Sansal Boualem ♦ Le village de l’Allemand

le village de l'allemandA l’occasion de la mort de leurs parents massacrés par le GIA près de Sétif en 1994, deux frères, Malrich et Rachel Schiller qui ont été élevés en France par un oncle immigré, découvrent que leur père, un Allemand, Hans Schiller, converti à l’islam, marié à une Algérienne, et vivant dans un hameau du côté de Sétif, était un bourreau nazi qui a mis ses compétences au service du FLN. C’est là que le couple est massacré avec d’autres villageois, en 1994, lors d’un égorgement collectif pratiqué par un groupe armé islamiste.

Les deux fils vivaient en France, au nom de la promotion sociale.

Rachel, l’aîné, la trentaine, est ingénieur, plus qu’intégré, marié à Ophélie. Il se rend sur la tombe de ses parents et découvre, dans la maison familiale désolée, une «petite valise pelée» contenant les archives paternelles, c’est-à-dire son livret militaire, ses médailles et tout le saint-frusquin national-socialiste. Il va enquêter sur le passé de son père, partir sur les traces de la vieille barbarie et découvrir qu’il y a bien quelque chose de pourri dans beaucoup de royaumes, que les fascismes sont encore à l’œuvre. Hans Schiller se révèle avoir été un gradé nazi, ayant fui après 1945, via la Turquie et l’Égypte, la responsabilité de ses crimes à l’encontre des juifs d’Europe, pour se fondre dans «la guerre de libération» algérienne. Auréolé par sa condition de moudjahid, il avait épousé la fille du cheikh du village et, héritant de ce titre à la mort de son beau-père, avait fait merveille grâce à son sens de l’organisation. Une intégration parfaitement réussie, en somme, qui n’était pourtant qu’un odieux camouflage.

Rachel lui-même, employé modèle d’une multinationale, propriétaire d’un pavillon enviable, époux de la belle Ophélie nantie d’une maman lepéniste, donne tous les gages d’une assimilation plaquée or. Et il va ressentir la nécessité de racheter cela, d’assumer la part d’ombre de l’humanité. Mais la petite valise lourde de secrets qu’il rapporte en France sera son cercueil. Il s’abîme dans l’horreur hitlérienne, calque ses pas sur ceux de son père, pour finalement suivre la voie que celui-ci aurait peut-être dû emprunter. Mort de honte, il se suicide au gaz d’échappement.

Malrich, petit zonard en voie de réinsertion par la mécanique auto, parvient au même niveau de conscience en jetant un regard lucide sur sa banlieue. Et lui aussi décide de se battre, même si, peut-être, c’est perdu d’avance. Durant ses épreuves, Rachel avait tenu son journal. Ce texte a été remis à son puîné de quatorze ans, Malrich, qui se met à son tour à écrire.

Les journaux croisés des deux frères nous disent, au ras du quotidien, à hauteur de petits destins, à la fois notre innocence à tous et nos complicités tacites avec les crimes commis au nom des idéologies. Le roman de Boualem Sansal est donc constitué des croisements et des emboîtements des journaux de ces deux jeunes Algéro-Allemands naturalisés Français : Le premier, éduqué, fin, tiraillé, s’avère ravagé par un passé devenu bombe à fragmentations au plus profond de lui-même. Le second, rudimentaire, titi de la cité, se révèle capable de saisir au bond ce passé pour en faire une arme de combat, qu’il retourne contre les islamistes grenouillant dans sa banlieue et qu’il identifie à des SS en marche.

 

L’auteur :

  Boualem Sansal est un écrivain algérien né en 1949. Boualem Sansal a une formation d’ingénieur (Ecole Nationale Polytechnique d’Alger, École Nationale Supérieure des Télécommunications de Paris) et un doctorat d’économie.

 Il a été enseignant, consultant, chef d’entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de positions critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l’arabisation de l’enseignement[1].

 Son ami Rachid Mimouni (1945-1995), l’encourage à écrire. Boualem Sansal publie son premier roman Le Serment des Barbares en 1999 qui reçoit le prix du premier roman et le prix des Tropiques. Son livre Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté, mais décide de rester en Algérie.

 Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire est un récit épique de l’épopée berbère. Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l’Allemand sorti en janvier 2008, roman qui est censuré en Algérie.

 Ingénieur de formation, docteur en économie, tour à tour enseignant à l’université, chef d’entreprise, puis haut fonctionnaire, Boualem Sansal entre en littérature grâce à son amitié avec l’écrivain Rachid Mimouni, qui l’incite à écrire. En 1999, Gallimard publie son premier roman, ‘Le Serment des barbares’, salué par la critique et par le public. En 2003, il est limogé de son poste en raison de ses prises de position critiques sur l’arabisation de l’enseignement et l’islamisation de l’Algérie. ‘Harraga’, le quatrième roman de Boualem Sansal s’annonce comme étant le roman de la reconnaissance. ‘Le Village de l’Allemand : Ou le journal des frères Schiller’ paraît en 2008. Le monde des Lettres salue unanimement son courage, sa verve et sa grande capacité à faire briller la langue française hors de l’Hexagone.

 Il habite près d’Alger.

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