Mama Somaly ♦ Le silence de l’innocence

Somaly Mam, aujourd’hui âgée de trente-quatre ans, retrace dans ce livre son enfance d’esclave battue, violée. Elle témoigne sur la torture dans les bordels, et raconte avec émotion la destinée tragique de ces enfants

– comme Thomdi, vendue à l’âge de neuf ans, décédée, ou Sokhone, vendue à huit ans, morte du sida et de la tuberculose à quinze.

L’histoire commence au début des années 1970, dans la province du Mondulkiri. Somaly Mam est encore une fillette lorsqu’elle est vendue à un homme appelé «Grandfather» dans son livre et qui fait d’elle son esclave domestique. Il la bat comme plâtre, vend sa virginité au plus offrant et la marie à 14 ans. Elle est ensuite cédée à un bordel de la capitale, où elle est torturée et humiliée pendant des années.

Le Cambodge est l’un des plus pauvres pays du monde. Pour survivre, des parents vendent leurs enfants dès l’âge de cinq, six ans en échange d’une centaine d’euros. Dans les bordels, les jeunes se prostituent pour cinq cents riels (quinze centimes d’euros), une somme qui leur est entièrement confisquée par le proxénète ou la mama-san, la mère maquerelle.

Pour lutter contre ce trafic, Somaly Mam, avec son mari Pierre Legros, a créé en 1997 au Cambodge l’association Afesip (Agir pour les femmes en situation précaire), une ONG à vocation internationale qui s’est développée depuis lors en Thaïlande, au Vietnam et au Laos, et qui a pour objectifs le sauvetage et la réinsertion sociale des personnes réduites en esclavage sexuel. Malgré les menaces et les représailles dont elle est la cible, elle a pu venir en aide à des milliers de fillettes et adolescentes contraintes à la prostitution, qu’elle a sorties du quartier de Trorlaok Bek, la « rue de l’innocence perdue ».

Polémique en 2014 : ce livre serait un faux témoignage, inspiré bien sûr de faits réels, mais que l’auteur n’a pas vécu. Ce livre n’est donc pas une autobiographie contrairement à ce que l’auteur a longtemps affirmé, mais il n’en reste pas moins très poignant et permet d’aborder un très grave problème de société en Asie du Sud-Est notamment.

 

L’auteur :

Somaly Mam (khmer : ម៉ម សុម៉ាលី /mɑːm sɔmaliː également orthographié ម៉ម សូម៉ាលី), née en 1970 ou 1971, est une personnalité cambodgienne responsable d’une association de protection contre les méfaits du trafic d’êtres humains.

L’histoire de l’enfance de Mam est aujourd’hui sujette à controverse. La version qu’elle donne dans ses discours publics et qu’elle a écrite dans son autobiographie est contestée depuis 2013.

D’après elle, elle est tombée dès l’enfance dans un réseau d’esclavage sexuel. Enfant battue, violée et torturée, elle se fait porte-parole à trente ans des femmes et enfants livrés à la torture dans les bordels cambodgiens.

Elle a créé, avec son mari Pierre Legros, l’association AFESIP (Agir pour les femmes en situation précaire) en 1996 au Cambodge, une ONG à vocation internationale qui s’est développée depuis lors en Thaïlande, au Vietnam et au Laos, et qui a pour objectifs le sauvetage et la réinsertion sociale des personnes victimes de ces sévices. Malgré les menaces et les représailles dont elle est la cible, Somaly Mam a pu venir en aide à des milliers de fillettes et adolescentes contraintes à la prostitution.

Plusieurs personnalités ont œuvré avec elle, en particulier les actrices américaines Laurie Holden et Susan Sarandon.

Somaly Mam a été lauréate du Prix Princesse des Asturies en Coopération Internationale en 1998.

Protégée par la reine d’Espagne, le gouvernement espagnol devait apporter, en 2007 et 2008, 697 000 euros de donations à son association.

En octobre 2013, le groupe Estée Lauder ouvrait, en collaboration avec la Fondation Somaly Mam, le Somaly Mam Beauty Salon, un centre de formation au maquillage et aux professions d’esthéticiennes. Le groupe Estée Lauder financera trois ans ce centre de formation, censé devenir financièrement autonome en 2016.

Le 12 octobre 2013, sortait l’enquête du Cambodia Daily. Deux journalistes, Simon Marks et Phorn Bopha, ont mis en doute les témoignages de fillettes ou adolescentes recueillis et popularisés par Somaly Mam. Ainsi, Meas Ratha, alors âgée de 14 ans (née en 1981), qui avait fait l’objet d’un reportage de France 2 pour « Envoyé Spécial » en 1998, a concédé que son témoignage lui avait été dicté « afin de venir en aide à des victimes ». Daphne Bramham, du Vancouver Sun, dupée par des témoignages fournis par Somaly Mam en novembre 2010, et d’autres journalistes, ont rapidement relayé l’information. Elle a dû démissionner en mai 2014 à la suite des révélations de la presse anglo-saxonne.

Pierre Legros, séparé d’elle depuis 2004, a considéré que son ex-épouse était devenue « une grande actrice ». Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Somaly Mam avait déclaré que neuf fillettes ou adolescentes avaient été assassinées alors qu’elles avaient été recueillies par son association. Elle a concédé par la suite qu’elle les avait logées dans l’hôtel Chai Hour 11.

La réalité : Somaly vient d’un petit village, elle a grandi dans un contexte de pauvreté, de guerre civile, elle s’est prostituée comme tant d’autres qui voulaient fuir la situation difficile du Cambodge dans les années 90. C’est une petite fille des rizières qui se retrouve propulsée au rang de star internationale, virtuellement éligible pour le prix Nobel de la Paix, qui est capable de gérer une telle situation sans déraper ?

Mais, à l’inverse de ce qu’elle a prétendu pendant de si longues années, Somaly Mam n’est pas originaire des villages montagneux du Mondolkiri, et n’a pas été abusée et vendue à des proxénètes par un grand père ou un chinois peu scrupuleux. Somaly Mam est arrivée en 1981 dans le petit village de Thlok Chhrov dans la province de Kampong Chhnan, une région à l’activité essentiellement axée sur la pêche en eau douce.

Ses camarades de classe et professeurs se  rappellent d’une jeune fille assez jolie, brillante, qui habitait une belle maison avec ses parents adoptifs, Mam Khon Pen et  Navy. Somaly Mam continuera sa scolarité au moins jusqu’en 1987.  D’anciens camarades de classe tels Nareth Sam et l’ancien directeur du Collège, Monsieur Thou Soy,  aujourd’hui âgé de 68 ans, confirmeront  cet élément de biographie.

Une biographie bien éloignée des scènes de torture et de vie d’esclave sexuel décrites dans le livre de Somaly Mam, ‘’le silence de l’innocence’’ écrit en 2005.

Mais, si elle n’est pas esclave, la jeune Somaly  vit tout de même dans le contexte de l’après khmer rouge, un pays où aucune famille n’est intacte, où il est impossible de rencontrer quelqu’un dont un membre de la famille n’ait pas été tué, mutilé ou traumatisé par les années Pol Pot, un pays où la vie ne vaut pas grand-chose, où les gens se sont habitués à la guerre, au pillage et aux viols. Quels étaient les espoirs de Somaly ? Les années qui suivent son départ du village restent sensiblement floues. Les habitants du village suggèrent à plusieurs reprises que Somaly Mam ne s’entendait pas avec ses parents adoptifs et qu’elle se serait enfuie.

En 1991, elle vit à Phnom Penh, une ville encore meurtrie, onze ans après la chute du régime sanguinaire de Pol Pot.

Dans le centre de la ville, les bars à filles se multiplient pour divertir ces ‘’barangs ‘’ (étrangers) venus aider la reconstruction du Cambodge. Il attirent les expatriés et quelques ‘’free-lance’’, appellation quasi locale pour des filles qui se prostituent sans dépendre d’une Mamasan ou d’un réseau organisé, parfois des provinciales fuyant la violence, des étudiantes qui s’ennuient, ou simplement des jeunes femmes perdues et sans ressources à la recherche du ‘’barang boyfriend’’. Parmi elles, Somaly Mam, la Micmaow (appellation khmer désignant une provinciale qui cherche un blanc) sort du lot des jeunes khmères qui fréquentent le bar. Somaly Mam est diablement belle, de cette beauté différente, de cette beauté qui fait tourner les regards même au milieu des jolies poupées exotiques qui peuplent le bar. Elle a un sourire qui lui éclaire la moitié du visage, des yeux amandes parfois perdus, parfois implorants, parfois durs.

C’est à ce moment que débarque Pierre Legros, jeune biologiste français qui a déjà travaillé pour le développement au Cameroun, au Laos et à la frontière thaïlandaise pour Médecins Sans Frontières. En 1991, il est affecté au centre national de malariologie de Phnom Penh. Il a tout de suite été séduit par l’allure de femme déterminée de Somaly Mam. Dans le bar situé entre la colline du Wat Phnom où il rencontre Somaly et l’institut Pasteur va naitre une histoire d’amour entre le jeune biologiste actif et ambitieux et la future diva de l’humanitaire, une histoire qui va propulser le Cambodge et le fléau de la prostitution sous les feux de la rampe pendant 20 ans.

En 1993, le couple quitte le Cambodge pour Paris. Ils n’y resteront qu’une année avant de revenir au Cambodge et créer ensemble l’AFESIP (Agir pour les Femmes en Situation Précaire).

En 1994, ils retournent donc au Cambodge, lui pour Médecins sans Frontières. Elle ramasse dans la rue et héberge chez elle une fille, puis deux, puis trois… C’est décidé, elle se consacrera à lutter contre le trafic humain. Elle veut sauver des réseaux les fillettes et les femmes victimes d’esclavage sexuel, aider à leur réinsertion.

Somaly Mam n’est absolument pas la seule à avoir fabriqué une image pour récolter des fonds ou à d’autres fins. Cela se passe tous les jours, à tous les niveaux et particulièrement au Cambodge, pays envahi par les ONG qui ont besoin de conserver leurs privilèges pour des raisons de confort, de stratégie politique et d’influence, donc besoin de vitrines, de bonnes histoires et de bonnes statistiques.

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