Condou Isabelle ♦ La Perrita

la perritaLa Perrita, « la petite chienne », n’est pas un roman sur les canidés. Bien qu’il y ait un passage émouvant sur une chienne abandonnée dans cette histoire.

Non, La Perrita serait plutôt une figure qui traverse ce roman de part en part. L’image d’une personne absente mais qui fixe irrémédiablement plusieurs destins. 

La Perrita dans le roman d’Isabelle Condou est une femme, une prisonnière, celle qui va donner naissance à l’enfant tant attendue, celle qui va hanter les pensées de Violetta (bourgeoise gâtée à qui rien ne doit manquer, surtout pas la possibilité d’être mère, au risque de s’arranger avec une conscience de toutes manières versatile).

Mais reprenons le fil du récit là où il commence…

Nous sommes en Argentine, un pays secoué par la dictature, en 1977, la veille de Noël.

Ernestina termine les derniers préparatifs pour le réveillon. Son fils Juan et sa femme Elena fêteront Noël avec eux le lendemain. Elena est alors enceinte de six mois et une belle amitié lie les deux femmes car Elena a un peu remplacé ses parents par Ernestina : une maman de substitution.

Il est prévu que Juan arrive avec elle par le bus de 9 heures. Mais, le lendemain, aucun visage familier ne descend du bus. Et plus les heures tournent, plus il faut se rendre à l’évidence : Juan et sa femme ont disparu.

En parallèle, le lecteur suit une autre famille. Un chapitre, une famille. Dans celle-ci, le niveau de vie n’est pas le même. Ce sont des citadins aisés et le mari est un militaire de la junte. Violetta pourrait être une femme comblée si le ciel lui donnait l’opportunité de devenir mère. Malheureusement ce corps reste plat. Et ce ventre plat la fait sombrer dans une détresse incommensurable. Un jour, on lui souffle à l’oreille que son militaire de mari pourrait bien l’aider à trouver un bébé. Avec ses relations, rien de plus facile. C’est alors qu’elle commence de nouveau à espérer.          

Un dimanche de mars 1996, en Argentine, deux femmes que tout oppose se remémorent le fil de leur destin tandis qu’elles préparent, chacune de leur côté, une fête d’anniversaire.

Elles ne se connaissent pas, sont aux antipodes l’une de l’autre.

Ernestina est une provinciale, retraitée, dont le fils a disparu pendant la dictature. Violetta est une bourgeoise d’une quarantaine d’années, mariée à un militaire. L’une provinciale et l’autre citadine, l’une très aisée et l’autre beaucoup moins, l’une dans le troisième âge et l’autre à l’aube de sa quarantaine.

Rien ne rapproche ces deux femmes sinon la jeune fille qu’elles attendent désespérément pour souffler avec elle ses 18 bougies.

Pour Ernestina, il s’agit de Rosa, la petite-fille qu’elle a tant cherchée, dont elle n’espérait plus l’existence, née de son fils disparu, enlevé, séquestré, tué, et d’une belle-fille au regard si bleu, si pénétrant, si doux, qu’elle ne verra plus jamais, elle non plus.

Pour Violetta, il s’agit de Malvina, l’enfant qu’elle s’est appropriée, qu’elle a volée à cette femme, La Perrita, allongée sur son lit d’hôpital, le visage boursouflé de coups et d’ecchymoses. Une enfant, deux prénoms: les deux versants d’une seule histoire, la fêlure d’un pays.

Les deux femmes, au fil de leur préparations, se remémorent leur jeunesse, leurs attentes, leurs désillusions, leurs drames. Tout les oppose. Seule une enfant perdue dans son histoire réunit ces deux univers, symbolisant chacun une Argentine coupée en deux, blessée, malmenée par son passé.

On tombe sous le charme d’Ernestina, on se heurte à la froideur brutale de Violetta. On assiste, pétrifiés, à cette période (1976-1983) de l’Argentine. On comprend assez vite comment ces deux histoires vont se rejoindre, mais on ressent intimement chaque secousse, on vibre à l’unisson. Un vrai drame, des faits historiques indéniables mal connus en France.

 

L’auteur :

 Auteur d’origine belge installée en Gironde, Isabelle Condou signe plusieurs romans aux éditions Plon.

 Outre un ouvrage sur la vieillesse intitulée « La Solitude de l’aube », l’écrivain interroge, sur fond de drame historique, le thème de la disparition dans « Il était disparu » en 2004 et dans « La Perrita » en 2009.

 Elle avait déjà été remarquée pour son style (bourse Thyde-Monnier de la SGDL pour La solitude de l’aube) et confirme ici son immense talent.

 Elle prépare actuellement son quatrième roman.

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