Perrin Valérie ♦ Les oubliés du dimanche

Les oubliés du dimanche ce sont tous ces vieux, bien souvent abandonnés par leurs familles dans cet hospice de Milly, Les Hortensias, en Bourgogne. Justine, 21 ans, y est aide-soignante et s’y sent bien.

Car sa vie à elle, est décalée… parce qu’à 21 ans elle vit avec un grand-père taciturne et solitaire, une grand-mère peu affectueuse, et son cousin Jules qu’elle considère comme son frère et qu’elle fait tout pour lui. Parce qu’elle ne vit qu’avec des vieux sauf quand elle va se défouler au « Paradis », la boîte de nuit du coin, où elle fait la connaissance anonyme d’un jeune homme qu’elle surnomme « Je-ne-me-rappelle-plus-comment ».

Marquée par l’accident qui a coûté la vie à ses parents alors qu’elle n’avait que 4 ans et ceux de Jules, Justine se jette à corps perdu dans le travail… et les histoires des autres, car sa propre histoire lui échappe. Murés dans le silence, ses grands-parents refusent d’évoquer le passé. Alors elle se tourne vers ceux qui se souviennent. Ces « petits vieux » dont elle aime par-dessus tout écouter les souvenirs. Et tout particulièrement ceux d’Hélène, centenaire, sa résidente préférée, retranchée sur une plage imaginaire qui a toujours rêvé d’apprendre à lire et qui lui dévoile, par morceaux, l’histoire de sa vie et d’un amour qui a survécu au malheur et à la trahison. Elle lui raconte sa rencontre en 1933 avec Lucien, leur amour défiant les convenances, le café de Milly qu’ils ont fait prospérer, la guerre, le juif Simon caché dans la cave, la trahison, la Gestapo, Lucien déporté dans un camp de travail, Lucien amnésique, un amour intense qui a survécu au malheur et à l’oubli….

Justine passe des heures à l’écouter et consigne son récit dans un cahier bleu. Grâce à Hélène, elle va pouvoir affronter les secrets de sa propre histoire.

Entre la vie d’Hélène, celle de Justine et ce qui se passe depuis quelques temps avec ce corbeau qui appelle les familles des oubliés du dimanche pour leur faire croire qu’ils sont décédés, on est entraîné dans un chassé-croisé d’histoires à faire voyager au passé, au présent et au futur.

Voici un très joli ouvrage, sensible, profond et poétique à l’écriture soignée, drôle et bouleversant, pétri d’émotions qu’on ne lâche pas, que l’on pourrait offrir à ses parents ou grands- parents… sur l’amour, la mémoire, la transmission, le lien intergénérationnel, la douleur et les non – dits, la famille et les liens qui s’y tissent ou non…jamais larmoyant……

C’est une lecture magnifique, positive, optimiste, sur les amours passées, présentes  inavouées, éblouissantes….car on ne sait jamais rien de ceux que l’on connaît. » il faut toujours mettre de la vérité dans ses rêves ou le contraire ». Un roman tendre, bouleversant, mais aussi réconfortant, dans lequel on se sent bien.

 

L’auteur :

Valérie Perrin, née en 1967 à Gueugnon, Saône et Loire, est une photographe, scénariste et écrivaine.

Elle travaille aux côtés de son mari, le réalisateur Claude Lelouch.

Son premier roman, « Les oubliés du dimanche » (2015), a reçu de nombreux prix, dont celui de Lire Élire 2016 et de Poulet-Malassis 2016.

En 2018, elle a reçu le prix Maison de la Presse pour son deuxième roman « Changer l’eau des fleurs » (Albin Michel, 2018).

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