lui. Le monde de l’enfance choyée est balayé à l’instant où l’auteur franchit les portes de cette sinistre institution. L’auteur nous entraîne dans cet itinéraire très intériorisé qui le conduit à l’âge adulte, onze ans plus tard, avec des éclats de poésie et parfois d’humour.

A l’école des cadets d’El Mechouar, Mohammed Moulessehoul n’aura dès lors qu’un seul rêve, qu’une seule passion : devenir écrivain.

Moulesshoul devenu Khadra pour des raisons de sécurité – on n’écrit pas sur la tragédie de l’Algérie sans prendre des précautions – fait face à son irrésolution de gamin qui n’assumera que très tard son plus grand désir. L’officier tire aujourd’hui sa révérence et laisse enfin s’épanouir l’écrivain.

Il décrit la brutalité de la vie à l’école des cadets : le clairon au petit matin, le matricule remplaçant le nom, la tonsure, les pieds gelés, la discipline infernale des gradés plus ou moins sadiques, les nuits remplies par les cauchemars des orphelins qui ont connu les horreurs de la guerre coloniale. Seuls, l’amitié avec certains compagnons d’infortune et les souvenirs qui jaillissent, mettent un baume de fraîcheur dans le cœur de l’enfant et du lecteur. L’imaginaire et la réflexion philosophique se mettent en marche car le futur écrivain a vite « cessé d’attendre que les hautes murailles de la forteresse s’effondrent pour lui restituer sa liberté ». Il pense à Oran, sa ville d’origine, turbulente, inondée de lumière, son quartier tranquille avec « une basse cour… la courette que gardaient deux citronniers enchevêtrés ; la treille se ramifiait jusque dans la rue. En été d’imposantes grappes de muscat transformaient l’endroit en mât de cocagne…les galopins et les passants n’avaient qu’à se hisser pour se servir. »

L’enfant a non seulement perdu son paradis affectif, mais son présent va se trouver brutalisé à l’extrême par la polygamie de son père et ses conséquences. Tout est exprimé en phrases rapides et avec délicatesse : les relations avec sa mère répudiée, ses tantes, ses frères, ses cousins, son oncle plein de sagesse, ses anciens copains dont certains auront un destin dramatique.

Lorsque sa mère, qui n’a encore que trente ans, et ses sept enfants sont mis au rebut, ils sont contraints à habiter dans un garage désaffecté, au cœur du quartier le plus misérable et le plus malfamé d’Oran. Le jeune cadet Mohamed est désormais « chef de famille » quand il n’est pas derrière les murs de la caserne.

L’enfant va réagir et puiser sa force dans la lecture et dans l’écriture. A l’âge de dix ans, il découvre qu’il est né pour écrire. C’est l’écriture qui le sauvera du désespoir, du suicide, de la médiocrité, de la haine des autres et en particulier de son père.

Lorsqu’il quitte El Mechouar pour Koléa, une autre école militaire qui le conduira jusqu’au baccalauréat, sa vocation d’écrivain se précise. A El Mechouar ses premiers vers lui avaient ouvert la porte de « son » exil. A Koléa, grâce à certains professeurs, il découvre les sommets de la bonne et de la grande littérature, qu’elle soit française, arabe, américaine ou russe. Il écrit dans une revue malgré le comité de censure, il monte une pièce de théâtre dont il est l’auteur.

 

L’auteur :

  On sait depuis peu que Yasmina Khadra est un pseudonyme : derrière ce double prénom féminin se cache un homme, officier supérieur de l’armée algérienne : Mohamed Moulessehoul.

 Il choisit ce pseudonyme pour échapper à une forme d’autocensure perceptible dans ses premiers textes, mais aussi pour rendre hommage à son épouse (Yasmina et Khadra sont ses deux premiers prénoms) et au courage des femmes algériennes.

 Né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans le Sahara algérien d’un père infirmier et d’une mère nomade, Yasmina Khadra est confié dès l’âge de neuf ans à une école militaire. Son père, un officier de l’ALN blessé en 1958, voulut faire de lui un soldat. Il en ressort sous-lieutenant en 1978 pour rejoindre les unités de combat.

 Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 1990, il fut l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA, en particulier en Oranie.

 Durant son engagement dans l’armée algérienne, il publie en Algérie et sous son vrai nom des nouvelles et des romans. En 2000, après trente-six ans de vie militaire, il décide de quitter l’armée pour se consacrer à la littérature et vient s’installer en France avec sa famille.

 L’année suivante, il publie « l’écrivain »où il révèle sa véritable identité, puis « L’imposture des mots », livre dans lequel il justifie sa démarche.

 Auteur notamment de nombreux polars, Yasmina Khadra est internationalement reconnu. Ses romans sont traduits dans vingt-cinq pays.

 Yasmina Khadra bouleverse les points de vue purement occidentaux sur la réalité du monde arabe, dans des romans qui critiquent la bêtise humaine et la culture de la violence. Il évoque son Algérie natale, sa beauté et sa démesure, mais aussi la fureur qui y sévit au nom de Dieu, les lâchetés et les inadmissibles compromissions.

Les hirondelles de Kaboul, sur l’Afghanistan, Les sirènes de Bagdad(2006), sur la guerre en Irak, ou encore L’attentat (2005), sur la descente aux enfers d’une Palestinienne entraînée vers le terrorisme, abordent eux aussi le problème de la violence, dans une écriture lyrique et dépouillée, alliant la beauté et l’insoutenable.

Yasmina Khadra, qui signifie « jasmin vert » en arabe, est le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans la wilaya de Bechar dans le Sahara algérien .

Mohammed Moulessehoul choisit en 1997, avec le roman Morituri, d’écrire sous pseudonyme. Diverses raisons l’y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l’intolérance.

Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms, Yasmina Khadra, et ne révèle son identité masculine qu’en 2001 avec la parution de son roman autobiographique « L’Écrivain » et son identité tout entière dans « L’imposture des mots » en 2002. Or à cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques.

Il acquiert sa renommée internationale avec les romans noirs du commissaire Brahim Llob : « Morituri », adapté au cinéma en 2007 par Okacha Touita, « Double Blanc » et « L’Automne des chimères ». Llob est un incorruptible, dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir. Son Algérie saigne à plaies ouvertes et cela révolte le commissaire. Llob n’hésite donc pas à prendre le risque de fouiner dans les hautes sphères de la société, ce qui lui vaut bien vite la sympathie du lecteur malgré sa vulgarité ou ses côtés parfois misogynes, voire homophobes. Cette série s’enrichit en 2004 d’un autre roman « La Part du mort ».

Khadra illustre également « le dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident » avec les trois romans : « Les Hirondelles de Kaboul », qui raconte l’histoire de deux couples Afghans sous le régime des Talibans. « L’Attentat », roman dans lequel un médecin arabe, Amine, intégré en Israël, recherche la vérité sur sa femme kamikaze. « Les Sirènes de Bagdad » relate le désarroi d’un jeune bédouin irakien poussé à bout par l’accumulation de bavures commises par les troupes américaines.

Yasmina Khadra est traduit dans quarante-et-un (41) pays : Abou Dhabi,Albanie, Algérie (en arabe pour le Maghreb), Allemagne, Autriche, Brésil, Bulgarie, Corée, Croatie, Danemark, Estonie, États-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Grèce, Espagne (castillan et catalan),Hongrie, Inde, Indonésie, Islande, Italie, Israël, Japon, Liban (en arabe pour le Machrek), Lituanie, Macédoine, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Qatar, Roumanie, Russie,Serbie, Slovénie, Suède, Suisse, Taïwan, République tchèque, Turquie, Vietnam.

Laisser un commentaire