Sweig Stefan ♦ Le voyage dans le passé

le voyage dans le passé« Le Voyage dans le passé » est l’histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s’aimer encore.

Louis, jeune homme pauvre, de milieu modeste,  mu par une volonté fanatique, qui, par ses qualités professionnelles se taille une place auprès d’un riche industriel qui finit par en faire son secrétaire privé à domicile, tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur. C’est donc d’abord le récit d’un amour réciproque, passionné et tendre à la fois, mais impossible. Mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. . La femme promet de s’offrir une fois au jeune homme lorsqu’il sera de retour. La grande guerre éclate.

Ils ne se reverront que neuf ans plus tard.

Après dix ans passés au Mexique, un jeune homme s’offre un billet retour vers Vienne pour retrouver son premier, son grand amour : Une femme, mariée, mais le souvenir d’une voix simple et d’un geste calme l’avaient guéri autrefois de son angoisse, lui, rejeton de la pauvreté crasseuse. Avant elle, sans le vernis doré de l’assurance, il se sentait bien trop miséreux pour poser ses pieds d’étudiants sur la moquette épaisse d’un appartement bourgeois. Grâce à elle, et sa tranquille bienveillance,  il connut une carrière brillante.

L’amour résiste-t-il à tout ? A l’usure du temps, à la trahison, à une tragédie ?

Quand ils se retrouvent, après toute cette absence, ils prennent un train pour se rendre dans une ville où leur amour pourra prendre chair. Et c’est là que le malaise des années, la violence de la guerre et le fossé qui, malgré eux, s’est creusé, se révèle. Ils se heurteront à de nouvelles traces d’une amère violence politique qui ne pourra que leur rappeler que le printemps de leur amour est bien passé. Leurs retrouvailles vont se briser sous les bottes d’un défilé nazi, écrasé par les roulements de tambours, en juin, dans les rues d’une ville autrichienne. Car si le couple n’a jamais échangé plus d’un baiser, l’Autriche, elle, déjà offerte, a cédé au fascisme.

Un récit inédit de Stefan Zweig! Incroyable, mais vrai!

Et un récit court, mais poignant, où le grand écrivain qu’il est nous démontre une fois de plus sa capacité à décoder l’intime pour définir l’universel, où la métaphore d’une expérience individuelle est toujours le portrait d’un destin collectif. Sa capacité à cerner une psychologie toute en nuance, à décrire le désir, sa naissance, ses obstacles, sa survivance, est vraiment exceptionnelle.

 

L’auteur :

  Stefan Zweig, né le 28 novembre 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie et mort le 22 février 1942, à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

 Il était le fils de Moritz Zweig, riche fabricant de tissus juif, et d’Ida (Brettauer) Zweig, fille d’un banquier italien. Il étudia la philosophie et l’histoire de la littérature, et à Vienne, il fut associé au mouvement d’avant-garde Jeune Vienne.

 La religion ne joua pas un rôle central dans son éducation. Zweig dit plus tard dans un entretien : « Ma mère et mon père étaient juifs par le hasard de leur naissance ».

 Bien que ses premiers essais eussent été publiés dans « Die Neue Freie Presse », dont le rédacteur littéraire était le dirigeant sioniste Theodor Herzl, Zweig ne fut pas attiré par le nationalisme juif.

 Avant la Première Guerre mondiale, il fit de nombreux voyages : il parcourut l’Europe, passa de longs séjours à Berlin, Paris, Bruxelles et Londres, se rendit en Inde en 1910 puis aux États-Unis et au Canada en 1912.

 Quoique engagé au service de l’Autriche au début de la Première Guerre mondiale, Zweig était un pacifiste convaincu, de concert avec l’écrivain français Romain Rolland.

 Sa pièce de théâtre intitulée Jérémie (1916), où il laissait entrevoir la possibilité d’une défaite de l’Autriche, lui donna l’occasion d’aller en Suisse en 1917 pour assister aux répétitions lors de sa création à Zurich. Il en profita pour rencontrer nombre de pacifistes, en particulier son ami Romain Rolland à Genève. Ils sommèrent les intellectuels du monde entier de se joindre à eux dans un pacifisme actif — qui fut décisif dans l’attribution du prix Nobel de littérature à Romain Rolland. Zweig resta pacifiste toute sa vie et préconisa l’unification de l’Europe avant l’arrivée au pouvoir des nazis qui en briserait tout espoir.

Parmi ses amis illustres, outre Romain Rolland, figurent Sigmund Freud, dont il rédigea l’oraison funèbre et à qui il faisait lire ses nouvelles avant parution, et Émile Verhaeren dont il écrivit une remarquable biographie, pleine d’admiration et de reconnaissance pour le grand poète belge. Polyglotte accompli, il traduisit de nombreuses œuvres de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, John Keats

Grand connaisseur du monde des arts et des lettres, il nourrit toute sa vie une grande passion pour les autographes et les portraits d’écrivains, qu’il collectionnait. Comme Romain Rolland, il écrivit de nombreuses biographies, dont une consacrée à Érasme qu’il qualifia par la suite d’autobiographie cachée.

Il fut très affecté par la sortie de guerre de l’Autriche, au territoire et à l’importance largement réduits, par les difficultés matérielles et la dévaluation qui s’ensuivirent, mais la décennie 1924-1933 fut à ses yeux la période la plus intense de sa création artistique.

L’arrivée au pouvoir des nazis vint bouleverser la vie de Zweig, qui eut très tôt une conscience claire du terrible danger que représentait Hitler pour les juifs, pour l’Autriche et toute l’Europe. En 1934, dès les premières persécutions antisémites, il quitta l’Autriche pour l’Angleterre. Il s’installa à Bath puis à Londres, où il débuta l’écriture d’une biographie de Marie Stuart.

En Allemagne, son travail fut défendu par le compositeur Richard Strauss, qui refusa de retirer le nom de Zweig de l’affiche pour la première, à Dresde, de son opéra Die schweigsame Frau (La Femme silencieuse), dont Zweig avait écrit le livret. Hitler, céda exceptionnellement devant l’insistance de Strauss mais refusa de venir à la première comme prévu, et l’opéra fut interdit après trois représentations. Zweig suscita encore la colère des nazis lorsque l’un de ses ouvrages (Brûlant secret 1938) fut adapté au cinéma. Un autodafé de ses œuvres eut lieu à Berlin.

En 1941, il s’établit au Brésil où, trop affecté de voir la Seconde Guerre mondiale détruire ses rêves d’humanisme et d’Europe pacifiée, il se suicida avec Lotte (Charlotte Elisabeth Altmann), sa seconde épouse, à Petrópolis, près de Rio de Janeiro, le 22 février 1942. Son autobiographie, Le Monde d’hier – Souvenirs d’un Européen, qu’il rédigea peu de temps avant sa mort, est un hymne à la culture européenne qu’il considérait alors comme perdue.

Son œuvre, particulièrement éclectique, comporte quelques recueils de poésies, quelques pièces de théâtre (Thersite 1907, Volpone 1927…). Mais Zweig est surtout connu pour ses nouvelles (Amok 1922, La Confusion des sentiments 1926, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme 1934), histoires de passion intense pouvant aller parfois jusqu’au morbide ou à la folie. Son œuvre phare, Le Joueur d’échecs, a été publiée à titre posthume. Il a écrit de nombreuses biographies (Fouché, Marie Stuart, Magellan, Marie-Antoinette…) d’une grande acuité psychologique et qui comportent une réflexion sur les problèmes de son temps (Érasme 1935). Il travailla durant plus de vingt ans à son recueil de nouvelles Les très riches heures de l’humanité qui retracent les quatorze évènements de l’Histoire mondiale les plus marquants à ses yeux.

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