Indridason Arnaldur ♦ Les fils de la poussière

Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík, se jette par la fenêtre sous les yeux de son frère Palmi, libraire d’occasion. Au même moment, un vieil instituteur Halldor Svavarsson, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans l’incendie de sa maison.

On retrouve son cadavre calciné attaché à une chaise. Or il se trouve que l’enseignant retraité avait récemment rendu visite à son ancien élève. Et qu’il était pédophile. Que s’étaient-ils dit qui avait à ce point bouleversé Daniel?

Palmi, un tendre rongé par la culpabilité et désemparé par la mort de son frère, fait le lien entre les deux drames, et en fait part à l’inspecteur Erlendur Sveinsson, le flic mélancolique et dur à cuir, déjà vieux, divorcé avec deux enfants junkies à charge et pétri d’une nostalgie pas toujours justifiée pour un passé magnifié.

L’enquête est menée parallèlement par Palmi et par Erlendur, aux côtés du premier de la classe Sigurdur Oli, son exact contraire, le policier new-look aux méthodes américaines, lisse et superficiel, tout juste revenu de ses études aux Etats-Unis (et encore cœur à prendre avant sa rencontre avec Bergthora, sa future femme) et d’Elinborg récemment recrutée dans la police islandaise après ses études en géologie.

Peu à peu, ils découvrent une triste histoire glauque et terrifiante d’essais pharmaceutiques et génétiques menés trente ans auparavant dans les années 60 et qui ont déraillé, sur une classe de cancres des bas quartiers, des gamins avec qui on peut tout se permettre, « Ces fils de poussière » ayant tous absorbé des friandises d’huile de foie de morue aux conséquences désastreuses.

Palmi découvre que c’était Halldor qui enseignait à cette classe de « cancres ». A l’époque, les élèves en difficulté (étaient surtout visés ceux des couches pauvres et populaires) étaient isolés dans ces classes. Et que cette année-là, les élèves, habituellement mauvais en classe, se mirent à avoir des notes incroyables, exceptionnelles, mais que leurs comportements changeaient également. Certains vomissaient, avaient froid aux extrémités. D’autres se mirent à boire et à fumer, comme Daniel. Deux élèves moururent cet été-là, l’un d’une crise cardiaque, devant ses camarades et l’autre renversé par le tracteur de son grand-père qu’il conduisait. Palmi apprend qu’on leur donnait quelque chose à avaler tous les jours (sauf aux filles).

Et de son côté Erlendur découvre que Halldor cachait un terrible secret…

Au moment où il écrit ce roman, après des études d’histoire, Arnaldur Indridason a 36 ans et est journaliste chargé de la rubrique cinéma dans le principal journal de Reykjavík. Il est le fils d’un écrivain reconnu, ce qui est aussi un défi. On trouve en substance les préoccupations sociales et éthiques de l’auteur : discrimination sociale, lobbies pharmaceutiques tout-puissants, cruauté mentale, violences physiques.

L’auteur aime donner la parole à ses habitants, venus des couches les plus populaires. Ceux qui ont quitté la campagne pour venir s’installer dans les bidonvilles de Reykjavik. Très vite ils ont sombré dans l’alcoolisme, la pauvreté, et même la misère. Leurs enfants, laissés à eux-mêmes, grandissaient comme de mauvaises herbes, parqués dans des classes, isolés des autres. De parents indifférents, absents ou pire, violents, ils n’avaient que leurs amis pour résister. Un portrait magnifique de ces garçons, victimes d’être nés pauvres.

Paru en 1997, 3 ans avant « La Cité des jarres », polar multi-récompensé, « Les Fils de la poussière », premier roman d’Arnaldur Indridason, ouvre magistralement la voie au polar islandais. Sens de la justice, personnages attachants, suspense glacé : dès ce premier thriller, on trouve tous les éléments qui vont faire le succès international qu’on connaît – et le génial Erlendur, bien sûr, tourmenté, maussade, sombre comme un ciel islandais !

 

L’auteur :

Arnaldur Indriðason, (le patronyme est parfois transcrit par Indridason), né le 28 janvier 1961 à Reykjavík, est un écrivain islandais, fils de l’écrivain Indriði G. Þorsteinsson, né en 1926, dans le nord de l’Islande, qui vivait dans le plus grand dénuement ayant été élevé dans une maison en tourbe.

Comme presque tous les Islandais, il est désigné par son prénom, Arnaldur. Son patronyme (qui, selon la tradition islandaise, est une simple marque de filiation, « Fils de Indrid », pour le distinguer de d’autres Arnaldur) est parfois transcrit par Indridason comme dans ses livres traduits en français, alors que la translittération correcte devrait être Indridhason, le dh se prononçant comme le th dans l’anglais the.

Quand Arnaldur Indriðason est né, son père habitait dans un immeuble récemment construit à Reykjavik. Lui aussi était écrivain, et ses romans traitaient de ces changements. Le plus célèbre, Terre et fils, racontait ainsi l’histoire d’un jeune homme contraint de quitter sa campagne.

En 1996, Arnaldur Indriðason obtient un diplôme en histoire à l’université d’Islande. Journaliste au Morgunblaðið en 1981-1982, il devient scénariste indépendant.

De 1986 à 2001, il travaille comme critique de films pour le Morgunblaðið. Aujourd’hui, il est l’auteur de quinze romans policiers dont 7 ont été traduits en français — dont plusieurs sont des best-sellers.

Arnaldur Indriðason publie son premier livre, Synir duftsins (littéralement « Fils de poussière ») en 1997. Cette publication marque pour certains, comme Harlan Coben, le départ d’une nouvelle vague islandaise de fiction criminelle. Quand il commence à écrire, en 1997, le roman policier a mauvaise réputation en Islande, ce n’est pas un genre « noble », la plupart des auteurs le tiennent pour un divertissement de médiocre qualité. Aujourd’hui, heureusement, le malentendu a été levé. Il y a une autre raison qui explique cette absence de tradition du roman policier, pourtant florissant dans le reste de la Scandinavie : son pays ne comptait que peu de criminels, fort peu de meurtres, et par conséquent peu d’enquêtes de police. Imposer un personnage de flic avec un nom typiquement islandais, des histoires qui se passent dans les rues de Reykjavík et des personnages qui vivent comme des Islandais constituait alors un véritable défi ! Les gens n’y croyaient pas. Mais depuis quinze ans, les crimes, ceux liés au trafic de drogue en particulier, se sont multipliés et sont devenus extrêmement violents. La société a profondément changé, elle est essentiellement urbaine. C’est de ce changement qu’il essaie de rendre compte, et ses romans s’inscrivent dans ce qu’on appelle le « réalisme social ».

Aux côtés d’Arni Thorarinsson, également auteur islandais de polars, Arnaldur déclare qu’« il n’existe pas de tradition de polar en Islande. [À cet état de fait, il y a deux raisons.] L’une tient en ce que les gens, y compris les écrivains, considéraient les histoires policières comme des mauvais romans […]. La deuxième raison, c’est que beaucoup d’Islandais ont longtemps cru en une sorte d’innocence de leur société. Très peu de choses répréhensibles se produisaient, et le peu de faits divers ne pouvaient pas donner lieu à des histoires policières. Ce qui explique qu’à [leurs] débuts, Arni Thorarinsson ou [Arnaldur ont] eu du mal à (s’)imposer [dans les milieux littéraires islandais]. »

Il fut nommé à maintes reprises écrivain le plus populaire d’Islande.

En 2004, ses livres ont fait partie des dix livres les plus empruntés à la Bibliothèque municipale de Reykjavík.

Ses livres ont été publiés dans 26 pays et traduits en allemand, danois, anglais, italien, tchèque, suédois, norvégien, néerlandais, catalan, finnois, espagnol, portugais et français.

Deux de ses œuvres : « La Cité des jarres » et « Hiver arctique » ont reçu, en 2002 et 2003, le Prix Clé de verre, la plus haute distinction scandinave.

Il a également gagné le « Gold Dagger Award », prix littéraire britannique, en 2005 pour « La Femme en vert », et son roman « L’Homme du lac » (Métailié, 2008) a reçu le Prix polar européen du Point.

Il est le premier à recevoir The Glass Key Prize du Skandinavia Kriminalselskapet, deux années consécutives.

En 2011, il reçoit le 1er Prix Boréales-région Basse-Normandie du Polar Nordique à l’occasion de ce festival et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

En 2013, il sort « Étranges rivages. »

Cet écrivain partage désormais une reconnaissance internationale avec Arni Thorarinsson, Jon Hallur Stefansson, Stefan Mani et Yrsa Sigurðardóttir, eux aussi traduits en français.

Arnaldur Indriðason a adapté trois de ses livres pour la radio du service audiovisuel islandais RÚV. Le producteur islandais Baltasar Kormákur a travaillé à une adaptation de Mýrin, La Cité des Jarres (titré Jar City en français et sorti en France en septembre 2008).

Snorri Thórisson travaille sur une production internationale de Napóleonsskjölin. Arnaldur Indriðason est actuellement en collaboration avec l’Icelandic Film Fund pour l’écriture de deux scénarios d’après deux de ses nouvelles.

Il vit à Reykjavík avec sa femme et ses trois enfants. Les deux auteurs ayant fortement influencé Arnaldur Indriðason sont Maj Sjöwall et Per Wahlöö, deux écrivains suédois qui ont imaginé, dans les années 1960, les aventures de l’inspecteur Martin Beck.

BIBLIOGRAPHIE

Enquêtes d’Erlendur Sveinsson :

  1. Les Fils de poussière : Synir duftsins (1997) – 2018
  2. Dauðarósir (1998) – Inédit en français
  3. La Cité des Jarres: Mýrin (2000) – Février 2005 – Prix Cœur noir, Prix Mystère de la critique en 2006, Prix Clé de verre en 2002 du roman noir scandinave
  4. La Femme en vert: GrafarÞögn (2001) – Février 2006 – Prix Clé de verre en 2003 du roman noir scandinave, Prix “The CWA Gold Dagger” en 2005, Grand Prix des lectrices de Elle Policier en 2007, Prix Fiction 2006 du livre insulaire de Ouessant
  5. La Voix: Röddin (2002) – – Février 2007 – Prix “The Martin Beck Award” en 2005, Grand Prix de Littérature Policière 2007, Lauréat du Trophée 813
  6. L’Homme du Lac: Kleifarvatn (2004) –  Février 2008 –
  7. Hiver arctique: Vetrarbotgin (2005) – Février 2009 –
  8. Hypothermie: Harðskafi (2007) – Février 2010 –
  9. La rivière noire: Myrká (2008) – Février 2011 –
  10. La muraille de lave: Svörtuloft (2009) – Février 2012 –
  11. Etranges rivages: Furðustrandir (2010) – Février 2013 –
  12. Le duel: Einvígið (2011) – Février 2014 –
  13. Les nuits de Reykjavik: Reykjavíkurnætur (2012) – Février 2015 –
  14. Le lagon noir: Kamp Knox (2014) – Février 2016 –
  • Les enquêtes d’Erlendur – Omnibus reprenant les 3 premiers tomes d’Erlendur -Novembre 2012 –
  • “Avant Erlendur” – Enquête de Marion, futur mentor d’Erlendur
  • Le duel– Février 2014 –

Trilogie des ombres :

  1. Dans l’ombre : Þýska húsið (2015) – Février 2017 –
  2. La femme de l’ombre : Petsamo (2016) – Octobre 2017
  3. Passage des ombres : Skuggasund (2013) – Mai 2018

 

Nouvelle série :

  1. Ce que savait la nuit: Myrkið veit – 2019 –
  2. La fille sur le pont : Stúlkan hjá brúnni (2020) –

Autres :

  • Opération Napoléon : Napóleonsskjölin (1999) – 2015
  • Betty : Bettý (2003) – 2011
  • Le livre du roi : Konungsbók (2006) – 2013
  • Skuggasund
  • Leyndardómar Reykjavíkur (2000)  – roman dont chaque chapitre fut rédigé par un auteur différent
  • Reykjavík-Rotterdam (2008), scénario du film de Óskar Jónasson, en collaboration avec le metteur en scène

Ses romans :

Les principaux romans d’Arnaldur Indriðason mettent en scène la même équipe d’enquêteurs, dont l’abrupt Erlendur torturé par la disparition de son frère alors qu’il n’était qu’un enfant et tourmenté par sa fille toxicomane.

Ce sont ces souffrances et les conditions qui les ont engendrées qui intéressent particulièrement Arnaldur car « le bonheur se suffit à lui-même, il n’y a rien à en dire ».

Ses romans sont régulièrement des prétextes à un voyage dans le passé, tel L’Homme du lac, où l’enquêteur Erlendur trouve un squelette vieux de quarante ans faisant appel au passé communiste d’une partie des Islandais durant la guerre froide. Arnaldur déclare à ce propos : « Je m’intéresse aussi aux squelettes qui collent aux basques des vivants. Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les squelettes vivants, pourrait-on dire. Mes romans traitent de disparitions, mais ils ne traitent pas principalement de la personne qui a disparu, plus de ceux qui restent après la disparition, dans un état d’abandon. Je m’intéresse à ceux qui sont confrontés à la perte. Ce sont ces gens-là que j’appelle les squelettes vivants : ils sont figés dans le temps. […] J’aime beaucoup remonter le temps, et envoyer mes personnages sur les traces du passé. J’aime exhumer des événements oubliés. Le temps en tant que concept est quelque chose qui m’intéresse énormément – la manière dont le temps passe, mais aussi son influence, les conséquences de son passage sur nos vies. J’aime déceler les liens entre une époque et une autre. Évidemment, la thématique du temps est une partie très importante des histoires que je raconte, que ce soit son pouvoir destructeur ou son pouvoir de guérison qu’il peut avoir. Même si dans La Femme en vert, Erlendur déclare que le temps ne guérit aucune blessure. ».

 Dans L’Homme du lac, l’écrivain s’appuie sur une donnée géologique réelle : le lac de Kleifarvatn à vingt-cinq kilomètres au sud de Reykjavik, se vide périodiquement. C’est ainsi que, dans le livre, une hydrologue découvre un squelette sur le fond sablonneux.

Le roman :

Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík, se jette par la fenêtre sous les yeux de son frère Palmi, libraire d’occasion. Au même moment, un vieil instituteur Halldor Svavarsson, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans l’incendie de sa maison. On retrouve son cadavre calciné attaché à une chaise. Or il se trouve que l’enseignant retraité avait récemment rendu visite à son ancien élève. Et qu’il était pédophile. Que s’étaient-ils dit qui avait à ce point bouleversé Daniel?

Palmi, un tendre rongé par la culpabilité et désemparé par la mort de son frère, fait le lien entre les deux drames, et en fait part à l’inspecteur Erlendur Sveinsson, le flic mélancolique et dur à cuir, déjà vieux, divorcé avec deux enfants junkies à charge et pétri d’une nostalgie pas toujours justifiée pour un passé magnifié.

L’enquête est menée parallèlement par Palmi et par Erlendur, aux côtés du premier de la classe Sigurdur Oli, son exact contraire, le policier new-look aux méthodes américaines, lisse et superficiel, tout juste revenu de ses études aux Etats-Unis (et encore cœur à prendre avant sa rencontre avec Bergthora, sa future femme) et d’Elinborg récemment recrutée dans la police islandaise après ses études en géologie.

Peu à peu, ils découvrent une triste histoire glauque et terrifiante d’essais pharmaceutiques et génétiques menés trente ans auparavant dans les années 60 et qui ont déraillé, sur une classe de cancres des bas quartiers, des gamins avec qui on peut tout se permettre, « Ces fils de poussière » ayant tous absorbé des friandises d’huile de foie de morue aux conséquences désastreuses.

Palmi découvre que c’était Halldor qui enseignait à cette classe de « cancres ». A l’époque, les élèves en difficulté (étaient surtout visés ceux des couches pauvres et populaires) étaient isolés dans ces classes. Et que cette année-là, les élèves, habituellement mauvais en classe, se mirent à avoir des notes incroyables, exceptionnelles, mais que leurs comportements changeaient également. Certains vomissaient, avaient froid aux extrémités. D’autres se mirent à boire et à fumer, comme Daniel. Deux élèves moururent cet été-là, l’un d’une crise cardiaque, devant ses camarades et l’autre renversé par le tracteur de son grand-père qu’il conduisait. Palmi apprend qu’on leur donnait quelque chose à avaler tous les jours (sauf aux filles).

Et de son côté Erlendur découvre que Halldor cachait un terrible secret…

Au moment où il écrit ce roman, après des études d’histoire, Arnaldur Indridason a 36 ans et est journaliste chargé de la rubrique cinéma dans le principal journal de Reykjavík. Il est le fils d’un écrivain reconnu, ce qui est aussi un défi. On trouve en substance les préoccupations sociales et éthiques de l’auteur : discrimination sociale, lobbies pharmaceutiques tout-puissants, cruauté mentale, violences physiques.

L’auteur aime donner la parole à ses habitants, venus des couches les plus populaires. Ceux qui ont quitté la campagne pour venir s’installer dans les bidonvilles de Reykjavik. Très vite ils ont sombré dans l’alcoolisme, la pauvreté, et même la misère. Leurs enfants, laissés à eux-mêmes, grandissaient comme de mauvaises herbes, parqués dans des classes, isolés des autres. De parents indifférents, absents ou pire, violents, ils n’avaient que leurs amis pour résister. Un portrait magnifique de ces garçons, victimes d’être nés pauvres.

Paru en 1997, 3 ans avant « La Cité des jarres », polar multi-récompensé, « Les Fils de la poussière », premier roman d’Arnaldur Indridason, ouvre magistralement la voie au polar islandais. Sens de la justice, personnages attachants, suspense glacé : dès ce premier thriller, on trouve tous les éléments qui vont faire le succès international qu’on connaît – et le génial Erlendur, bien sûr, tourmenté, maussade, sombre comme un ciel islandais !

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