Bouysse Franck ♦ Plateau

L’on plonge au cœur du Plateau, celui de Millevaches, en compagnie de ces quelques âmes perdues du hameau.

Un couple de vieux paysans, Virgile atteint de dégénérescence maculaire et Judith atteinte d’Alzheimer, vit à Plateau, un hameau de Haute-Corrèze, situé sur la commune de Toy-Viam, 32 habitants à l’année selon le dernier recensement. Les derniers petits commerces alentour ont fermé depuis belle lurette, un boulanger passe deux fois par semaine.

En mal d’enfants, ils ont élevé leur neveu Georges dont les parents ont disparu dans un accident de voiture alors qu’il n’avait que 4 ans. Ils ont été de bonnes personnes, mais aux yeux de l’orphelin, pas les bonnes personnes, malgré leurs efforts.

Karl, lui, est arrivé il y quelques années pour fuir son passé. Personnage atypique, ancien boxeur, psychologiquement très fragile et quelque part dangereux, tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, et malgré son air étrange, il a réussi à se faire accepter par Virgile. Il est venu s’installer dans la ferme du vieux Clovis, quand celui-ci est mort de froid dans sa cour. Il émane de lui une force, une violence contenue. Il est très mystique, et animé par un mystérieux besoin de rédemption. Pour expier quels péchés ?

Contre sa volonté, Georges s’est finalement résigné à être préparé par ses parents adoptifs à devenir l’héritier de ce bout de terre ingrate que Virgile n’imagine pas vendre à des étrangers.

Le jeune homme, d’une quarantaine d’années au moment de l’histoire, s’installe dans une caravane sur pilotis plantée devant la maison de son enfance brisée, n’ayant jamais eu la force de l’habiter, en face de la maison de ses parents adoptifs, dans laquelle il accueille bientôt une jeune femme Cory, nièce de Judith, victime des mauvais coups de son mari, le bien nommé « Homme-torture » et par ce chasseur qui rôde, surveille ce petit monde par la lorgnette de son fusil, et qui tue des animaux, les mange, et campe dans les bois….

Cœur d’un monde rural taiseux et aux secrets enfouis, Franck Bouysse dépeint avec force tous ces personnages, que ce soit Judith atteinte d’Alzheimer ou Virgile qui perd progressivement la vue, qui, au fil des pages.

On retrouve dans Plateau les mêmes ingrédients, les mêmes qualités le même univers rural, la même ambiance, le même style de bonshommes taiseux, mêmes ingrédients (secrets de famille, non-dits) que dans Grossir le ciel :

– à la rudesse des paysages cévenols répond la rugosité somptueuse de la Corrèze : certaines descriptions sont incroyables pour convoquer les forces de la nature, autant de métaphores à la violence des sentiments qui agitent les personnages.

– le goût pour les personnages forts : il y en a plus ici, certains inoubliables comme Karl, le boxeur fou pathologiquement croyant, irrécupérable définitivement – Cory, la femme battue venue se réfugier loin de son homme-torture, une femme fatale qui ne le sait pas mais déclenche une avalanche de passions – Georges, le taiseux qui a tant besoin de dire après des décennies de frustrations à tenter d’ensevelir ses aspirations profondes – et même un mystérieux Chasseur qui rode, qui rode …

des secrets enfouis comme des bombes à retardement qui dont on pressent très vite qu’elles vont exploser à la face de tous : quel art pour distiller une ambiance sourde, angoissante, dramatique dès les premières pages !
La langue est très travaillée, souvent lyrique, presque trop parfois, un vocabulaire tellement pointu que le recours au petit Larousse est nécessaire  régulièrement.

 

L’auteur :

Franck Bouysse, né le 5 septembre 1965 à Brive-la-Gaillarde, est un écrivain français, auteur de nombreux romans policiers.

Il apprend à lire avec le Journal de Mickey.

Il voue depuis longtemps une passion pour la lecture de romans noirs, thrillers, une passion qui le pousse à écrire lui-même.

Il cultive un temps son goût pour l’absurde avec Beckett, Bioy Casares et Ionesco, puis bifurque vers les récits fantastiques de Poe, Lovecraft et Maupassant. En parallèle Holmes devient un compagnon de route fidèle.
Avec l’écriture qu’il cultive depuis qu’il est adolescent, la lecture est la grande affaire de sa vie (Les vins rouges du Sud aussi…). Il voue une véritable admiration à Faulkner, London, Hemingway, Dickens, Carver et à des auteurs plus récents : McCarthy (Cormac), Sallis, Peace et, aussi surprenant que cela puisse paraître, à Vila-Matas et Michon. En passant par la bande dessinée, il vient à la littérature noire, par hasard, en tombant sur Moisson rouge d’Hammett, puis en lisant Chandler, avec lequel il découvre la puissance de la métaphore.

Enseignant en biologie dans un lycée technique à Limoges, il se lance en 2004 dans l’écriture, avec la publication de son premier roman « La Paix du désespoir », roman dans lequel il s’attache déjà à la psychologie de ses personnages.

Il récidive quelques années plus tard, en 2007, il publie L’Entomologiste, le premier de ses nombreux romans noirs, publié chez un éditeur limougeaud Lucien Souny. Sur ce roman, l’auteur explique que « l’intrigue ne lui sert que de prétexte pour la mettre au service de ses personnages de la vie courante, afin d’étudier leur psychologie ».

Dès 2008, paraît « Le Mystère H. », chez Les Ardents Éditeurs, jeune maison d’éditions de Limoges.

Avec ce titre, il entame une trilogie avec un « roman d’aventure qui revisite les grands mythes des romans noirs autour de la figure énigmatique du personnage de H. L’intrigue se situe à la fois dans les villes de Limoges et… à Londres, où se déroule plus précisément le second opus paru en mars 2010, « LHondres ou les ruelles sans étoiles« .

Passionné de BD et de photographie, Franck Bouysse a déjà écrit des textes s’y rapportant et dans ces deux romans de la série H., « des balises de lumière au milieu de l’encre noire contribuent à donner une ambiance hypnotique», ce sont les aquarelles réalisées par un autre passionné « d’atmosphères fin de siècle », Pierre Demarty.

Franck Bouysse se fait connaître dans les salons régionaux du Livre et participe à des séances de lecture. Il a participé avec « L’entomologiste » au Festival International du film policier de Liège 2009, qui remet chaque année « Le Prix de la Plume de Cristal ». Tout en poursuivant l’écriture du troisième opus de H, il songerait à donner une suite à L’entomologiste, histoire de retrouver le capitaine Jacques Belony et le lieutenant Marie Dalençon, les personnages auxquels il a donné vie et s’est attaché.

Il réalise également les dossiers introductifs de l’intégrale BD de Théodore Poussin (par Frank Le Gall) et participe çà et là à divers projets collectifs.

            Il a fait sienne cette devise de Desproges : « La seule certitude que j’ai, c’est celle d’être dans le doute. »

 

 

Œuvre :

            Romans

                        Trilogie H :

  • Le Mystère H., ill. de Pierre Demarty, 2008

            – Lhondres ou Les Ruelles sans étoiles, ill. de Pierre Demarty, 2010

            – La Huitième Lettre, 2012

Autres romans

  • L’Entomologiste, 2007
  • Noire porcelaine, 2013
  • Vagabond, 2013
  • Oxymort. Limoges : requiem en sous-sol, 2014
  • Pur-Sang, 2014
  • Grossir le ciel, 2014 – réédité Le Livre de poche, 2015

            – Prix Polar Michel-Lebrun 2015

            – Prix Polars Pourpres 2015

            – Prix des lecteurs de Villeneuve-Lès-Avignon 2015

            – Prix sud-ouest du polar (Gradignan) 2016

  • Plateau, 2015
    • Prix Chapel (Belgique) 2016
    • Prix des lecteurs de la ville de Brive 2016
  • Glaise, 2017

Ouvrages sur le Limousin

  • Et soudain, histoires vraies en Limousin, 2012
  • Femmes d’exception en Limousin 2014

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