Vargas Llosa Mario ♦ Le rêve du Celte

le rêve du Celte Né en 1864 à Dublin, Roger, le benjamin de quatre enfants du capitaine Casement s’est très tôt passionné pour les récits hauts en couleur de son père qui avait servi en Inde et en Afghanistan. C’est de là que lui viendra son goût des voyages et sa passion pour l’Afrique où le jeune Roger découvrira, dans les forêts du Congo, la monstrueuse exploitation de l’homme par l’homme qu’il n’aura de cesse de dénoncer et de combattre. 

Le thème central de ce roman, conduit au rythme haletant des expéditions et des rencontres du protagoniste, est la dénonciation de la monstrueuse exploitation de l’homme par l’homme dans les forêts du Congo – alors propriété privée du roi Léopold II de Belgique, et dans l’Amazonie péruvienne – chasse gardée des comptoirs britanniques jusqu’au début du XXe siècle.

Personnage controversé, intransigeant, peu commode, auteur d’un célèbre rapport sur l’Afrique qui porte son nom, l’aventurier et révolutionnaire irlandais Roger Casement (1864-1916) découvre au fil de ses voyages l’injustice sociale, mais également les méfaits du colonialisme qu’il saura voir aussi dans son propre pays. Au rêve d’un monde sans colonies qui guidera son combat, viendra ainsi s’ajouter, comme son prolongement nécessaire, celui d’une Irlande indépendante. Tous les deux vont marquer la trajectoire de cet homme intègre et passionné dont l’action humanitaire deviendra vite une référence incontournable mais dont l’action politique le conduira à mourir tragiquement dans la disgrâce et l’oubli.

Mario Vargas Llosa exhume ici une fascinante figure historique et, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, la replace brillamment dans son époque et dans la trame unique de son destin. Mais en même temps, il nous invite à réfléchir sur des sujets strictement contemporains comme le nationalisme, l’homophobie ou les séquelles du colonialisme européen en Afrique et en Amérique latine.

L’écrivain utilise ici un procédé chez lui récurrent. L’alternance des chapitres consacrés à l’emprisonnement final et ceux généreusement attachés aux pérégrinations entre Afrique, Amazonie et Irlande de Roger Casement rend justice à cet idéaliste né en Irlande en 1864 et mort en 1916, qui resta célèbre pour son « Rapport Casement », dénonçant les sadiques exactions des colons dans le Congo belge, propriété du roi Léopold II. Plus tard, ce diplomate anglais, furetant parmi les zones de production du caoutchouc, rejoint l’Amazonie, avant de devenir un révolutionnaire très engagé pour la cause irlandaise, ce qui lui valut un emprisonnement infamant. En effet, ayant convaincu les Allemands de fournir des armes à l’Irlande en pleine première guerre mondiale, il est accusé de haute trahison, puis pendu.

 

L’auteur :

  Mario Vargas Llosa, marquis de Vargas Llosa, né Jorge Mario Pedro Vargas Llosa le 28 mars 1936 à Arequipa, région d’Arequipa au Pérou, est un écrivain péruvien et espagnol, auteur de romans et d’essais politiques. Il est lauréat du prix Nobel de littérature 2010 « pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l’individu, de sa révolte et de son échec ».

 Comme beaucoup d’auteurs latino-américains, Mario Vargas Llosa s’est engagé en politique tout au long de sa vie. Ses opinions se sont progressivement déplacées du communisme au libéralisme. Il soutient initialement le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, mais est rapidement déçu. En 1990, il est candidat à l’élection présidentielle péruvienne à la tête d’une coalition, le Frente Democrático (FREDEMO) qu’il perd face à Alberto Fujimori.

 Mario Vargas Llosa est issu de la classe moyenne péruvienne. Il est le fils unique d’Ernesto Vargas Maldonado et de Dora Llosa Ureta.

 Ses parents se séparent quelques mois après sa naissance, suite à la révélation par son père, d’une liaison avec une femme allemande qui donnera deux demi-frères au jeune Mario : Ernesto et Enrique Vargas.

 Élevé à Cochabamba (Bolivie) par sa famille maternelle, Mario Vargas Llosa passe du Pérou à la Bolivie où son grand-père tient une plantation de coton. Sous le gouvernement de José Luis Bustamante y Rivero, l’aïeul se voit offrir un poste diplomatique à Piura. Cet épisode marque le retour des Llosa au Pérou.

 En 1946, à l’âge de 10 ans, Mario part vivre à Lima où il rencontre son père pour la première fois. Ses parents se remettent ensemble et déménagent à Magdalena del Mar, une banlieue aisée de la capitale. Il est admis à l’école élémentaire catholique Colegio La Salle.

 À l’âge de 14 ans, son père l’envoie étudier à l’Académie militaire Leoncio Prado de Lima, qui lui laisse un sinistre souvenir et la matière de son livre « La Ville et les chiens ».

 Il étudie ensuite la littérature et le droit à l’Université San Marcos, exerçant en parallèle différentes professions : correcteur littéraire puis collaborateur aux rubriques cinéma de la revue Literatura (1957-1958) et du journal El Comercio. Pendant une brève période, il est impliqué dans une branche étudiante du Parti communiste péruvien qu’il abandonne en protestation de la ligne stalinienne du mouvement sur l’art et la littérature. La révolution cubaine fait un temps revivre ses espoirs d’une révolution progressiste.

Grâce à une bourse d’étude, il poursuit son cursus universitaire à Madrid où il soutient, en 1958, une thèse de doctorat sur Rubén Darío. Après avoir écrit un recueil de nouvelles remarqué, Les Caïds (Los Jefes, 1959), œuvre qui obtient le Prix Leopoldo Alas, il épouse la belle-sœur de son oncle maternel, sa tante par alliance Julia Urquidi, de 10 ans son aînée. Cette relation lui inspirera des années plus tard le roman « La Tía Julia y el escribidor » : « La Tante Julia et le scribouillard ».

Étudiant de lettres et de droit à l’université de San Marcos, puis de littérature à l’université de Madrid, il publie son premier recueil de nouvelles, « Les caïds », en 1959.

Avec sa première épouse, il s’installe à Paris en 1959 où il exerce diverses professions : traducteur, professeur d’espagnol, journaliste pour l’agence France-Presse et dans l’espoir de recevoir une bourse pour reprendre des études mais sa demande est rejetée. Le couple reste malgré tout dans la capitale française et Vargas Llosa y travaille en tant que professeur d’espagnol puis journaliste pour l’A.F.P. et la télévision. Il se passionne pour la littérature du pays et écrit de manière prolifique. Il part ensuite pour Londres et Barcelone. Il retourne à Lima en 1974 et est élu à l’Académie péruvienne un an plus tard.

En 1963 paraît « La ville et les chiens », son premier succès littéraire, qui sera traduit en une vingtaine de langues. Séduit par Fidel Castro et la révolution cubaine, il se rend à la Havane.

En 1964, il se sépare d’Urquidi. Il rentre en Europe avec une nouvelle épouse, Patricia.et se marie avec sa cousine Patricia Llosa, avec qui il aura trois fils : Álvaro Vargas Llosa, Gonzalo Vargas Llosa et Morgana Vargas Llosa.

Au début des années 70, l’auteur exprime pourtant ouvertement sa rupture avec la révolution castriste et les mouvements d’extrême-gauche.

De retour au Pérou, il est candidat du Front démocratique à l’élection présidentielle péruvienne. Battu, il abandonne le Pérou, reprend ses activités littéraires et regagne Londres.

La nationalité espagnole lui est accordée en 1993.

Citoyen du monde, il vit entre Lima, Madrid, Londres et Paris. Plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, il est finalement récompensé par l’Académie suédoise en 2010 pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l’individu, de sa révolte et de son échec.

Dès la parution de son premier roman, Mario Vargas Llosa devient un écrivain reconnu, régulièrement invité dans les universités du monde entier pour y donner des cours et des conférences. Il est considéré par une partie de la critique comme le maître du « bouillonnement romanesque ». Ses ouvrages, qui trahissent l’influence de William Faulkner, ont pour cadre l’histoire sud-américaine et se démarquent par un style polyphonique, une ironie mordante et une tonalité dramatico-bouffonne dans l’évocation des mythes et des aspirations de peuples écrasés par les dictatures. Ses récits sont identifiables par un jeu sur la structure, la chronologie et la pluralité de narrateurs. Par ailleurs, ses personnages semblent inséparables du climat et du cadre culturel et géographique dont ils sont issus. Par le biais d’une écriture épique, apparemment sans effets, Llosa illustre les mutations brutales d’une civilisation marquée par la violence et le sexe. Les pouvoirs politiques apparaissent, dans ses fictions, comme le symbole du pourrissement moral de la société.

Il est d’abord tenté par le communisme mais la révolution cubaine, qu’il soutient ardemment au départ, le déçoit à tel point qu’il se tourne directement vers le libéralisme. Son positionnement est qualifié d’« ultra libéral » par l’universitaire Serge Audier (Paris IV). Son parcours intellectuel est influencé par la lecture de quatre auteurs : Karl Popper, Adam Smith, Friedrich Hayek et Isaiah Berlin. Il fonde dans son pays le mouvement de droite libérale Libertad.

Candidat libéral à l’élection présidentielle péruvienne de 1990, il est battu au second tour, contre toute attente car il a l’appui des médias et des élites, par un inconnu d’origine japonaise, Alberto Fujimori contre lequel il essaie de monter la population péruvienne en stigmatisant la communauté asiatique. Suite à cette défaite, il quitte le Pérou pour s’établir en Espagne, à Madrid. Vargas Llosa, qui a demandé et obtenu la nationalité espagnole en 1993 du gouvernement de Felipe González, reconnaît qu’il se sent espagnol, autant que péruvien. Ainsi, dans la conférence du 7 décembre 2010 en tant que lauréat du prix Nobel, il déclare : « J’aime l’Espagne autant que le Pérou et ma dette envers elle est aussi grande que l’est ma gratitude. Sans l’Espagne je ne me trouverais pas aujourd’hui à cette tribune ».

Dans l’année 2007, il est membre fondateur du parti espagnol UPyD (Union, Progrès et Démocratie) qui s’auto-définit comme progressiste.

En avril 2011, lors des élections présidentielles péruviennes, il appuie le vote du candidat nationaliste Ollanta Humala, contre la candidate Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori, son adversaire durant les présidentielles de 1990.

Mario Vargas Llosa est membre de l’Académie royale espagnole. Il a reçu le Prix Cervantes en 1994; le Prix de Jérusalem en 1995; puis en 2005, le Irving Kristol Award de l’American Enterprise Institute. Il prononce alors un discours remarqué, Confessions d’un libéral (Confessions of a Liberal).

Vargas Llosa est titulaire de 40 doctorats honoris causa dont celui de l’Université nationale majeure de San Marcos (son alma mater), celui de l’Université Rennes 2 Haute Bretagne, celui de l’université de Reims Champagne-Ardenne depuis le 19 septembre 2007, ainsi que celui de l’université de Bordeaux 3 depuis le 13 novembre 2009.

Le 7 octobre 2010, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées des résistances, révoltes, et défaites des individus ».

Dans la même année, il se voit offrir le titre honorifique de marquis par le roi Juan Carlos d’Espagne.

Grand aficionado, Mario Vargas Llosa a pris la tête d’un mouvement de défense de la corrida qu’il considère comme une culture de masse, et une culture à protéger.

En 2011 paraît chez Gallimard sa plus récente œuvre de fiction, « Le Rêve du Celte », qui retrace la vie hors norme de l’anticolonialiste irlandais Roger Casement.

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