Sten Viveca ♦ Au nom de la vérité

La Saint-Jean approche. A Lökholmen, une petite île en face de Sandhamn, une soixantaine d’enfants et adolescents est rassemblée pour un camp de voile. Faute de surveillance, certains jeux dégénèrent en harcèlement.

Et lorsqu’un enfant de 11 ans, Benjamin, petit et fluet pour son âge disparaît, la panique s’empare du camp. Il a eu beau supplier ses parents de lui épargner cette expérience, son père n’a pas cédé. L’enfant est immédiatement une proie de choix pour de sales gosses pervers qui aiment s’attaquer aux plus faibles qu’eux. De plus, il a peur de l’eau et n’a pas l’habitude de dormir loin de la maison. Accident ? Fugue ? Kidnapping ? Ou… un jeu qui aurait mal tourné ?

Dépêché sur les lieux, l’inspecteur Thomas Andreasson, qui, après 20 ans de service et un passage décevant dans le privé, a réintégré la police, et ses collègues, explorent toutes les pistes.

Pendant ce temps, Nora Linde, procureure et amie de Thomas Andreasson, fait face au plus grand défi de sa carrière de juriste : un procès contre un PDG ayant escroqué plusieurs millions à son entreprise.

 

L’île de Sandhamn vue par Viveca Sten

Quand je pense à Sandhamn, je vois des maisons de bois rouge pressées les unes contre les autres au bord du chenal et la petite entrée du port où les voiliers jettent l’ancre depuis le XVIIe siècle. L’imposante douane de 1752 se dresse à la pointe de l’anse, des bouées blanches se balancent autour des pontons et le soleil miroite sur l’eau entre les canots et les voiliers amarrés. « Sandhamn la pittoresque, cernée d’eau sur trois côtés et par la haute mer sur le dernier. » C’est en ces termes qu’en 1873 le grand August Strindberg a dépeint Sandhman, où il a vécu à plusieurs reprises avec son épouse, Siri von Essen. Peut-être déambulait-il à travers les étroites venelles du port en compagnie de figures de la scène artistique suédoise comme [les peintres] Anders Zorn et Bruno Liljefors ? Peut-être savourait-il les joies d’une promenade silencieuse dans les bois de pins clairsemés, au milieu des troncs gris violacé et des bruyères roses ?

Sans doute prenait-il la vapeur qui relie encore aujourd’hui Stockholm à Standhamn, le Sandhamns Express. Le voyage dure deux heures et demie et traverse l’un des plus beaux archipels du monde, le must étant de déguster à son bord un « steak vapeur » [servi avec des oignons et des pommes de terre].

L’îlot, qui ne compte pas plus de 110 habitants permanents, se situe à l’extrême limite de l’archipel [de Stockholm]. La cohésion de la communauté est forte, et tout le monde se connaît depuis des générations. En hiver, la plupart des maisons sont cependant fermées ; le magasin n’ouvre que deux heures le matin et il n’y a que quatre ferrys par jour ; le soir on ne croise quasiment plus un chat et, dans le port, les bateaux de plaisance dorment sous des bâches ouvertes de neige comme une brochette de phoques assoupis. C’est en été que Sandhamn revient à la vie. Lorsque les 3 000 résidents estivaux et les 100 000 visiteurs annuels débarquent, l’île change du tout au tout. Le port est envahi par de beaux voiliers blancs et d’élégants yachts. L’Hôtel des plaisanciers affiche complet, les terrasses font le plein et le rosé coule à flots. Les touristes partent en pèlerinage sur les longues plages situées de l’autre côté de l’île. L’eau y est tiède et le sable blanc. Le soir, une odeur de viande grillée embaume l’atmosphère à l’heure du barbecue sur le pont des navires et dans les jardins.

Mon arrière-grand-père paternel, Oscar, est arrivé sur l’île en 1917. Il y a acheté notre maison de famille à un pilote côtier. Chaque été, Oscar et sa famille y débarquaient avec leur aréopage : cuisinière, chauffeur et précepteur. Ils aimaient flâner sur la plage en admirant les fins voiliers d’alors. Aujourd’hui, c’est mon père qui vit là et qui, d’une main précise, attache les rosiers qui grimpent sur la façade sud. Au coucher du soleil, nous descendons souvent sur le ponton, à l’heure où l’horizon prend des teintes orangées et où la rosée du soir embue nos verres. La lune luit à la manière d’une étoffe de soie moirée, ciel et mer se confondent et les îles, au loin, ressemblent à des ombres noires sur les eaux calmes. Fugaces instants de bonheur.

A l’été 2005, je suis allée me promener sur la plage sud de l’île. Le soleil tapait fort et des nuages blancs moutonnaient dans le ciel. On apercevait des voiles blanches sur la ligne d’horizon. Une image m’est soudain venue à l’esprit – et si je tombais sur un cadavre ? Que se passerait-il ? Un cadavre avec la peau boursouflée par son séjour dans l’eau, entortillé dans un filet de pêche, les orteils et les doigts grignotés par les poissons… Que se passerait-il dans ce paradis estival si un cadavre s’échouait sur la plage au beau milieu des familles, des plaisanciers et des touristes ?

Ce jour-là, je suis rentrée à la maison et je me suis lancée dans l’écriture d’un roman policier. En un peu plus d’une semaine, j’avais écrit le premier et le dernier chapitre de ce qui serait mon premier polar de la série Sandhamn : La Reine de la Baltique [France Loisirs, 2012]. Ses personnages principaux sont l’inspecteur Thomas Andreasson, de la police de Nacka [à Stockholm], et Nora Linde, son amie d’enfance, juriste bancaire. Lorsque j’ai eu l’idée du personnage de Thomas, j’ai voulu en faire quelqu’un d’avenant et de sympathique, quelqu’un que l’on aimerait avoir pour ami. J’en avais assez – pour être franche – de ces commissaires acariâtres, à peine capables de réchauffer une pizza au micro-ondes et qui écoutent de l’opéra à longueur de journée. Le personnage de Thomas est devenu si populaire que des lecteurs me demandent son numéro de téléphone.

Sandhman s’est révélé le cadre idéal pour des romans policiers. Il y a quelque chose de très séduisant dans l’idée d’une mort brutale dans un cadre aussi harmonieux. Plus l’endroit est idyllique, plus le crime est odieux. Un cadavre ensanglanté qui surgit de là où des enfants jouent, un cornet de glace à la main… Une plage ensoleillée sur laquelle on trouve des membres mutilés… Un meurtrier dans un paradis balnéaire, c’est un contraste irrésistible pour un auteur de polars. On me demande souvent quelle est la meilleure période pour visiter Sandhman. Je songe alors aux longues soirées du début de l’été, quand le soleil se couche vers 23 heures. En juin, la lumière du soir n’est jamais noire, mais d’un bleu profond, les lilas embaument l’atmosphère et les sureaux sont en fleurs. C’est tout aussi beau en août, à l’époque où le soleil de la fin de l’été miroite sur les vagues, où l’air est gorgé du parfum des roses et où l’opulente lune jaune d’août se lève sur l’horizon. En automne, les frondaisons se parent d’un arc-en-ciel de couleurs et l’air est délicieusement limpide. En hiver, enfin, la neige est d’un blanc étincelant et les pontons se couvrent de stalactites. Il arrive que le soleil soit si bas que l’astre blafard semble flotter sur l’horizon. Qui peut résister à l’archipel lorsque le givre fait scintiller la cime des arbres et que l’île se couvre d’un manteau de glace ? Pour moi, toutes les saisons rivalisent de beauté. Dès que j’ai les pieds sur le ferry, je suis heureuse : je suis en route pour mon île. Quand le bateau fend les vagues et que l’écume est aussi bleue que le ciel de juillet, mon cœur est en paix. Bienvenue dans mon paradis!

L’auteur :

Viveca Sten, née le 18 juin 1959 à Stockholm, en Suède, est une romancière suédoise, auteur de plusieurs romans policiers et ouvrages juridiques. Elle est principalement connue pour être l’auteur d’une série policière se déroulant sur l’île de Sandhamn qui a été adaptée à la télévision sous le format d’une mini-série intitulée Meurtres à Sandhamn (Morden i Sandhamn).

Elle a obtenu un diplôme de droit à l’université de Stockholm, puis un MBA à la Handelshögskolan i Stockholm.

Elle travaille au cours de sa carrière comme avocate et responsable juridique pour les sociétés Scandinavian Airlines System : une compagnie d’aviation S.A.SA., Letsbuyit.com, Amadeus Scandinavia et pour l’entreprise de service postal PostNord.

Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture en rédigeant des manuels juridiques.

En été 2005, lors d’une balade sur l’île de Sandhamn, que ciel était magnifique, et qu’il y avait du soleil… elle a eu la vision d’un cadavre dans un filet de pêche. Elle imagine alors le cadre de son premier roman policier qu’elle publie en 2008 sous le titre I de lugnaste vatten. Ce récit est traduit en français en 2013 par l’éditeur Albin Michel dans sa collection Spécial Suspense sous le titre « La Reine de la Baltique ».

Il y a plus de 20 000 îles dans l’archipel de Stockholm. Sandhamn n’est pas la plus proche de la capitale suédoise (elle est la dernière avant l’Estonie), ni même la plus vaste, et encore moins la plus peuplée (à peine une centaine d’âmes l’hiver (89), une litote au pays des glaces). Et pourtant quelques millions de Suédois sont capables de la situer dans la Baltique. Parce qu’elle accueille depuis plus d’un siècle de fabuleuses régates (comme en témoigne la belle bâtisse de l’ancien Royal Swedish Yachting Society Clubhouse) et son cortège princier. Mais aussi et surtout parce que Viveca Sten, la dauphine du polar suédois, y plante ses personnages depuis 2008.  Plages de sable blanc, pontons festifs, maisons en brique colorées, pas de voiture, qu’elle arpente depuis son enfance (son arrière-grand-père y acquit une maison en 1917) et où elle soigne ses textes, seule, lors des mois enneigés.

À la suite du succès rencontré par ce premier livre en Suède, puis en Europe, Sten poursuit son œuvre et publie au rythme d’un roman par an de nouvelles aventures de l’inspecteur Thomas Andreasson et de l’avocate Nora Linde. Fin 2011, elle devient romancière à temps plein.

C’est dans ce petit paradis qu’un sympathique duo formé par l’inspecteur Thomas Andreasson, grand blond aux yeux bleus fraîchement divorcé, et son amie d’enfance, l’avocate Nora Linde, tente d’élucider une série de crimes. « Mais tous ne sont pas perpétrés sur l’île même, prévient l’auteur. Je ne peux pas tuer tous les habitants de Sandhamn, d’autant que j’ai promis dix volumes à mon éditeur. » Elle avait envie d’un héros différent de ses confrères nordiques dont les inspecteurs ou les détectives sont toujours alcooliques et divorcés. En créant Thomas, elle avait envie que l’on retrouve en lui un copain avec lequel on a envie de prendre un verre.

En 2010, ces romans sont adaptés à la télévision suédoise pour la mini-série Meurtres à Sandhamn (Morden i Sandhamn), avec les acteurs Jakob Cedergren, Alexandra Rapaport et Anki Lidén dans les rôles principaux. Dans les premiers épisodes, Sten apparaît en caméo en jouant un petit rôle de figuration.

La première saison est adaptée du livre « La Reine de la Baltique » et la seconde du livre « Du sang sur la Baltique ». Il existe aujourd’hui 5 saisons dont la dernière a été diffusée en décembre 2015 sous le nom de « Mord im Mittsommer ».Cette série est diffusée en France par Arte au début de l’année 2015.

Fin 2011, elle devient romancière à temps plein : un roman par an, chacun étant nourri par une motivation criminelle particulière (l’instinct de survie, l’âpreté au gain, le désespoir, la vengeance…) et consacré à un milieu bien précis (les soldats des années 1970, la jeunesse dorée et pourrie, les immigrants et l’extrême droite).

Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari Lennart, et leurs trois enfants (20, 23 et 26 ans en 2018). Sa fille, Camilla Sten (1992), est auteure depuis peu mais elle a toujours écrit et aidé sa mère à peaufiner ses histoires. Avec « L’Île des disparus » (Djupgraven, 2016) elles se sont lancé un nouveau défi : l’écriture d’une série pour la jeunesse.

Véritable star en Suède, elle fait aujourd’hui son entrée dans la collection Spécial Suspense avec cette première enquête du duo de choc que forment Thomas Andreasson et Nora Linde.

Inconnue en France, star dans son pays, où elle rivalise avec Camilla Läckberg. Certes, sa cadette (43 hivers, contre 58) a entamé plus tôt (La Princesse des glaces, 2003) sa fulgurante ascension. Mais de roman en roman, Viveca grappille des places.

 

Œuvre :

Romans policiers :

  • I de lugnaste vatten (2008) – Publié en français sous le titre La Reine de la Baltique, traduit par Rémi Cassaigne, 2013.
  • I den innersta kretsen (2009) – Publié en français sous le titre Du sang sur la Baltique, traduit par Rémi Cassaigne, 2014.
  • I grunden utan skuld (2010) – Publié en français sous le titre Les Nuits de la Saint-Jean, traduit par Rémi Cassaigne, 2015.
  • I natt är du död (2011) – Publié en français sous le titre Les Secrets de l’île, traduit par Rémi Cassaigne, Paris, Albin Michel, 2016.
  • I stundens hetta (2012) – Publié en français sous le titre Au cœur de l’été, traduit par Rémi Cassaigne, Paris, Albin Michel, 2017.
  • I farans riktning (2013) – Publié en français sous le titre Retour sur l’île, traduit par Rémi Cassaigne, Paris, Albin Michel, 2018.
  • I maktens skugga (2014) – Publié en français sous le titre Dans l’ombre du paradis, traduit par Rémi Cassaigne, Paris, Albin Michel, coll. « Spécial Suspense », 2019.
  • I sanningens namn (2015) – Publié en français sous le titre Au nom de la vérité, traduit par Rémi Cassaigne, Paris, Albin Michel, coll. « Spécial Suspense », 2020
  • Iskalla ögonblick Tio skärgårdsberättelser (2017)
  • I fel sällskap (2018)

 

Romans fantastiques :

Série L’Île des disparus (avec Camilla Sten)

  1. Djupgraven (2016) – Publié en français sous le titre La Fille de l’eau, traduit par Marina Heide, Paris, Michel Lafon, 2018
  2. Sjörök (2017) – Publié en français sous le titre Le Secret du brouillard, traduit par Marina Heide, Paris, Michel Lafon, 2019
  3. Mareld (2018) – Publié en français sous le titre Les Lueurs de l’archipel, traduit par Marina Heide, Paris, Michel Lafon, 2019

 

Manuels juridiques :

  • Förhandla i affärer
  • Outsourcing av IT-tjänster
  • Internationella avtal – i teori och praktik

 

Livre de cuisine

  • Skärgårdssommar (2014)

 

Filmographie :

Comme auteur adapté :

  • 2010 – 2014: Meurtres à Sandhamn (Morden i Sandhamn), série télévisée suédoise réalisé par Marcus Olsson (saison un), Niklas Ohlson et Mattias Ohlsson (saisons deux, trois et quatre) d’après les romans de Sten.
  • 2014: Zbrodnia, série télévisée polonaise, réalisé d’après la série suédoise.

Comme actrice :

  • 2010 – 2014: Meurtres à Sandhamn (Morden i Sandhamn)

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