Zeniter Alice ♦ L’art de perdre

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, une saga familiale foisonnante qui débute dans l’Algérie des années 30, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace.

Elle met en scène la violence des relations France-Algérie qu’elle va suivre à la trace sur trois générations et conte le destin, des Zekkar, cette famille d’immigrés, arrivée en métropole, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.

Ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales. Mais derrière cette histoire, Alice Zeniter nous parle des difficultés de l’intégration. Elle rend un hommage aux harkis et pose des questions sur leurs engagements et leurs répercussions.

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, décoré par l’armée française pour avoir participé à une des pires boucheries de la deuxième guerre mondiale, la bataille de Monte Cassino, devenu un ancien combattant pensionné par la France, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans la première partie, nous rencontrons Ali qui, dans sa Kabilie natale, semble promis à un avenir bouché à se casser le dos à essayer de cultiver une terre rocailleuse jusqu’à ce qu’un jour, comme un cadeau du ciel, un pressoir charrié par la rivière croise sa route, manquant de peu de l’estropier. Dès lors, sa vie se transforme, Ali se lance dans la culture des oliviers et produit de l’huile, les affaires sont florissantes. Mais ce que l’on appelle pudiquement « les évènements » sont en marche et le destin de bien des hommes et celui d’Ali devenu Harki presque malgré lui, va basculer, jusqu’à ce qu’un bateau l’emmène sous d’autres cieux. Ayant combattu pendant les deux guerres mondiales dans l’armée française, il choisit son camp, bien malgré lui, car il est fier de ses médailles militaires, s’oppose aux militants du FLN, et au final doit fuir avec sa famille laissant tout sur place.

Pour sauver sa peau et celle de ses proches, il quitte son pays, se réfugie dans une France froide et peu accueillante, qu’il ne comprend pas.

Dans la deuxième partie, on voit évoluer Ali, entre ses déchirures : perte de son pays, de sa propriété, de son statut social, et l’oubli qu’il cherche dans le travail répétitif de l’usine, les conditions de vie inhumaines dans le camp de Rivesaltes, une espèce de bidonville, tout près de Perpignan, avant d’atterrir dans une cité HLM de Normandie où l’on devient moins que rien, la promiscuité, la violence et les neuroleptiques pour les plus récalcitrants… Ali se mure dans son silence concernant son passé et ce silence va se perpétuer dans les générations suivantes. Traître pour sa patrie d’origine, « bougnoule » pour sa patrie d’adoption, Ali se mure dans un silence douloureux et ira même, un jour, dans un geste de désespoir muet, jusqu’à jeter ses médailles de guerre à la poubelle…

Hamid, son fils aîné, intériorise avec force leur chagrin et leur honte tout en les aidant à pallier à leurs difficultés, à sa manière. Il va poser des questions qui resteront sans réponse. Le père à jamais blessé, garde le silence. Un fossé d’incompréhension va se creuser peu à peu.

Dans la troisième partie : S’il est impossible pour Hamid, homme de gauche, athée, marié à une française, de dire qu’il est arrivé en France en 1962, il sera difficile aussi pour sa fille Naïma, jeune femme moderne, travaillant dans une galerie d’art, qui a choisi d’étudier l’histoire de l’art pour « faire entrer la beauté gratuite dans son cursus, après les attentats de 2015, de supporter certaines réactions à son égard, de devoir constamment faire la preuve de son athéisme, ou de sa francité, d’être sommée de manifester hautement sa réprobation à l’égard du terrorisme, ou de se faire le défenseur de la pratique traditionnelle et modérée de sa grand-mère musulmane ! Elle va devoir se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore tout. Comment comprendre ce que personne ne lui expliquera jamais ? Accomplir enfin le voyage qu’un grand-père ne pouvait, qu’un père ne voulait et qu’une grand-mère n’imaginait. Faire la femme-pont. Aller sur « les lieux originels de l’épopée familiale ». Trouver ce qu’elle cherchait ? Une preuve ?

 

L’auteur :

Alice Zeniter, née en 1986 à Clamart, dans les Hauts-de-Seine, est une romancière et dramaturge française.

Née d’un père algérien et d’une mère française, elle a grandi à Champfleur, dans la Sarthe, jusqu’à ses 17 ans, et a suivi une partie de son parcours scolaire à Alençon, dans l’Orne.

« Deux moins un égal zéro », son premier livre publié en 1992, à 16 ans (éditions du petit véhicule), lui a valu le Prix littéraire de la ville de Caen.

En 2006, elle est élève à l’École normale supérieure.

En 2010, elle publie « Jusque dans nos bras » qui est récompensé par le prix littéraire de la Porte Dorée et par le Prix de la Fondation Trân.

En 2013, elle est chargée d’enseignement à l’université Sorbonne Nouvelle et publie son roman « Sombre dimanche » qui reçoit le Prix Inter et le Prix des lecteurs de l’Express.

Elle enseigne également le français en Hongrie, où elle vit plusieurs années. Elle y est assistante-stagiaire à la mise en scène dans la compagnie théâtrale Kreatakor du metteur en scène Arpad Schilling.

Puis elle collabore à plusieurs mises en scène de la compagnie théâtrale Pandora, et travaille en 2013 comme dramaturge pour la compagnie Kobal’t. Elle collabore à l’écriture du long métrage Fever, une adaptation du roman éponyme de Leslie Kaplan, réalisé par Raphaël Neal et sorti en 2015.

Alice Zeniter a publié son premier roman en 2003, Deux moins un égal zéro, aux Éditions du Petit Véhicule, à 16 ans. Son second roman, Jusque dans nos bras, publié en 2010, chez Albin Michel, est traduit en anglais sous le titre Take This Man.

Son dernier roman, L’Art de perdre, publié en 2017, a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix Goncourt des lycéens.

 

Œuvres :

            Romans :

              – Deux moins un égal zéro, 2003

              – Jusque dans nos bras, 2010

                          – Prix littéraire de la Porte Dorée 2010

                          – Prix littéraire Laurence Trân 2011

              – Sombre Dimanche, 2013

                          – Prix de la Closerie des Lilas 2013

                          – Prix du Livre Inter 2013

                          – Prix des lecteurs de l’Express 2013

              – Juste avant l’oubli, 2015

                          – Prix Renaudot des lycéens 2015 – Prix de Trouville 2016

              – L’Art de perdre, 2017

                          – Prix Goncourt des lycéens 2017

                          – Prix littéraire du Monde 2017

                          – Prix Landerneau des lecteurs 2017

                          – Prix des libraires de Nancy

                          – Prix Liste Goncourt : le choix polonais, Cracovie, 2017

                          – Prix Liste Goncourt : le choix de la Suisse 2017

                          – Prix Goncourt des lycéens 2018

 

Nouvelles :

  • Sur les Ewoks, paru dans le hors-série Télérama sur Star Wars, 2015

Pièces de théâtre

  • Spécimens humains avec monstres, 2011

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