Sigurdardottir Yrsa ♦ ADN

On dit de l’auteur, Yrsa Sigurdardottir, qu’elle est une figure de plus en plus marquante du polar islandais. ADN est son cinquième roman traduit en français et serait le premier tome d’une série mettant en scène Jònas Huldar, policier et Freyja, psychologue de la Maison des enfants.

Huldar doit sa nomination à la tête de l’enquête par la mise à l’écart de la plupart des policiers de renom, suite à des affaires de corruption. L’autre personnage, Freyja, à la vie personnelle malheureuse, est la directrice d’une maison pour l’enfance. La première rencontre entre les deux protagonistes est inattendue et engendre une tension supplémentaire tout au long du roman.

Dans ADN, le lecteur est confronté à un tueur en série, qui élimine ses victimes avec des appareils ménagers banals, un modus operandi inédit.

Le premier chapitre débute en 1987, dans les locaux d’un service social à l’enfance, où trois jeunes enfants destinés à l’adoption sont séparés.

Puis, dès le deuxième chapitre, on saute en 2015 où Elísa Bjarnadóttir, jeune mère de famille, épouse d’un gynécologue de grand renom, est assassinée cruellement avec un aspirateur. Elísa Bjarnadóttir méritait d’être punie. Elle devait payer. Mais quelle faute pouvait justifier une telle violence ? On vient de la retrouver à son domicile, la tête en­tourée de gros scotch, exécutée de la façon la plus sordide. L’agonie a dû être atroce.

Sa fille de sept ans Margrét a tout vu, cachée sous le lit de sa mère. Mais elle se mure dans le silence.

Es­pérant l’en faire sortir, l’officier Huldar, chargé de l’enquête se tourne alors vers Freyja, une psychologue pour enfants. C’est sa seule chance de remonter jusqu’au meurtrier. Ce dernier n’a pas laissé de trace, juste une incompréhensible suite de nombres griffon­née sur les lieux du crime.

Avec l’aide de Freyja, il interroge la fillette à la recherche d’une piste. Freya se doit de protéger l’enfant et de faciliter les contacts entre l’enfant et la police.

Mais Huldar aura à peine le temps d’interroger la petite Magrét, qu’une autre femme est bientôt assassinée dans les mêmes circonstances, avec un fer à friser cette fois-ci. Aucun indice, sauf comme la première fois, une suite de chiffres sur un bout de papier. La police piétine.

Alors que les experts de la police tentent de la déchiffrer, un jeune trentenaire, étudiant asocial passionné de cibi (radio amateur) reçoit à son tour d’étranges messages sur son poste à ondes courtes. Que cherche-t-on à lui dire ? Sans le savoir, il va se retrouver mêlé à l’une des séries de meurtres les plus terrifiantes qu’ait connues l’Islande. Et sera lui aussi tué.

Qu’est-ce qui peut relier ces crimes? Des enfants adoptés à la recherche de leur origine, au moment où le droit de connaître ses origines n’était pas encore inscrit dans la loi islandaise, un cambriolage, des chiens blessés volontairement, des apparitions mystérieuses d’individus dans les jardins de particuliers, voilà ce qui semble relier les meurtres.

ADN est une intrigue touffue, dense avec une atmosphère lourde et oppressante où il faut être attentif à tout afin de ne perdre aucune information qui sera utile pour notre compréhension future.

Avec ce roman addictif et glaçant, au dénouement inatten­du, Yrsa Sigurðardóttir confirme son statut de reine du polar islandais.

L’atrocité des meurtres commis pour le moins tordus et malsains et la façon qu’elle a de ménager le suspense avant de révéler les causes de la mort y sont pour beaucoup. Mais il n’y a pas que ça qui explique l’ambiance glauque de l’intrigue. Ça tient également à son style plutôt froid et à des personnages qui semblent tous se dépêtrer dans un mal-être tenace, qu’il s’agisse de Freyja fraîchement séparée et qui squatte le studio-taudis de son frère emprisonné, ou Karl l’étudiant plus ou moins asocial qui ne vit que pour sa cibi.

 

L’auteur :

Vilborg Yrsa Sigurðardóttir, née le 24 août 1963 à Reykjavik, est une écrivaine islandaise, auteure de plusieurs romans policiers et ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Elle est titulaire d’une licence en ingénierie civile de l’université d’Islande ainsi que d’une maîtrise dans le même domaine, obtenue en 1997 à l’université Concordia de Montréal.

Yrsa Sigurdardottir exerce toujours son métier d’ingénieur civil. Elle est actuellement responsable technique pour la firme Fjarhitun sur un très gros projet de construction hydro-électrique d’Europe, situé au beau milieu de l’Islande, où les tempêtes hivernales et le blizzard empêchent souvent tout déplacement… Pas étonnant dès lors, qu’elle ait su peindre à merveille l’atmosphère d’un site isolé. Elle mène, en parallèle, une carrière d’auteur, qu’elle débute, en 1998, par la littérature de jeunesse. Un de ses ouvrages est d’ailleurs primé, en 2000, par le département islandais du IBBY (International Board on Books for Young People).

Ses romans sont traduits dans une trentaine de langues dont l’allemand, l’anglais, le danois, le catalan, l’espagnol, l’estonien, le français, le grec, l’italien, le néerlandais, le norvégien, le polonais, le portugais, le roumain, le russe et le suédois et ont été récompensés par de nombreux prix littéraires dont le Icelandic Crime Fiction Award en 2011 et 2014.

Elle vit à Reykjavik dans le quartier de Seltjarnarnes avec son mari et ses deux enfants

 

Œuvre :

Série Þóra Guðmundsdóttir

  1. Ultimes rituels – Þriðja táknið (2005) – traduction de l’anglais par Marie de Prémonville.
  1. Bien mal acquis – Sér grefur gröf (2006) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.
  1. Aska (2007)
  2. Auðnin (2008)
  3. Horfðu á mig (2009)
  4. Brakið (2011)

Série Freyja et Huldar

  1. ADN – DNA (2014) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.
  1. Succion – Sogið (2015) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Absolution – Aflausn (2016) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Le trouGatið (2017) – traduction de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy.
  1. Brúðan (2018)
  2. Þögn (2019)

Série The black ice

            Lok lok og læs (2021)

 

Autres romans

            Je sais qui tu es – Ég man þig (2010) – traduction de l’anglais par Marie de Prémonville.

            Indésirable – Kuldi (2012) – traduction de l’islandais par Catherine Mercy.

            Lygi (2013)

            Bráðin (2020)

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