Petrosky Stanislas ♦ Ils étaient vingt et cent

Un roman noir glaçant, pour ne jamais oublier. Un roman-témoignage poignant sur le tristement célèbre camp de Ravensbrück. Un livre troublant, comme la chanson de Jean Ferrat, qui malgré les années qui passent, demeure un hymne à la mémoire.

Alors que l’on fête ses 99 ans à la maison de retraite, Gunther Frazentich se souvient… : 1938, l’Allemagne.

A 18 ans en 1939, Gunther est un jeune Allemand qui se rêve artiste. Passionné par le dessin, il souhaite faire carrière dans les beaux-arts. Mais ses parents, des gens de la terre, n’estiment guère cette vocation artistique. Alors lorsque le IIIème Reich a besoin de main d’œuvre pour construire des camps, son père n’hésite pas à l’envoyer au charbon car un camp va se construire près de chez eux. Ce camp est censé servir à la « rééducation par le travail » des ennemis du régime national socialiste allemand.

Les jeunes travailleurs de force sont par la suite enrôlés comme Kapo, surveillants civils, dès l’ouverture du camp où une ligne de chemin de fer commence à amener des wagons entiers de femmes venues de toutes l’Europe. Tziganes, juives, handicapées, homosexuelles, résistantes ou raflées par hasard, des milliers de prisonnières de tous les âges sont acheminées dans ce lieu qui sera le théâtre d’un enfer inimaginable.

Même s’il ne partage pas les idées nazies, il se retrouve contraint à construire ce camp, le plus grand camp d’extermination de femmes, puis à traverser son histoire en tant qu’illustrateur «  officiel », une fois que ses talents de dessinateurs sont repérés par les administrateurs du camp. Il ne doit sa vie sauve qu’à la pointe de son fusain, en dessinant les horreurs qu’il côtoie.

Stanislas Petrosky s’est plongé dans l’histoire du camp nazi de Ravensbrück, 80 km au Nord de Berlin, fonctionnant de 1939 à 1945, un camp de concentration réservé aux femmes : 132.000 déportées ( dont les Françaises résistances du Panthéon, Geneviève Anthonioz – De Gaulle et l’ethnologue Germaine Tillion, entre autres ) surtout Polonaises, 90.000 y meurent.

L’ultra documentation est judicieusement utilisée, sans lourdeur ou sans effet plaqué. Cela permet à l’auteur d’apporter de la profondeur contextuelle à son propos en décrivant toute l’horreur du camp : les sévices ordinaires, l’extermination par le travail, les expériences médicales sur l’efficacité des sulfamides dans le traitement des blessures de guerre, les mutilations qui en découlent, le camp d’enfants, les fours crématoires, la chambre à gaz à partir d’automne 1944.

Les personnages «  secondaires » du roman ont tous existé : l’intendant du centre industriel Gustav Binder, la gardienne sadique Maria Mandl ou l’effrayant médecin Karl Gebhardt.

Il est L’Œil, celui à qui les SS demandent un dessin « souvenir » ou «  trophée » de leur crime dans un orgueil de bourreau délirant. Celui qui est subi, qui est lâche, celui qui se pose des questions en permanence : pourquoi tombe-t-il amoureux dans ce lieu maudit ? Est-il en train de s’habituer à cet enfer ? Perd-il tout sens moral se laissant contaminer par le système concentrationnaire ? Ce personnage est d’autant plus passionnant qu’il entreprend le projet d’être le témoin de toute cette barbarie lorsque la guerre sera finie.

Ce roman est aussi intéressant pour un autre point. Il permet de décrire la vie d’un allemand après la libération, la tentative de reconstruction. Cette partie-là manque cruellement dans les témoignages. En effet, comment peut-on continuer à vivre après une telle expérience ? Que ressent-on ? Jusqu’où peut aller la résilience?

Autre point qu’il faut aussi souligner : dans ce roman, on se rend compte qu’avant de devenir nazis, ces monstres étaient « normaux » : des gamins insouciants jouant ensemble dans la cour de l’école, des parents aimant leurs enfants, des infirmières et des médecins dont la vocation première étaient de sauver des vies. Un jour, ils ont basculés dans l’idéalisme, la dictature totalitaire et expansionniste, révélant leur cruauté, les privant de toute once de pitié et de compassion envers leurs semblables.

 

L’auteur :

Stanislas Petrosky, de son vrai nom Sébastien Mousse, est un écrivain qui vit à Saint-Romain-de-Colbosc près du Havre en Normandie.

C’est après une première vie de 30 années en tant que thanatopracteur qu’il se lance dans l’écriture sous le pseudonyme de Stanislas Petrosky. Il fait croire un temps qu’il est d’origine arménienne, mais finit par rétablir très vite la vérité.

Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie, Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.

Il commence à écrire à l’âge de 14 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, il estimait que sa production littéraire n’était pas bonne. Il était très mauvais en orthographe, en grammaire et en conjugaison. Au fur et à mesure, à force de lire, il écrit un peu mieux. Il a aussi croisé des gens qui lui ont donné des bases et de nombreux conseils. Au contact d’auteurs, il a appris qu’on n’écrit pas un livre en une seule fois. On peut écrire un roman au moins dix fois pour qu’il soit au minimum convenable.

C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles publiées dans divers recueils ou chez l’éditeur Ska pour les plus récentes.

Admirateur de la série du Poulpe imaginée par Jean-Bernard Pouy, il a l’idée en 2012 de créer un personnage récurrent sur le même principe. Le personnage de Luc Mandoline, ancien légionnaire devenu thanatopracteur itinérant et son ami Sullivan, donnent alors vie à la série L’Embaumeur, inspirée de son passé de thanatopracteur. 18 tomes sont prévus, écrits par un auteur différent et Sébastien Mousse devient éditeur, un peu par la force des choses, créant les Éditions L’Atelier Mosésu qui publient cette série.

Stanislas Petrosky en écrit le 13ème opus : Un havre de paix, premier de la série L’Embaumeur paru aux Éditions French Pulp en 2018.

Ravensbrück mon amour est son premier roman, publié en 2015 pour lequel il reçoit le « Grand prix des Blogueurs » en 2016. Roman qui sera réédité en 2019 sous le titre Ils étaient vingt et cent… aux Éditions French Pulp.

Il a dit dans une interview que, quand il était gamin, comme beaucoup de gens de son époque, il a été bercé par Au nom de tous les miens de Martin Gray. Il a vu la série Holocauste à la télévision. Son grand-père (qui n’est pas juif), et qui a fait un court séjour au camp, lui a beaucoup raconté ce qu’il a vécu. Et puis, il a lu les douze livres sur la déportation qu’a signés le journaliste Christian Bernadac. Quand il voit ce qui se passe dans le monde actuellement, il pense qu’il est bon de faire une piqure de rappel.

Cette même année, il enchaîne avec L’amante d’Étretat, premier roman à suspense.

Stanislas Petrosky devient alors un auteur de polars, accueilli aux Éditions Lajouanie en 2016 avec Je m’appelle Requiem et je t’…, puis la suite : Dieu pardonne, lui pas ! en 2017 – Et le 3ème tome : Le diable s’habille en Licorne en 2018. Requiem pour un fou, le 4ème tome sort la même année mais aux Éditions French Pulp, suivi de Opération Requiem, le 5ème tome, en 2019. Avec son personnage de Requiem, prêtre exorciste déjanté, il égale les grands auteurs du noir burlesque avec un style mêlant humour et polar.

Jusqu’alors, il n’avait écrit que des nouvelles. Il a travaillé pour Camion Blanc, une maison d’édition consacré à la musique (rock de préférence, voire metal). Tous les ans, il écrit une nouvelle pour eux. Et pour d’autres éditeurs d’ailleurs. Il travaille plus sur le court, parce qu’il préfère ça. Il me sent plus à l’aise.

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