Delacourt Grégoire ♦ L’enfant réparé

Dans un style acéré, précis, un regard sur soi d’une rare lucidité, Grégoire Delacourt évoque son passé d’enfant abusé. L’enfant réparé, c’est lui. Il a mis 55 ans pour comprendre ce qui lui était arrivé, et cet ouvrage était, je pense, essentiel à son existence pour pouvoir redémarrer.

Il a été victime d’une amnésie traumatique, et il a ainsi tardé à prendre à bras-le-corps la faille qui le pourfendait de part en part depuis l’enfance, l’empêchant d’être heureux. Bouleversant.

« J’ai compris depuis ce qui motiverait mon chemin d’écrivain. Présenter à l’adulte que je suis devenu l’enfant que je fus. »

Dans « Mon père », publié en 2019, Grégoire Delacourt peignait un père venu demander des comptes à un prêtre coupable d’abus envers son jeune fils. Catalyseur d’émotions enfouies, le livre allait faire ressurgir des souffrances muettes et conduire son auteur a une enquête introspective profonde.

Remontant enfin à la source de son enfance saccagée, Grégoire Delacourt la fait revivre dans « L’enfant réparé », poignant récit autobiographique où il se livre pour la première fois. Son fils raconte un corps abîmé et les livres qui l’ont réparé, ce corps qui très jeune a subi l’étourdissement dans le Valium ou autres médicaments et se perçoit comme un déchet. L’écriture lui permet d’abord de subsister, de fuir sa famille et ses souvenirs, avant de devenir une démarche créatrice jalonnée des traces cachées de ses douleurs enfantines.

Pourquoi le petit garçon qu’il était rêvait-il au soulagement de sauter par la fenêtre ? Qui était ce père, absent et bourreau ? Cette mère adorée fuyait-elle son propre enfant, ou bien faisait-elle tout pour le protéger ?

L’enfant réparé est l’histoire d’une enfance abusée, d’une famille où l’on porte le déni comme une armure, et un éclairage unique sur le parcours d’un écrivain. « Le jour où j’ai appris que j’étais une victime, je me suis senti vivant. »

C’est sa seconde femme, Dana, qui avant lui, a su et l’a aidé à verbaliser ce qu’il lui était arrivé. En l’occurrence, quand il avait cinq ans, son père, un notable de province, l’a violé, alors que sa mère était à la maternité pour accoucher. Et ce qui est fou, c’est que, quand on reprend sa bibliographie, on peut glaner çà et là beaucoup d’indices qui conduisent à L’Enfant réparé.

L’écrivain de la famille se livre ici, sans fard, avec beaucoup de franchise et d’émotion en traversant des périodes charnières de sa vie : ses souvenirs d’enfance, ses premières amours, la construction d’une famille, ses premiers métiers, puis, le décès de sa mère, de son père, la rencontre avec une femme qui lui ouvre les portes d’une seconde vie, des heures de psychanalyse pour comprendre.

L’enfant réparé » tient plus de la biographie que du roman, mais c’est sans aucun doute l’œuvre la plus personnelle de Grégoire Delacourt, celle où il se montre tel qu’il est, avec ses blessures, ses fêlures, ses mauvais choix, et ses bons aussi.

 

L’auteur :

Grégoire Delacourt est un publicitaire et écrivain français né le 26 juillet 1960 à Valenciennes.

Dans sa jeunesse, il est interne au sein du collège jésuite La Providence à Amiens. Il obtient son baccalauréat à Lille, puis commence des études de droit à Grenoble, vite arrêtées.

En 1973, il écrit « J’aimerai sortir avec toi sur une xerviette en papier à l’adresse d’une certaine Jeanne. Il prend alors son premier « rateau ».

En 1978, le jour de ses 18 ans, il publie un article dans Le Monde.

En 1979, il obtient son baccalauréat de justesse.

En 1982, il entre dans la réclame et en 1989, il obtient les plus grandes récompenses mondiales dans la réclame.

Mais en 2004, il se fait renvoyer de l’agence qui l’emploie et, indécrottable, il crée dès le lendemain, avec sa femme Dana Philp une agence de publicité « Quelle Belle Journée » avec laquelle il signe des contrats avec des grandes marques telles que Sephora, GO Sport, Caudalie, Folio (Gallimard), Taittinger, Crozatier, Directours, Unilever…

En 2009, il se décide à écrire une phrase un peu plus longue que « Sans eau la beauté fane » pour Caudalie par exemple et ça donne son premier roman « L’écrivain de la famille » en 2010.

Le 12 janvier 2011 au matin, c’est la sortie de ce premier roman L’Écrivain de la famille, publié à l’âge de cinquante ans, (20 000 exemplaires vendus en édition première, prix Marcel Pagnol, prix Rive Gauche). Ce roman gagne cinq prix littéraires : Prix Marcel Pagnol, Prix Carrefour du premier roman, Prix Rive Gauche à Paris, Prix Cœur de France, Prix Méo Camuzet du premier roman.

Mais Grégoire Delacourt reste dans la publicité.

Le 1er février 2012, c’est la sortie de son second roman La Liste de mes envies. Ce livre lui vaut une renommée internationale. Il est vendu à 12 pays avant sa parution. (35 à ce jour dont, rarissime, l’Angleterre et les États-Unis. Un livre qui fait dire à l’indéfectible homme de réclame qu’il est : « Delacourt, c’est une sacrée bonne femme ». A l’été 2012, ce roman dépasse les 300000 exemplaires, les 400000 à Noël, les 500000 à Noël. Mais sa femme dit « qu’il rentre toujours dans ses converses ».

Ce roman fait l’objet d’une adaptation théâtrale mise en scène par Anne Bouvier, produite par Salomé Lelouch, jouée par Mikaël Chirinian de janvier à mai 2013 au Ciné 13 Théâtre, puis reprise en Avignon au Off et à nouveau au Ciné 13 Théâtre de septembre 2014 au 12 janvier 2015. Cette adaptation vaut à Mikaël Chirinian une nomination aux Molières 2014 dans la catégorie « Seul en scène ».

L’adaptation cinématographique, produite par Clémentine Dabadie et Thomas Viguier, a été confiée à Didier Le Pêcheur, avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine et Patrick Chesnais dans les rôles principaux. Le film sort en mai 2014 et totalise plus de 440 000 entrées.

En octobre 2016, une nouvelle adaptation théâtrale est créée à Montréal, écrite par Maryse Warda, mise en scène par Marie-Thérèse Fortin, avec Marie-Chantal Perron dans le rôle de Jocelyne. En janvier 2017, une troisième version théâtrale est créée à Bruxelles au Théâtre de la Samaritaine, adaptée et interprétée par Lorette Goosse et mise en scène par Christian Dalimier. Une quatrième adaptation voit le jour en Espagne.

Le 20  mars 2013, sortie de La Première chose qu’on regarde, son troisième roman, toujours chez Lattès. Le livre est très attendu. Forcément, après un succès, on se demande… Et aussi parce que dans le livre, il y a Scarlett Johansson et que là, on veut voir. Il atteint les 140.000 exemplaires (avant sa parution au Livre de Poche) et lui vaut quelques bisbilles avec Scarlett Johansson. « Mais quel bonheur d’être poursuivi par une aussi jolie personne » dit-il.

Elle sera déboutée de toutes ses demandes mais obtiendra néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée. Mais, et c’est le plus important, le roman sortira indemne. Il s’écoule à plus de 150000 exemplaires.

David Barron, producteur de la série Harry Potter, en acquiert les droits cinématographiques

En 2014, La liste de mes envies a dépassé le million d’exemplaires. La pièce passe la 300ème. Le film fait une jolie carrière. En mai 2014, il totalise plus de 440 000 entrées.

Et le revoilà, fin août 2015, avec On ne voyait que le bonheur, son roman le moins éloigné de lui, jeté comme une quille dans la violence de la rentrée littéraire. C’est un malade. Mais bon, il continue la réclame. Et ses tours de tête et de chevilles n’ont toujours pas changé.

Ce livre figure sur la liste du Goncourt, et rate d’un cheveu (qu’il a plus courts que ceux de David Foënkinos) le Goncourt des Lycéens où il arrive en seconde position derrière « Charlotte » le roman de David Foenkinos. Il obtient néanmoins le titre de « Meilleur roman de l’année 2014 » décerné par les journalistes du Parisien.

La Liste de mes envies continue en librairie et au théâtre où il passe la 500ème (et commence à rapporter un peu d’argent au Trésor Public). Mais il est toujours dans la réclame.

Ceci dit, ses doigts ont toujours la bougeotte, et le voilà qui nous pond Les Quatre saisons de l’été qui sortent à l’aube de l’été, le 29 avril 2015. Il met en scène, un même été, au Touquet Paris-Plage, les amours d’été de quatre couples, de quinze ans, trente-cinq ans, cinquante-cinq ans et soixante-quinze ans.

En Allemagne, le livre se classe dans le Top 10 de la liste des bestsellers du Spiegel.

Ah, et il achète enfin ces Converse couleur moutarde qu’il lorgnait depuis longtemps.

En 2016, il souffle un petit peu. Pas de nouveau livre cette année, mais un long temps d’écriture pour un roman prévu en janvier prochain.

En octobre, La Liste de mes envies monte sur scène à Montréal, dans une nouvelle adaptation de Maryse Warda.

La Première chose que l’on regarde est acheté par un célèbre producteur anglais – et on peut subodorer que Scarlett J. ne sera pas au casting.

Cependant, il persiste toujours dans la réclame même si les méchants (Google, Facebook et compères) sont en train de gagner (et dire qu’on disait de « 1984 » que c’était de la science-fiction).

Enfin, après de longues recherches, il déniche des Converse fluo.

Une excellente année, en somme.

Le 2 janvier 2017, sortie de son nouveau roman Danser au bord de l’abîme, toujours chez Lattès. Le livre s’écoule à plus de 190 000 exemplaires. Une adaptation pour le cinéma est en cours.

En janvier 2017, une troisième version théâtrale de son roman La liste de mes envies est créée à Bruxelles au Théâtre de la Samaritaine, adaptée et interprétée par Lorette Goosse et mise en scène par Christian Dalimier.

Au début d’avril, alors que la neige commence à fondre à Québec, il y est Président d’honneur du Salon International du Livre, et c’est un authentique honneur pour lui, cet honneur.

En juillet, il passe le pont d’Avignon et découvre avec bonheur l’adaptation théâtrale d’On ne voyait que le bonheur justement, avec l’immense Grégori Baquet et l’infinie Murielle Huet des Aunay – créée au Théâtre Actuel.

L’Écrivain de la Famille sort en Allemagne où il figure dans le top 10 des meilleures ventes.

La rentrée est calme, alors il en profite pour écrire un court roman pour l’an prochain et, comme la réclame est, elle, plus que calme, il n’a pas son petit bonus de fin d’année qui lui permettait jusqu’ici de s’offrir une nouvelle paire de Converse.

Le 28 février 2018 « La femme qui ne vieillissait pas », son septième roman, arrive en librairie. C’est un conte réaliste sur le rêve de beaucoup de femmes et d’hommes. Le roman est adapté pour la scène par Françoise Cadol, qui en sera l’interprète, dans une mise en scène de Tristan Petigirard. Création en Avignon en juillet 2021.

Le 20 février 2019, Grégoire Delacourt publie son huitième roman « Mon père ». Il n’y parle pas de son père mais de tous les pères. De leur amour pour leurs enfants et de leur incapacité parfois à les protéger.

Dans le très sérieux magazine Lire, Baptiste Liger écrit: « Mon Père révèle une force littéraire que l’on n’imaginait pas forcément chez l’auteur de La Liste de mes envies ». Dans Le Figaro Littéraire, Mohammed Aïssaoui enfonce le clou: « Un roman littérairement de toute beauté » et Stéphanie, du blog Saginlibrio, y va carrément: « Grégoire Delacourt est magistral ».

            Le 19 août 2020, Grasset publie « Un jour viendra couleur d’orange ».

            Il passe la plupart de son temps de l’autre côté de l’Atlantique, dans le pays de la « fille assise sur la voiture » où il marche beaucoup, émerveillé, mais depuis le confinement, il se balade plutôt dans son salon. Avantage : il n’use pas ses Converse.

            En juillet, s’il n’y avait aps eu ce virus, il aurait dû être en Avignon pour assister à la création, sur la scène du Théâtre Buffon, de La femme qui ne vieillissait pas. Mise en scène de Tristan Petitgirard et sur scène, Françoise Cadol.

            Grégoire Delacourt publie « L’Enfant réparé » le 29 septembre 2021, toujours chez Grasset, poignant récit autobiographique.

Le confinement a donné un texte (pas sur le confinement), qui devrait paraître au début du quatrième trimestre. Un truc écrit en pyjama, donc assez intime. Il a d’ailleurs trouvé des Converse curieuses, dans une sorte de velours mou, couleur caramel joyeux, d’un authentique confort de pantoufles, précise-t-il, pour le jour où il sortira présenter son nouveau livre.

 

Bibliographie

  • L’Écrivain de la famille, 2011 – Prix Marcel Pagnol 2011- Prix Rive Gauche à Paris 2011- Prix Carrefour du Premier Roman 2011- Prix Cœur de France 2011- Prix du premier roman Méo Camuzet 2011
  • La Liste de mes envies, 2012 – Prix Méditerranée des Lycéens 2013 – Prix des Lycéens 2013 de la Ville de Gujan-Mestras – Prix Livresse de Lire 2013
  • La Première Chose qu’on regarde, 2013
  • On ne voyait que le bonheur, 2014 – Prix des Lectrices Edelweiss (Suisse) – Prix Goncourt des Fougères 2014 – Meilleur roman de l’année 2014
  • Les Quatre Saisons de l’été, 2015
  • Danser au bord de l’abîme, 2017
  • La femme qui ne vieillissait pas, 2018
  • Mon père, 2019
  • Un jour viendra couleur d’orange, 2020
  • L’Enfant réparé, 2021

Laisser un commentaire