Mishani Dror ♦ Une deux trois

« Une deux trois », ce n’est pas le début d’une comptine, ni le refrain d’un tube musical. C’est l’égrenage morbide des proies d’un tueur compulsif. Plus qu’une histoire policière.

Une deux trois est le portrait de trois femmes : Orna, Emilia, Ella, aux profils différents, aux vies très différentes, se débattant dans des difficultés matérielles ou sentimentales. Trois femmes dont la vie semble la plus éloignée possible, mais unies par un secret commun.On est à Tel Aviv, ville moderne, ouverte, vibrante de vie. Ici, une femme peut avoir son existence en main, son indépendance, sa liberté, sinon se battre pour l’obtenir.

Orna, enseignante frustrée, vit très mal son récent divorce. Elle fait une fixation quasi obsessionnelle sur son fils unique de 9 ans, un enfant particulier, mal intégré, traumatisé. On la voit s’apitoyer sur elle-même. Elle s’est inscrite sur un site de rencontres.

Quand elle rencontre Gil sur un site de rencontres, leur affaire terne ne semble rien de plus qu’un moyen de conjurer la douleur de son récent divorce. Mais bientôt, il devient clair que Gil n’est peut-être pas exactement qui il prétend être. Et les propres mensonges d’Orna peuvent lui tendre un piège inattendu.

Emilia, auxiliaire de vie auprès de personnes âgées, émigrée de Lettonie, sans famille, souffrant de solitude, le vieil homme dont elle s’occupait étant décédé, espère un signe de Dieu et quelques heures de ménage supplémentaires pour compléter ses revenus. Plus âgée, moins éduquée, très croyante et pratiquante, elle cherche la lumière dans son quotidien fait de sacrifices et d’humiliations. Elle se laisse éblouir et finit aveuglée.

Ella, étudiante, trentenaire, mariée à un militaire jaloux morbide, préparant une thèse, mère de famille débordée, sa nombreuse marmaille la poussant à étudier dans un café, rêve de distractions. Elle est abordée par Guil alors qu’elle boit un café dans un bistrot où elle se rend tous les matins afin de travailler sur sa thèse.

Voilà ! Toutes les trois vont croiser le chemin du même bonhomme, Guil à Tel Aviv, dans différentes circonstances… Guil, comme amant, employeur, camarade, semble à chaque fois susceptible de répondre à leurs attentes, mais rien ne se passe comme elles s’y attendaient, ni comme lui le prévoyait.

Est-ce leur cassure, leur fragilité que Guil perçoit ? Et pourquoi aborde-t-il la troisième femme dans un café?

 

Dans le contexte tumultueux du quartier de Holon à Tel Aviv, ce roman énigmatique et intelligent est en fait un puzzle complexe. Le premier livre autonome de Mishani explore les marges oubliées d’Israël, dénouant des couches compliquées, des conflits et des préjugés. Tour à tour choquant, trompeur et subversif, « Une deux trois » est un thriller psychologique à combustion lente de l’un des écrivains les plus aimés d’Israël.

Avec « Une, deux, trois », Dror Mishani abandonne momentanément les enquêtes de son sympathique inspecteur Avraham Avraham, sujets de ses précédents romans, pour se tourner vers le « thriller » psychologique. L’écrivain israélien, professeur à Tel Aviv, réussit son incursion dans le genre en y opérant quelques vivifiantes modifications et en y instillant une dose subtile de critique sociale et morale.

 

L’auteur :

Dror Mishani (hébreu : דרור משעני), fils d’avocat, né le 23 juin 1975 à Holon en Israël, est un écrivain et traducteur israélien.

Traducteur, il est également un spécialiste de l’histoire du roman policier. Critique littéraire et éditeur de polars renommé, il est présenté comme le successeur de l’illustre et regrettée Batya Gour.

Sa série policière, ayant pour héros récurrent l’inspecteur de police Avraham Avraham, surnommé Avi par ses collègues, paraît d’abord en hébreu à partir de 2011, avant d’être traduite en plus de 15 langues, dont l’anglais, le suédois, l’allemand et le français. Le premier titre de la série « Une disparition inquiétante, » remporte le prix Martin Beck du meilleur roman policier étranger publié en Suède.

Il débarque à la Série Noire mais sans son enquêteur fétiche pour une histoire qui devrait ravir les amateurs d’Indridason à qui il fait irrésistiblement penser. Comme le grand maître islandais, Mishani crée des polars particulièrement réussis mettant en valeur des personnages ordinaires, communs, qui connaissent des destins tragiques que personne n’aurait pu présager. “Une deux trois” dresse le portrait de trois femmes banales qui se font abuser par un salopard bien quelconque, une sorte de dragueur des parvis d’église s’il en existe…

Alors que son épouse, originaire de Pologne, enseigne à l’Université de Cambridge, Dror Mishani tente d’y terminer sa thèse de doctorat, mais achève plutôt l’écriture de son deuxième roman.

Il enseigne la littérature israélienne et l’histoire du roman policier à l’université de Tel-Aviv et collabore occasionnellement au quotidien Haaretz. Il a délaissé son activité d’éditeur pour se consacrer à l’écriture de sa série de polars. Un temps responsable de la rubrique littéraire du Haaretz ainsi qu’éditeur, il occupe une place de premier plan parmi les auteurs israéliens contemporains.

Mishani vit aujourd’hui avec son épouse et ses deux enfants à Tel Aviv où il enseigne l’histoire du roman policier et la littérature israélienne à l’Université de Tel-Aviv. Il parle français.

Œuvre :

Romans policiers

  Série Les Enquêtes du commandant Avraham

  • Tik Ne’edar (2011) : Publié en français sous le titre « Une disparition inquiétante », traduit par Laurence Sendrowicz. Le roman a été adapté au cinéma en 2018 par Erick Zonca sous le titre Fleuve Noir.
  • Efsharut shel Alimut (2013) : Publié en français sous le titre « La Violence en embuscade»
  • Haish sheratza ladaat hakol (2015) : Publié en français sous le titre « Les Doutes d’Avraham, » traduit par Laurence Sendrowicz

Autres

  • Shalosh (2018) : Publié en français sous le titre Une deux trois, 2020

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