Indridason Arnaldur ♦ Opération Napoléon

« Opération Napoléon » est un roman d’aventures et de politique-fiction, ancré dans l’histoire récente et sensible de l’Islande, île dont la position géographique dans l’Atlantique nord, en forme de poste avancé de l’Europe, de station de ravitaillement, d’escale entre l’Europe et les Etats-Unis, a alimenté toutes les stratégies politico-guerrières des grandes puissances.

Avant de se plonger dans « Opération Napoléon », il faut avoir en tête sa date de sortie : 1999. L’année où Arnaldur Indridason a publié ce roman, il avait 38 ans (il en a aujourd’hui 59), était encore inconnu comme écrivain et gagnait sa vie comme critique de films pour le quotidien Morgunbladid, à Reykjavik. C’était alors son troisième livre (les deux premiers restent inédits chez nous), un an avant la première apparition du fameux commissaire Erlendur, son héros récurrent, dans « La cité des Jarres », qui allait marquer ses grands débuts dans le polar…

1945 : Un bombardier allemand, pris dans le blizzard en survolant l’Islande, s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. L’Allemand le plus gradé affirme que leur meilleure chance de survie est de marcher vers la ferme la plus proche. Une mallette menottée au poignet, il disparaît dans l’immensité blanche.

Dans les années qui suivent, les Américains lancent en vain des expéditions pour faire disparaître cette opération militaire mystérieuse et encombrante.

1999 : Le glacier fond et les satellites repèrent une carcasse d’avion. Les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull en envoyant une mission de militaires en armes qui tente en secret de dégager l’avion pour récupérer la précieuse cargaison : or, virus, bombe nucléaire ?

Au même moment, deux jeunes islandais baroudeurs, Elias et son pote, adeptes des expéditions sur le glacier et sauveteurs bénévoles randonnent sur le glacier au moment où les manœuvres militaires US s’y déroulent. Ils sont rapidement réduits au silence.

Avant d’être capturé, et avant d’être propulsé avec son motoneige au fond d’une crevasse, Elias a néanmoins le temps d’entrer en contact avec sa soeur Kristin, avocate sans histoires à Reykjavik. Celle-ci se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante. Les événements se précipitent. Elle devient ainsi le témoin gênant à éliminer rapidement. Mais c’est sans compter sur sa ténacité, son courage et sa soif de vérité. Elle entraîne avec elle, Steve, un Américain, Officier de liaison au quartier général de l’OTAN.

Poursuivis par des agents spéciaux peu recommandables, Kristin et Steve mènent l’enquête pour résoudre l’énigme de l’Opération Napoléon, opération militaire mystérieuse et encombrante que les Américains cherchent à  désintégrer.

Une course-poursuite riche en rebondissements au cœur d’une nature et d’un climat glacés, qui délivre, au passage, des révélations sur les agissements troublants des Américains à la fin de la guerre, déjoue plusieurs fausses pistes toutes crédibles, s’intéresse aux conditions de vie particulières de cette base américaine implantée en Islande qui ne se lie pas du tout (ou mal) avec  la population locale, rend compte des relations tendues entre deux nations qui cohabitent sans s’estimer beaucoup, révèle avec précision une ambiance encore empreinte de relents de guerre froide.  Tout cela avec une réalité saisissante et glaçante.

Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Arnaldur Indridason, historien de formation, semble maîtriser parfaitement son sujet pour convaincre le lecteur qu’il existe encore des zones d’ombre sur la fin de la guerre et que la présence américaine sur le sol islandais n’a pas toujours été aussi bienveillante qu’elle veut bien le laisser paraître.

Pour plus d’information sur cette opération Napoléon :

http://www.polardesglaces.com/blog/au-fil-des-pages/operation-napoleon-napoleonsskjolin-2.html

 

L’auteur :

Arnaldur Indriðason, (le patronyme est parfois transcrit par Indridason), né le 28 janvier 1961 à Reykjavík, est un écrivain islandais, fils de l’écrivain Indriði G. Þorsteinsson, né en 1926, dans le nord de l’Islande, qui vivait dans le plus grand dénuement ayant été élevé dans une maison en tourbe.

Comme presque tous les Islandais, il est désigné par son prénom, Arnaldur. Son patronyme (qui, selon la tradition islandaise, est une simple marque de filiation, « Fils de Indrid », pour le distinguer de d’autres Arnaldur) est parfois transcrit par Indridason comme dans ses livres traduits en français, alors que la translittération correcte devrait être Indridhason, le dh se prononçant comme le th dans l’anglais the.

Quand Arnaldur Indriðason est né, son père habitait dans un immeuble récemment construit à Reykjavik. Lui aussi était écrivain, et ses romans traitaient de ces changements. Le plus célèbre, Terre et fils, racontait ainsi l’histoire d’un jeune homme contraint de quitter sa campagne.

En 1996, Arnaldur Indriðason obtient un diplôme en histoire à l’université d’Islande. Journaliste au Morgunblaðið en 1981-1982, il devient scénariste indépendant.

De 1986 à 2001, il travaille comme critique de films pour le Morgunblaðið. Aujourd’hui, il est l’auteur de quinze romans policiers dont 7 ont été traduits en français — dont plusieurs sont des best-sellers.

Arnaldur Indriðason publie son premier livre, Synir duftsins (littéralement « Fils de poussière ») en 1997. Cette publication marque pour certains, comme Harlan Coben, le départ d’une nouvelle vague islandaise de fiction criminelle. Quand il commence à écrire, en 1997, le roman policier a mauvaise réputation en Islande, ce n’est pas un genre « noble », la plupart des auteurs le tiennent pour un divertissement de médiocre qualité. Aujourd’hui, heureusement, le malentendu a été levé. Il y a une autre raison qui explique cette absence de tradition du roman policier, pourtant florissant dans le reste de la Scandinavie : son pays ne comptait que peu de criminels, fort peu de meurtres, et par conséquent peu d’enquêtes de police. Imposer un personnage de flic avec un nom typiquement islandais, des histoires qui se passent dans les rues de Reykjavík et des personnages qui vivent comme des Islandais constituait alors un véritable défi ! Les gens n’y croyaient pas. Mais depuis quinze ans, les crimes, ceux liés au trafic de drogue en particulier, se sont multipliés et sont devenus extrêmement violents. La société a profondément changé, elle est essentiellement urbaine. C’est de ce changement qu’il essaie de rendre compte, et ses romans s’inscrivent dans ce qu’on appelle le « réalisme social ».

Aux côtés d’Arni Thorarinsson, également auteur islandais de polars, Arnaldur déclare qu’« il n’existe pas de tradition de polar en Islande. [À cet état de fait, il y a deux raisons.] L’une tient en ce que les gens, y compris les écrivains, considéraient les histoires policières comme des mauvais romans […]. La deuxième raison, c’est que beaucoup d’Islandais ont longtemps cru en une sorte d’innocence de leur société. Très peu de choses répréhensibles se produisaient, et le peu de faits divers ne pouvaient pas donner lieu à des histoires policières. Ce qui explique qu’à [leurs] débuts, Arni Thorarinsson ou [Arnaldur ont] eu du mal à (s’)imposer [dans les milieux littéraires islandais]. »

Il fut nommé à maintes reprises écrivain le plus populaire d’Islande.

En 2004, ses livres ont fait partie des dix livres les plus empruntés à la Bibliothèque municipale de Reykjavík.

Ses livres ont été publiés dans 26 pays et traduits en allemand, danois, anglais, italien, tchèque, suédois, norvégien, néerlandais, catalan, finnois, espagnol, portugais et français.

Deux de ses œuvres : « La Cité des jarres » et « Hiver arctique » ont reçu, en 2002 et 2003, le Prix Clé de verre, la plus haute distinction scandinave.

Il a également gagné le « Gold Dagger Award », prix littéraire britannique, en 2005 pour « La Femme en vert », et son roman « L’Homme du lac » (Métailié, 2008) a reçu le Prix polar européen du Point.

Il est le premier à recevoir The Glass Key Prize du Skandinavia Kriminalselskapet, deux années consécutives.

En 2011, il reçoit le 1er Prix Boréales-région Basse-Normandie du Polar Nordique à l’occasion de ce festival et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

En 2013, il sort « Étranges rivages. »

Cet écrivain partage désormais une reconnaissance internationale avec Arni Thorarinsson, Jon Hallur Stefansson, Stefan Mani et Yrsa Sigurðardóttir, eux aussi traduits en français.

Arnaldur Indriðason a adapté trois de ses livres pour la radio du service audiovisuel islandais RÚV. Le producteur islandais Baltasar Kormákur a travaillé à une adaptation de Mýrin, La Cité des Jarres (titré Jar City en français et sorti en France en septembre 2008).

Snorri Thórisson travaille sur une production internationale de Napóleonsskjölin. Arnaldur Indriðason est actuellement en collaboration avec l’Icelandic Film Fund pour l’écriture de deux scénarios d’après deux de ses nouvelles.

Il vit à Reykjavík avec sa femme et ses trois enfants. Les deux auteurs ayant fortement influencé Arnaldur Indriðason sont Maj Sjöwall et Per Wahlöö, deux écrivains suédois qui ont imaginé, dans les années 1960, les aventures de l’inspecteur Martin Beck.

Arnaldur Indridason refuse de passer à la télévision. Il n’aime pas quitter l’Islande, il a besoin de se concentrer sur ce qu’il veut écrire. Il n’aime pas les tables rondes dans les salons du livre, mais il aime passionnément rencontrer ses lecteurs au cours des signatures, il aime ses lecteurs. Il peut écouter toute une soirée des discours dans une langue qu’il ne comprend pas par amitié pour son traducteur, Éric Boury. Il aime le football.

BIBLIOGRAPHIE

Enquêtes d’Erlendur Sveinsson :

  1. Les Fils de poussière : Synir duftsins (1997) – 2018
  2. Dauðarósir (1998) – Inédit en français
  3. La Cité des Jarres: Mýrin (2000) – Février 2005 – Prix Cœur noir, Prix Mystère de la critique en 2006, Prix Clé de verre en 2002 du roman noir scandinave
  4. La Femme en vert: GrafarÞögn (2001) – Février 2006 – Prix Clé de verre en 2003 du roman noir scandinave, Prix “The CWA Gold Dagger” en 2005, Grand Prix des lectrices de Elle Policier en 2007, Prix Fiction 2006 du livre insulaire de Ouessant
  5. La Voix: Röddin (2002) – – Février 2007 – Prix “The Martin Beck Award” en 2005, Grand Prix de Littérature Policière 2007, Lauréat du Trophée 813
  6. L’Homme du Lac: Kleifarvatn (2004) –  Février 2008 –
  7. Hiver arctique: Vetrarbotgin (2005) – Février 2009 –
  8. Hypothermie: Harðskafi (2007) – Février 2010 –
  9. La rivière noire: Myrká (2008) – Février 2011 –
  10. La muraille de lave: Svörtuloft (2009) – Février 2012 –
  11. Etranges rivages: Furðustrandir (2010) – Février 2013 –
  12. Le duel: Einvígið (2011) – Février 2014 –
  13. Les nuits de Reykjavik: Reykjavíkurnætur (2012) – Février 2015 –
  14. Le lagon noir: Kamp Knox (2014) – Février 2016 –
  • Les enquêtes d’Erlendur – Omnibus reprenant les 3 premiers tomes d’Erlendur -Novembre 2012 –
  • “Avant Erlendur” – Enquête de Marion, futur mentor d’Erlendur
  • Le duel– Février 2014 –

Trilogie des ombres :

  1. Dans l’ombre : Þýska húsið (2015) – Février 2017 –
  2. La femme de l’ombre : Petsamo (2016) – Octobre 2017
  3. Passage des ombres : Skuggasund (2013) – Mai 2018

Enquête de l’inspecteur Konrad :

  1. Ce que savait la nuit: Myrkið veit – 2019 –
  2. La fille sur le pont : Stúlkan hjá brúnni (2020) –

Autres :

  • Opération Napoléon : Napóleonsskjölin (1999) – 2015
  • Betty : Bettý (2003) – 2011
  • Le livre du roi : Konungsbók (2006) – 2013
  • Skuggasund
  • Leyndardómar Reykjavíkur (2000)  – roman dont chaque chapitre fut rédigé par un auteur différent
  • Reykjavík-Rotterdam (2008), scénario du film de Óskar Jónasson, en collaboration avec le metteur en scène

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