Indridason Arnaldur ♦ Le mur des silences

Toujours dans une ambiance à la Simenon, Le mur des silences : Þagnarmúr, est un beau roman noir sur la violence familiale, la vulnérabilité, les sacrifices et l’impunité, dans lequel les cold cases ressurgissent toujours.

Il s’agit du 4ème livre volet de la série Konrað, écrit par Arnaldur Indriðason et traduit par Eric Boury, paru le 4 février 2022.

Nous sommes à la fin des années soixante-dix, un couple vient de s’installer dans une vieille maison. La femme s’y sent particulièrement oppressée et entend régulièrement des gémissements. Elle apprend que toutes les femmes qui y ont vécu se sont senties oppressées sans raison et que les familles n’y sont jamais restées longtemps. Elle décide de faire appel à Eyglo, un medium réputé en matière de chasse aux fantômes. Dès son arrivée, celle-ci ressent immédiatement une présence forte, et elle ne peut malheureusement que lui conseiller de déménager.

L’histoire en reste là lorsque, quarante ans plus tard, Eyglo apprend qu’un squelette a été trouvé un mur de la cave qui s’est effondré pendant des travaux de modernisation.

Elle se rapproche alors de son ami Konrad, un ancien policier qui, très intrigué par ce cadavre inconnu, enquête et met au jour des mystères anciens. Il fait resurgir des affaires traitées dans les trois romans précédents. Par ailleurs, il presse la police d’élucider le meurtre de son père perpétré il y a des décennies près des abattoirs et des fumoirs islandais de Sudurland. Mais il a oublié qu’à l’époque il avait menti et se retrouve soupçonné et inculpé.

Deux histoires qui paraissent très différentes et qui, pourtant, vont finir par s’entremêler

Konrad, comme Erlendur, le précédent héros, sont deux hommes blessés, hantés par le passé qui cherchent d’abord à rendre justice aux victimes disparues, à leur donner la paix par-delà les tombeaux.

Maintenant à la retraite. Il s’ennuie. Il est aussi bourrelé de remords. Ennui et remords. Alors il enquête et ça marche là où Marta, l’inspectrice en charge de l’enquête et ex collègue de Konrad, et toute la police de Reykjavik, calent. Car l’inspecteur Konrad a beau être à la retraire, il a des ressources. Il a gardé des contacts qui lui permettent d’avoir des informations qui semblent inaccessibles à son ancienne collègue. Et il a de la ressource. Il comprend vite, fait les connexions. Trouve ce qui cloche et regarde là où il faut regarder, pose les questions qu’il faut poser… Il mesure toujours l’ampleur de la tragédie dans laquelle son intuition et son entêtement l’ont plongé et se révèle un enquêteur sensible à la souffrance des autres, d’une humanité touchante.

Mais dans ce roman, on retrouve un Konrad très ambigu, qui devient assez antipathique, noyé dans l’alcool et la solitude, et qui révèle ses limites même s’il continue à résoudre des affaires traitées dans les trois premiers romans de la série,

Il a eu une enfance très difficile et cela apparaît parfois dans sa vie et son travail et son interaction avec les autres. Il essaye toujours de faire au mieux et il tente de dépasser la mauvaise influence que son escroc de père a eue sur lui. Mais c’est un effort pour lui et en même temps il traite des cas très difficiles, des affaires classées depuis longtemps, et il se donne beaucoup de mal.

Cette lecture nécessite de l’attention car l’auteur nous perd dans les différentes histoires, les différentes époques également, les personnages, passant de l’un à l’autre sans le mentionner à aucun moment.

Certaines intrigues liées à Konrad ont un fil conducteur qu’on doit suivre d’un tome à l’autre et entre la lecture de ce roman et le précédent, il s’écoule quelques mois durant lesquels on oublie.

 

L’auteur :

Arnaldur Indriðason, (le patronyme est parfois transcrit par Indriðason), né le 28 janvier 1961 à Reykjavík, est un écrivain islandais, fils de l’écrivain Indriði G. Þorsteinsson, né en 1926, dans le nord de l’Islande, qui vivait dans le plus grand dénuement ayant été élevé dans une maison en tourbe.

Comme presque tous les Islandais, il est désigné par son prénom, Arnaldur. Son patronyme (qui, selon la tradition islandaise, est une simple marque de filiation, « Fils de Indrid », pour le distinguer de d’autres Arnaldur) est parfois transcrit par Indridason comme dans ses livres traduits en français, alors que la translittération correcte devrait être Indridhason, le dh se prononçant comme le th dans l’anglais the.

Quand Arnaldur Indriðason est né, son père habitait dans un immeuble récemment construit à Reykjavik. Lui aussi était écrivain, et ses romans traitaient de ces changements. Le plus célèbre, Terre et fils, racontait ainsi l’histoire d’un jeune homme contraint de quitter sa campagne.

En 1996, Arnaldur Indriðason obtient un diplôme en histoire à l’université d’Islande. Journaliste au Morgunblaðið en 1981-1982, il devient scénariste indépendant.

De 1986 à 2001, il travaille comme critique de films pour le Morgunblaðið. Aujourd’hui, il est l’auteur de quinze romans policiers dont 7 ont été traduits en français — dont plusieurs sont des best-sellers.

Arnaldur Indriðason publie son premier livre, Synir duftsins (littéralement « Fils de poussière ») en 1997. Cette publication marque pour certains, comme Harlan Coben, le départ d’une nouvelle vague islandaise de fiction criminelle. Quand il commence à écrire, en 1997, le roman policier a mauvaise réputation en Islande, ce n’est pas un genre « noble », la plupart des auteurs le tiennent pour un divertissement de médiocre qualité. Aujourd’hui, heureusement, le malentendu a été levé. Il y a une autre raison qui explique cette absence de tradition du roman policier, pourtant florissant dans le reste de la Scandinavie : son pays ne comptait que peu de criminels, fort peu de meurtres, et par conséquent peu d’enquêtes de police. Imposer un personnage de flic avec un nom typiquement islandais, des histoires qui se passent dans les rues de Reykjavík et des personnages qui vivent comme des Islandais constituait alors un véritable défi ! Les gens n’y croyaient pas. Mais depuis quinze ans, les crimes, ceux liés au trafic de drogue en particulier, se sont multipliés et sont devenus extrêmement violents. La société a profondément changé, elle est essentiellement urbaine. C’est de ce changement qu’il essaie de rendre compte, et ses romans s’inscrivent dans ce qu’on appelle le « réalisme social ».

Aux côtés d’Arni Thorarinsson, également auteur islandais de polars, Arnaldur déclare qu’« il n’existe pas de tradition de polar en Islande. [À cet état de fait, il y a deux raisons.] L’une tient en ce que les gens, y compris les écrivains, considéraient les histoires policières comme des mauvais romans […]. La deuxième raison, c’est que beaucoup d’Islandais ont longtemps cru en une sorte d’innocence de leur société. Très peu de choses répréhensibles se produisaient, et le peu de faits divers ne pouvaient pas donner lieu à des histoires policières. Ce qui explique qu’à [leurs] débuts, Arni Thorarinsson ou [Arnaldur ont] eu du mal à (s’)imposer [dans les milieux littéraires islandais]. »

Il fut nommé à maintes reprises écrivain le plus populaire d’Islande.

En 2004, ses livres ont fait partie des dix livres les plus empruntés à la Bibliothèque municipale de Reykjavík.

Ses livres ont été publiés dans 26 pays et traduits en allemand, danois, anglais, italien, tchèque, suédois, norvégien, néerlandais, catalan, finnois, espagnol, portugais et français.

Deux de ses œuvres : « La Cité des jarres » et « Hiver arctique » ont reçu, en 2002 et 2003, le Prix Clé de verre, la plus haute distinction scandinave.

Il a également gagné le « Gold Dagger Award », prix littéraire britannique, en 2005 pour « La Femme en vert », et son roman « L’Homme du lac » (Métailié, 2008) a reçu le Prix polar européen du Point.

Il est le premier à recevoir The Glass Key Prize du Skandinavia Kriminalselskapet, deux années consécutives.

En 2011, il reçoit le 1er Prix Boréales-région Basse-Normandie du Polar Nordique à l’occasion de ce festival et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

En 2013, il sort « Étranges rivages. »

Cet écrivain partage désormais une reconnaissance internationale avec Arni Thorarinsson, Jon Hallur Stefansson, Stefan Mani et Yrsa Sigurðardóttir, eux aussi traduits en français.

Arnaldur Indriðason a adapté trois de ses livres pour la radio du service audiovisuel islandais RÚV. Le producteur islandais Baltasar Kormákur a travaillé à une adaptation de Mýrin, La Cité des Jarres (titré Jar City en français et sorti en France en septembre 2008).

Snorri Thórisson travaille sur une production internationale de Napóleonsskjölin. Arnaldur Indriðason est actuellement en collaboration avec l’Icelandic Film Fund pour l’écriture de deux scénarios d’après deux de ses nouvelles.

Il vit à Reykjavík avec sa femme et ses trois enfants.

Les deux auteurs ayant fortement influencé Arnaldur Indriðason sont Maj Sjöwall et Per Wahlöö, deux écrivains suédois qui ont imaginé, dans les années 1960, les aventures de l’inspecteur Martin Beck.

Arnaldur Indridason refuse de passer à la télévision. Il n’aime pas quitter l’Islande, il a besoin de se concentrer sur ce qu’il veut écrire. Il n’aime pas les tables rondes dans les salons du livre, mais il aime passionnément rencontrer ses lecteurs au cours des signatures, il aime ses lecteurs. Il peut écouter toute une soirée des discours dans une langue qu’il ne comprend pas par amitié pour son traducteur, Éric Boury. Il aime le football.

BIBLIOGRAPHIE :

Enquêtes d’Erlendur Sveinsson :

  1. Les Fils de poussière : Synir duftsins (1997) – 2018
  2. Dauðarósir (1998) – Inédit en français
  3. La Cité des Jarres: Mýrin (2000) – Février 2005 – Prix Cœur noir, Prix Mystère de la critique en 2006, Prix Clé de verre en 2002 du roman noir scandinave
  4. La Femme en vert: GrafarÞögn (2001) – Février 2006 – Prix Clé de verre en 2003 du roman noir scandinave, Prix “The CWA Gold Dagger” en 2005, Grand Prix des lectrices de Elle Policier en 2007, Prix Fiction 2006 du livre insulaire de Ouessant
  5. La Voix: Röddin (2002) – – Février 2007 – Prix “The Martin Beck Award” en 2005, Grand Prix de Littérature Policière 2007, Lauréat du Trophée 813
  6. L’Homme du Lac: Kleifarvatn (2004) –  Février 2008 –
  7. Hiver arctique: Vetrarbotgin (2005) – Février 2009 –
  8. Hypothermie: Harðskafi (2007) – Février 2010 –
  9. La rivière noire: Myrká (2008) – Février 2011 –
  10. La muraille de lave: Svörtuloft (2009) – Février 2012 –
  11. Etranges rivages: Furðustrandir (2010) – Février 2013 –
  12. Le duel: Einvígið (2011) – Février 2014 –
  13. Les nuits de Reykjavik: Reykjavíkurnætur (2012) – Février 2015 –
  14. Le lagon noir: Kamp Knox (2014) – Février 2016 –
  • Les enquêtes d’Erlendur – Omnibus reprenant les 3 premiers tomes d’Erlendur -Novembre 2012 –
  • “Avant Erlendur” – Enquête de Marion, futur mentor d’Erlendur
  • Le duel – Février 2014 –

Trilogie des ombres :

  1. Dans l’ombre: Þýska húsið (2015) – Février 2017 –
  2. La femme de l’ombre: Petsamo (2016) – Octobre 2017
  3. Passage des ombres : Skuggasund (2013) – Mai 2018

Enquête de l’inspecteur Konrad :

  1. Ce que savait la nuit : Myrkið veit – 2019 –
  2. Les Fantômes de Reykjavik : Stúlkan hjá brúnni (2020) –
  3. La pierre du remords : Tregasteinn – 2021 – Février 2021
  4. Le mur des silences : Þagnarmúr – 2022 –

Autres :

  • Opération Napoléon: Napóleonsskjölin (1999) – 2015
  • Betty: Bettý (2003) – 2011
  • Le livre du roi: Konungsbók (2006) – 2013
  • Skuggasund
  • Leyndardómar Reykjavíkur (2000)  – roman dont chaque chapitre fut rédigé par un auteur différent
  • Reykjavík-Rotterdam (2008), scénario du film de Óskar Jónasson, en collaboration avec le metteur en scène

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