Sigurdardottir Yrsa ♦ Absolution

Nous retrouvons l’inspecteur Huldar et Freyja dans ce troisième volet de la série. Comme à son habitude, Yrsa Sigurðardóttir nous entraine dans une histoire hors du commun. « Absolution » traite du thème très contemporain du harcèlement scolaire.Dans cette nouvelle enquête haletante, elle dévoile la face sombre des réseaux sociaux et du harcèlement en milieu scolaire. Elle met en lumière un drame terriblement actuel, qui touche tous les pays, tous les pans de la société et toutes les classes, et plus difficile à endiguer encore, sur les réseaux sociaux.

Si ce phénomène n’est pas nouveau – Freyja elle–même en fut victime dans son enfance – il prend une ampleur incontrôlable du fait des réseaux sociaux. Comme le fait remarquer Yrsa, par la bouche de l’un de ses personnages, le harcèlement, qui se limitait à la période et à l’espace scolaire, devient permanent. Les enfants qui veulent y échapper en changeant d’école, sont bien vite rattrapés par leurs bourreaux, qui en créent de nouveaux, dans le nouvel établissement. Souvent minimisées, quelquefois carrément ignorées, les plaintes pour harcèlement scolaire restent lettre morte et la victime demeure seule face à une meute de loups. Des loups qui ne mesurent pas du tout que ce qu’ils font « pour rire » a bien souvent des conséquences graves, indélébiles. Et chez la victime, une attitude qui cache un réel mal-être. Avec les réseaux sociaux, ce n’est plus qu’à l’école qu’on harcèle, ça nous suit partout, tout le temps.

L’autrice explore les ressorts psychologiques des victimes, qui vont de l’indifférence au suicide. Côté harceleurs, on retrouve les arguments éculés selon lesquels il ne s’agit que d’un jeu d’enfant et que les victimes elles–mêmes n’ont qu’à savoir se défendre. On l’a compris, la portée d’Absolution n’est pas simplement islandaise ; elle est universelle.

La police découvre le crime comme tout le monde : sur Snapchat. Deux jeunes harceleurs sont contraints à supplier et à demander pardon, filmés par un téléphone portable, avant d’être sauvagement massacrés à coup d’extincteur et de batte de baseball. Les images de ces assassinats atroces tournent alors en boucle sur Snapchat.

Elle doit faire vite, car une troisième victime potentielle demeure inconnue et introuvable.

Quelques semaines plus tard, une adolescente est battue à mort dans le cinéma où elle travaille. Sur son compte Snapchat, des vidéos d’elle sont envoyées à ses amis : on la voit terrifiée, supplier d’être pardonnée avant sa mise à mort.

Une feuille de papier a été laissée près du corps. Seul le chiffre « 2 » y est inscrit. Dans un contexte difficile au sein de l’équipe en charge de l’affaire, l’inspecteur Huldar tente de saisir les motivations du meurtrier et de découvrir son identité. La psychologue pour enfants Freyja doit l’aider à mener les interrogatoires des amis de l’adolescente. Très vite, Huldar et Freyja comprennent que Stella était loin d’être l’ange que tout le monde décrit. Mais qui aurait pu lui en vouloir au point de la tuer ?

Quelques jours plus tard, un jeune homme est enlevé chez lui, en l’absence de ses parents et subit le même sort. Là encore une feuille est découverte sur les lieux de la disparition : y est inscrit le chiffre “3”. La série va-t-elle continuer ? Et où est donc la victime « 1 » ?

 

Ce troisième volume de la série permet de parfaire notre connaissance des personnages.

On retrouve bien entendu, Huldar et Freyja, ces amoureux qui s’aiment, ou qui ne s’aiment pas, ou alors juste un peu.

Freyja se débat avec un frère en prison et une situation financière délicate. Sa vie sentimentale est toujours très chaotique et sa relation hésitante avec Huldar ne se concrétise toujours pas. A noter que la psychologue est moins présente dans ce roman alors qu’une partie de son passé vient la tourmenter.

Huldar reste fidèle à ses principes : bourru, bagarreur, avide de travail et surtout très bon enquêteur, mais avec une situation professionnelle compliquée. Ses relations avec sa supérieure, Erla, sont très mauvaises, depuis qu’il a déposé une plainte contre elle pour harcèlement sexuel. Entre les deux, rien ne va plus et tant pis si le travail souffre de leur mésentente. A l’exception de Guðlaugur, avec qui il fait équipe, tous ses autres collègues tournent le dos à Huldar, qui subit vexations et moqueries. Les deux policiers sont mis au placard et ce ne sont que des concours de circonstances qui vont les projeter sur le devant de la scène. Erla va devoir se rendre à l‘évidence que Huldar est un très bon enquêteur, qui vaut bien plus que les autres et dont elle ne peut pas se passer, d’autant que le temps presse.

Erla occupe vraiment les premiers rôles, avec ses qualités et ses défauts qu’on lui connait déjà.

Gudlaugur, se fait malmener au fil du bouquin alors qu’il est jeune, poli, aimable et professionnel. Son lien avec Ásta, une infirmière liée à l’enquête, reste troublant jusqu’à la fin. Cette dernière joue également un grand rôle dans l’histoire.

Les personnages secondaires ne manquent vraiment pas, dont certains demeurent fort intéressants.

Les tandems de bourreau/souffre-douleur entre Stella et Adalheidur, de même que celui d’Egill et David occupe toute l’enquête alors qu’eux-mêmes n’apparaissent que rarement.

Non sans reste, un père de famille, Mördur, qui vit encore mal la tentative de suicide de sa fille, Laufhildur, plusieurs années auparavant. Un cocktail de personnages bien étudiés, bien définis, rendant le tout explosif au possible !

En guise de décors, on retrouve la capitale islandaise avec sa météo aléatoire, les lieux sont bien dépeints.

 

Absolution est un bon roman, qui explore un thème très contemporain. Dans celui-ci, ce ne sont pas des psychopathes, des individus malades qui sont mis en scène, mais c’est une société malade, un cancer social qui est dénoncé. Le terrible harcèlement qui a cours à l’école et sur les réseaux sociaux, avec des parents qui défendent leurs enfants agresseurs et en minimisent leurs actions « pour rire ». Avec des directions d’école parfois inconscientes, mais surtout impuissantes à maîtriser la situation.

Le roman raconte le drame, l’enfer des enfants harcelés, qui aujourd’hui n’ont jamais de répit. Victimes de leurs camarades de classe, ils peuvent aussi être écrasés et humiliés toute la soirée et les week-ends sur Internet. Certains vont jusqu’au suicide pour échapper à la douleur.

 

L’auteur :

Vilborg Yrsa Sigurðardóttir, née le 24 août 1963 à Reykjavik, est une écrivaine islandaise, auteure de plusieurs romans policiers et ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Elle est titulaire d’une licence en ingénierie civile de l’université d’Islande ainsi que d’une maîtrise dans le même domaine, obtenue en 1997 à l’université Concordia de Montréal.

Yrsa Sigurdardottir exerce toujours son métier d’ingénieur civil. Elle est actuellement responsable technique pour la firme Fjarhitun sur un très gros projet de construction hydro-électrique d’Europe, situé au beau milieu de l’Islande, où les tempêtes hivernales et le blizzard empêchent souvent tout déplacement… Pas étonnant dès lors, qu’elle ait su peindre à merveille l’atmosphère d’un site isolé. Elle mène, en parallèle, une carrière d’auteur, qu’elle débute, en 1998, par la littérature de jeunesse. Un de ses ouvrages est d’ailleurs primé, en 2000, par le département islandais du IBBY (International Board on Books for Young People).

Ses romans sont traduits dans une trentaine de langues dont l’allemand, l’anglais, le danois, le catalan, l’espagnol, l’estonien, le français, le grec, l’italien, le néerlandais, le norvégien, le polonais, le portugais, le roumain, le russe et le suédois, et ont été récompensés par de nombreux prix littéraires dont le Icelandic Crime Fiction Award en 2011 et 2014.

Yrsa est une des auteurs de polars majeurs de la scène littéraire islandaise qui ont récolté de nombreux prix littéraires dans ce pays qui compte quasiment autant d’auteurs que d’habitants.

Elle vit à Reykjavik dans le quartier de Seltjarnarnes avec son mari et ses deux enfants

 

Œuvre :

Série Þóra Guðmundsdóttir

  1. Ultimes rituels – Þriðja táknið (2005) – traduction de l’anglais par Marie de Prémonville.
  1. Bien mal acquis – Sér grefur gröf (2006) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.
  1. Aska (2007)
  2. Auðnin (2008)
  3. Horfðu á mig (2009)
  4. Brakið (2011)

Série Freyja et Huldar

  1. ADN – DNA (2014) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.
  1. Succion – Sogið (2015) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Absolution – Aflausn (2016) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Le trouGatið (2017) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Brúðan (2018)
  2. Þögn (2019)

Série The black ice

  • Lok lok og læs (2021)

Autres romans

  • Je sais qui tu es– Ég man þig (2010) – traduction de l’anglais par Marie de Prémonville.
  • Indésirable– Kuldi (2012) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.
  • Lygi (2013)
  • Bráðin (2020)

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