Avec ce roman fiction à forte dimension autobiographique, une trentaine d’années après son roman Rochelle, Éric Fottorino continue sa quête identitaire, à travers cette fois-ci l’énigme qu’a toujours constituée pour lui sa mère, Lina.

Il apporte la pièce manquante de sa quête identitaire.

A travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, une femme insaisissable, si peu mère avec lui, désarmante et cruelle aussi, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

Un dimanche de décembre, une femme alors âgée, livre à ses trois fils, Éric, la cinquantaine, et ses deux frères, le secret qui l’étouffe. Elle a eu une petite fille avant eux, qu’elle a dû abandonner, vu son jeune âge à l’époque, le joug maternel et le carcan social. Devenir mère célibataire à 17 ans dans les années 60 était inacceptable, une honte sociale à taire et à oublier sans laisser le choix à la jeune fille mineure qui n’a pas voix au chapitre. Au sein secret de la famille, les décisions prises sont extrêmes, surtout quand le problème se renouvelle une deuxième fois…

En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée.

Pour les trois hommes, la révélation est un choc. Un petit pan de la vie de cette femme se trouve révélé au grand jour. Les frères dissimulent difficilement leur émotion. Mais Éric reste de marbre. Il s’en veut, mais ça fait un bout de temps qu’il ressent sa mère comme une étrangère, quelqu’un qu’on regarde de loin, que l’on ne parvient pas à serrer dans ses bras, qu’on a, disons-le, du mal à aimer…

Chacun rentre chez soi et la vie continue…

Sauf que, pour Éric, ça bloque. Impossible d’avancer. Il lui faut savoir, aller voir, tenter de comprendre pourquoi une distance infranchissable l’empêche d’accéder à celle qui lui a donné la vie. Il décide de revenir à Nice, là où il est né, pour essayer de remettre ses pas dans ceux de sa mère, adolescente enceinte de lui.

Une ville qu’il ne connaît pas puisque tout de suite après sa naissance, sa mère et lui sont repartis à Bordeaux où vivait la famille. Il lui faut comprendre, alors qu’elle s’est retrouvée enceinte à dix-sept ans d’un homme Moshé un juif marocain qu’elle aimait, comment cette femme qu’il a toujours eu un mal fou à appeler « maman », a vécu cette mise en quarantaine, cette solitude absolue à une période de la vie où l’on a tellement besoin d’être entourée, rassurée, aimée.

Il va arpenter les rues de Nice, monter jusqu’au petit village d’Ascros où elle logeait, marchant à la rencontre de cette femme qu’il ne connaît pas. L’imaginant à chaque coin de rue, il tente de saisir ce qu’elle a pu ressentir, elle, l’adolescente de dix-sept ans, à peine sortie de l’enfance, la façon dont elle a vécu cette immense solitude, loin de sa famille, loin de l’homme dont elle espérait encore le retour…

Il va alors comprendre pourquoi il a ressenti un sentiment d’abandon toute sa vie, comprendre la place qu’a prise sa grand-mère et la place qui a été laissée à sa mère auprès de lui, puisqu’il l’a longtemps considérée comme sa sœur.

Ce livre n’est pas seulement « touchant »  par son propos, non, il est aussi et surtout merveilleusement bien écrit. De la première à la dernière ligne. Pure magie, beauté absolue de ces dernières pages, moments de grâce et de poésie totale… Si ce texte a indéniablement une dimension autobiographique, il est néanmoins appelé « roman ».

 

L’auteur :

Éric Fottorino est né le 26 août 1960 à Nice (Alpes-Maritimes). Il est le fils d’une infirmière, Monique Chabrerie, enceinte à 16 ans d’un juif marocain qui s’appelle Maurice Maman, étudiant en gynécologie et qu’elle ne pourra pas épouser. La famille ultra-catholique de sa mère s’oppose au mariage. Ce n’est que des années plus tard, qu’Éric Fottorino parviendra à reprendre contact avec son père biologique.

Sa mère épousera plus tard un kinésithérapeute, Michel Fottorino, qui donnera son nom au petit Eric Bruno, âgé de 9 ans.

Il passe son enfance à Bordeaux et suit ses études à La Rochelle, d’abord au Lycée Fénelon puis à Faculté de Droit d’où il sort avec une Licence, envisageant un temps de s’engager dans une carrière d’avocat ou de magistrat.

Après La Rochelle, Éric Fottorino intègre l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Paris et s’intéresse dès lors au journalisme.

En 1981, il envoie au journal Le Monde, une tribune sur l’article 16 de la Constitution qui sera aussitôt publiée.

En 1984, après des études à la faculté de droit de l’Université de La Rochelle et Paris X, puis à l’Institut d’études politiques de Paris (promotion 1983), il commence à travailler comme journaliste pigiste pour Libération avant de rejoindre l’équipe fondatrice de La Tribune de l’économie où il explore l’univers des matières premières. Une spécialité encore peu traitée dans la presse française, qu’il développera dans de nombreux journaux économiques (La Vie française) comme dans les colonnes de La Croix, s’attachant à mettre en lumière leur dimension humaine, sociale, géopolitique et mythique. Ce thème lui inspirera son premier essai, Le Festin de la Terre, paru en 1988.

En 1986, il entre au Monde, où il effectuera dès lors toute sa carrière, d’abord pour suivre les dossiers des matières premières et de la bourse, puis de l’agriculture et de l’Afrique, tout en étant parallèlement Chargé de conférences à l’IEP de Paris de 1992 à 1995.

Chargé des questions de développement, il devient Grand reporter (1995-1997) et il multiplie les reportages en Afrique, de l’Éthiopie frappée par la famine jusqu’à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Il voyage aussi dans les pays de l’Est après la chute du Mur de Berlin (Russie, Pologne, Hongrie) et sera l’envoyé spécial du Monde dans plusieurs pays d’Amérique latine, Panama, Mexique, Colombie essentiellement.

Nommé grand reporter (1995-1997), il effectue des enquêtes scientifiques sur la mémoire de l’eau et l’affaire Benveniste ainsi que sur le fonctionnement du cerveau humain. Il réalise de nombreux portraits, de Mitterrand à Tabarly en passant par Mobutu, Jane Birkin ou Roland Dumas. Au total quelque 2000 textes parus dans Le Monde, dont une sélection a été publiée en 4 volumes sous le titre Carte de presse (En Afrique ; Partout sauf en Afrique, Mes Monstres sacrés, J’ai vu les derniers paysans. Denoël). Il est nommé rédacteur en chef en 1998, puis chroniqueur de dernière page en 2003.

Chargé de concevoir et de lancer une nouvelle formule du quotidien en 2005, il est nommé directeur de la rédaction du journal Le Monde en mars 2006, remplaçant à ce poste Edwy Plenel qui a démissionné du journal. Après l’éviction de Jean-Marie Colombani à la suite du vote négatif de la Société des rédacteurs du Monde, il est élu directeur du Monde  en juin 2007, devenant le 7ème directeur du quotidien depuis 1944.

 En juin 2007, suite à l’éviction de Jean-Marie Colombani après un vote négatif de la Société des rédacteurs, Eric Fottorino est élu Directeur du Monde. En raison de désaccords d’ordre financier avec la Société des rédacteurs, il annonce le 19 décembre 2007 sa démission, en compagnie de Pierre Jeantet et Bruno Patino. Le 4 janvier 2008, alors que Pierre Jeantet et Bruno Patino confirment leur démission, Éric Fottorino décide finalement de ne pas aller au bout. Le 5 janvier 2008, dans l’éditorial du journal, il explique qu’il revient sur sa démission pour ne pas ajouter la crise à la crise et se porte candidat au poste de président du directoire du groupe La Vie-Le Monde avec le soutien de la Société des Rédacteurs du Monde (SRM), d’abord pour un mandat de six ans. Fort de ce soutien, il décide finalement de postuler à un mandat complet, afin d’éviter qu’Alain Minc, président du conseil de surveillance poussé lui aussi vers la sortie, ne nomme un administrateur provisoire. Après un premier refus provisoire de sa candidature le 14 janvier, il est finalement élu à la présidence du directoire le 25 janvier 2008, succédant ainsi à Pierre Jeantet. Il dresse un bilan critique de la direction du Monde sous Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel. Ce premier lui répond en lui reprochant d’avoir précipité en trois ans et demi « la faillite » du journal.

Bien qu’ayant fait partie des supporters de l’offre de rachat Bergé-Niel-Pigasse du groupe Le Monde, il est révoqué, le 15 décembre 2010, par le conseil de surveillance du Monde et doit céder son fauteuil de président du directoire à Louis Dreyfus, un proche collaborateur de Matthieu Pigasse.

Eric Fottorino a publié en 2012 le récit de ses 25 ans passés au quotidien du soir dans Mon Tour du Monde chez Gallimard.

Le 9 avril 2014 est paru le premier numéro de l’hebdomadaire Le 1, co-fondé par Eric Fottorino, Laurent Greilsamer, Natalie Thiriez et Henry Hermand. Une publication innovante dans la forme – une unique feuille pliée – comme sur le fond : Le 1 ne traite qu’un seul grand thème d’actualité à travers les regards d’écrivains, de chercheurs, d’experts et d’artistes. Il ne laisse aucune place à la publicité et se veut exclusivement « un journal de lecteurs ». En novembre 2015, Le 1 a cédé une licence de son concept au grand quotidien italien La Stampa.

En mars 2017, il lance avec François Busnel le magazine trimestriel America, qui se donne pour objectif de donner plusieurs regards sur les États-Unis durant la présidence de Donald Trump.

Il participe ponctuellement en tant qu’invité à l’émission quotidienne C dans l’air sur la chaîne publique France 5.

Éric Fottorino est aussi l’auteur d’une œuvre de romancier commencée dès 1991 avec le très autobiographique roman Rochelle.

Outre quelques essais Le Festin de la terre 1988, Prix du meilleur livre d’économie, La France en friches, 1989), il a publié une dizaine de romans. Citons notamment Cœur d’Afrique (1997, prix Amerigo Vespucci), Nordeste (1999), Un territoire fragile (2000, prix Europe 1 et prix des Bibliothécaires), Je pars demain (2001, prix Louis Nucera), Caresse de rouge (2004, prix François Mauriac de l’Académie française 2004), Korsakov (2004, Prix du roman de France Télévisions 2004, Prix des libraires et prix Nice Baie des anges 2005) et Baisers de cinéma (2007, prix Femina 2007), L’homme qui m’aimait tout bas (2010, prix des lectrices de Elle).

Ses grands reportages lui ont inspiré des textes de fiction comme Cœur d’Afrique (Stock, Prix Amerigo Vespuci) ou Nordeste (Stock). Mais l’essentiel de son œuvre place la quête des racines et de l’identité au cœur de personnages fragiles cherchant à se construire un destin. L’enfance est pour lui une source d’inspiration sans cesse renouvelée, marquée par les grandes questions de la vie, les mensonges et les insuffisances des adultes.

Enfant adopté par un pied-noir de Tunisie, Michel Fottorino, auquel il consacra un récit, L’Homme qui m’aimait tout bas (Gallimard 2009, Grand Prix des Lectrices de Elle), Eric Fottorino est le fils naturel d’un juif marocain natif de Fès. Ces deux hommes, l’un kinésithérapeute, l’autre gynécologue, ont inspiré Eric Fottorino à travers son roman Korsakov (Gallimard 2004) ou ses récits Questions à mon père (Gallimard 2010) et Le Marcheur de Fès (Calmann-Levy 2013, Folio 2014). L’enfance et ses blessures sont très présentes dans des romans comme Caresse de rouge (Gallimard 2004, prix François Mauriac de l’Académie française), Korsakov (Prix du Roman France-Télévisions, Prix des Libraires), Le Dos crawlé (Gallimard 2010) ou Chevrotine (Gallimard 2014).

Eric Fottorino a reçu le Prix Femina en 2007 pour son roman Baisers de cinéma, où la quête du héros porte sur sa mère restée inconnue.

Passionné de cyclisme, sport qu’il pratiqua en amateur entre 1975 et 1980, il a participé comme coureur au Grand Prix du Midi libre en 2001, une épreuve cycliste de moyenne montagne (alors organisée par le groupe Le Monde), expérience qu’il relate dans ses livres Je pars demain (Prix Louis Nucéra) et Petit éloge de la bicyclette (2007). Il a publié plusieurs ouvrages consacrés à la Petite reine, comme La France vue du Tour (Prix Antoine-Blondin, avec Jacques Augendre) et Petit éloge du Tour de France (Folio).

En 2013, pour le 100ème Tour de France, Éric Fottorino constitue l’équipe tour de Fête tour de Fête effectuant toutes les étapes de la grande boucle un jour avant les professionnels.

En 2015 et 2016, il rejoint durant l’été les commentateurs du Tour de France sur France 2, succédant à Jean-Paul Ollivier, parti à la retraite. Il est aux côtés de Thierry Adam et Laurent Jalabert pour mettre en perspective historique les exploits des coureurs et valoriser le patrimoine touristique et naturel des régions parcourues par le Tour de France. Il intervient aussi dans l’émission Vélo Club de Gérard Holtz après l’étape du jour. Éric Fottorino, qui a préféré se consacrer à d’autres activités, est remplacé depuis 2017 par Franck Ferrand.

Éric Fottorino a 4 filles, dont une est écrivaine : Elsa Fottorino

Publications :

  • 1988 : Le Festin de la terre
  • 1989 : La France en friche
  • 1991 : Rochelle
  • 1992 : Besoin d’Afrique
  • 1993 : L’Homme de terre
  • 1994 : Les Éphémères
  • 1996 : Aventures industrielles
  • 1998 : Cœur d’Afrique (prix Amerigo Vespucci)
  • 1999 : Nordeste
  • 2000 : Un territoire fragile (prix Europe 1 et le prix Culture et Bibliothèques pour tous)
  • 2001 : Je pars demain
  • 2003 : C’est mon tour
  • 2004 : Caresse de rouge (prix François-Mauriac de l’Académie française)
  • 2004 : Korsakov (prix des libraires et prix France Télévisions)
  • 2005 : Le Tiers sauvage
  • 2005 : Lire tue, avec Nicolas Vial
  • 2007 : Baisers de cinéma (prix Femina)
  • 2007 : Petit Éloge de la bicyclette
  • 2009 : L’Homme qui m’aimait tout bas
  • 2010 : Questions à mon père
  • 2010 : Paris Plages : De 1900 à aujourd’hui
  • 2011 : Femmes éternelles, avec Olivier Martel
  • 2011 : Le Dos crawlé
  • 2012 : Mon tour du « Monde »
  • 2012 : Berbères
  • 2013 : Le Marcheur de Fès
  • 2013 : Suite à un accident grave de voyageur (prix des Mouettes 2013)
  • 2013 : Petit éloge du Tour de France
  • 2014 : Chevrotine
  • 2014 : En Afrique
  • 2014 : Partout sauf en Afrique
  • 2014 : Fils de Berbères (édition revue et augmentée de Berbères, 2012)
  • 2015 : J’ai vu la fin des paysans
  • 2016 : Trois jours avec Norman Jail
  • 2017 : Pourquoi Trump
  • 2017 : Macron par Macron
  • 2018 : Dix-sept ans

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