Tesson Sylvain ♦ Sur les chemins noirs

Sur les chemins noirs, c’est un itinéraire de 1000 km en diagonale entre le Mercantour et l’arrière-pays pays niçois, et le nord du Cotentin.

Après avoir baroudé dans les pays étrangers, sa remise en forme et sa renaissance après sa chute de toit à Chamonix en août 2014, Sylvain Tesson la réalise sur les chemins de France, « les chemins noirs », sentiers parfois devenus inexistants. Pendant des mois, il a arpenté à pied les routes de campagne entre le Mercantour et la Normandie

L’auteur a été hospitalisé plusieurs mois après sa chute de toit. Son corps est désormais diminué, déformé et blessé. Les médecins l’avaient sauvé, mais ils lui recommandaient la «rééducation» et la marche était appréhendée comme un exercice salutaire qui doit permettre la rémission. Elle doit aussi l’aider à faire le deuil de sa mère.

Plutôt que marcher sur un tapis roulant dans un Centre de rééducation, il choisit la marche, un exercice qui lui est familier. Il va fuir les médecins et la rééducation en centre hospitalier et choisit de poursuivre lui-même sa rééducation en s’en allant par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés, évitant au maximum le territoire urbanisé, aménagé et organisé.

Pour ce faire, il récupère une carte de l’«Hyper-ruralité», issue d’un rapport gouvernemental sur l’aménagement des campagnes qui avait été commandité par Jean-Marc Ayrault et qui distinguait une quarantaine de «bassins de vie hyper ruraux» dans le pays. Entendez par là des zones mal goudronnées, pas assez connectées à internet et trop éloignées des administrations publiques

Il va aussi se munir de cartes IGN qui vont lui permettre d’éviter les itinéraires balisés et va établir un plan de fuite qui lui fera prendre, en diagonale, des chemins non balisés, marqués de petits traits noirs sur les cartes IGN, « des chemins noirs », qui ne sont pas les chemins de randonnée balisés, ni des petites routes asphaltées, mais des pistes rurales, des lisières forestières, des sentiers oubliés.

Partant un 24 août de l’extrême sud, de la vallée de la Roya, proche de la frontière italienne, pour atteindre « le bord de la Carte et la fin du territoire », le sémaphore de la Hague, le point le plus septentrional du Cotentin, un 8 novembre.

Ce sera une rééducation pleine de belles rencontres inattendues et d’amitié, celle de Cédric Gras, Arnaud Humann, Thomas Goisque, sa sœur qui l’accompagneront momentanément ainsi que des écrivains aimés : Giono, Karen Blixen, Jean Henri Fabre, René Fregni qui a écrit un roman intitulé « Les chemins noirs » qui raconte sa cavale, et d’autres…

Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.

Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.                                                    Sylvain Tesson

 

L’auteur :

Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français né le 26 avril 1972 à Paris. Il est le fils de Marie-Claude Tesson-Millet (1942-2014), docteur en médecine, spécialisée en rhumatologie et en médecine tropicale, et du journaliste Philippe Tesson. Il est le frère de la comédienne Stéphanie Tesson, née en 1969 et de la journaliste d’art Daphné Tesson, née en 1978.

Il a étudié au lycée Passy-Buzenval puis effectué une hypokhâgne et une khâgne. Géographe de formation, il est titulaire d’un DEA de géopolitique.

Sylvain Tesson est aussi membre du conseil d’administration du fabricant de montres russes Raketa et président de la « Guilde européenne du Raid », une ONG reconnue d’utilité publique.

Le voyageur : Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande.

Il découvre l’aventure lors d’une traversée à vélo du désert central d’Islande, puis d’une expédition spéléologique à Bornéo.

Puis, en 1993-1994, il fait le tour du monde à bicyclette avec Alexandre Poussin, qu’il connaît depuis la classe de seconde au lycée Passy-Buzenval à côté de Paris. Les deux compères, qui terminaient alors leurs études de géographie, tirent de leur voyage, en 1996, le livre « On a roulé sur la terre », qui leur vaut le prix jeune de l’IGN.

Toujours avec Alexandre Poussin, en 1997, il traverse l’Himalaya à pied, 5 000 km en cinq mois du Bhoutan au Tadjikistan, en passant clandestinement par le Tibet. Cette traversée donne lieu à la publication, en 1998, de « La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers l’Himalaya ».

En 1999-2000, il traverse également les steppes d’Asie centrale à cheval avec la photographe Priscilla Telmon, sur plus de 3 000 km depuis Alma Ata au Kazakhstan jusqu’à la mer d’Aral en Ouzbékistan). Ce périple débouche sur la collaboration à deux ouvrages, « La Chevauchée des steppes » en 2001 et « Carnets de Steppes : à cheval à travers l’Asie centrale » en 2002.

En 2001 et 2002, il participe à des expéditions archéologiques au Pakistan et en Afghanistan.

De mai 2003 à janvier 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag en suivant le récit, à la véracité contestée, de Sławomir Rawicz : « The Long Walk » (1955). Il relate ce périple, qui l’emmène de Iakoutsk en Sibérie, puis en Chine où il rejoint le Tibet à vélo, jusqu’à Calcutta en Inde à pied, dans son livre « L’Axe du loup ». Pour lui, l’aventure est plausible dans son ensemble mais comporte des anomalies absolues, comme « dix jours sans boire dans le Gobi ». Ce voyage est l’objet d’un album photographique publié en 2005, « Sous l’étoile de la liberté. Six mille kilomètres à travers l’Eurasie sauvage ». Les textes sont de Sylvain Tesson, et les photographies sont réalisées par Thomas Goisque, qui « est venu [le] rejoindre pendant sa traversée à quatre reprises : en Sibérie, en Mongolie, à Lhassa et à Darjeeling. »

En 2007, le documentaire « Irkoutsk-Pékin, la route des steppes », qu’il réalise avec Nicolas Millet, relate son expédition d’Irkoutsk à Pékin en empruntant la route du Trans mongol.

En 2010, il réalise un projet souvent évoqué auparavant, en allant vivre six mois (de février à juillet) en ermite dans une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal, à environ 500 km au nord-est d’Irkoutsk. Selon ses propres dires : « Recette du bonheur : une fenêtre sur le Baïkal, une table devant la fenêtre ». Il relate cette expérience solitaire dans son journal publié l’année suivante sous la forme d’un essai autobiographique intitulé : « Dans les forêts de Sibérie ».

Il voyage la plupart du temps par ses propres moyens, c’est-à-dire sans le soutien de la technique moderne, en totale autonomie. Ses expéditions sont financées par la réalisation de documentaires, par des cycles de conférences et par la vente de ses récits d’expédition.

L’écrivain : Sylvain Tesson écrit également des nouvelles. Il signe de nombreuses préfaces et des commentaires de films. Il collabore à diverses revues. On peut retrouver ses blocs-notes mensuels dans le magazine Grands reportages.

Depuis 2004, il multiplie les reportages pour Le Figaro Magazine avec le photographe Thomas Goisque et le peintre Bertrand de Miollis. Il signe plusieurs documentaires pour la chaîne France 5.

À la fin des années 1990, il anime sur Radio Courtoisie, en collaboration avec Alexandre Poussin, une émission consacrée à l’aventure.

Il obtient le prix Goncourt de la nouvelle en 2009, pour Une vie à coucher dehors et le prix Médicis essai en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie.

En 2010, il est président du jury du Livre pour la Toison d’or du livre d’aventure, attribué cette année-là à Élodie Bernard pour Le vol du paon mène à Lhassa, Tesson parlant du livre comme d’une « fenêtre ouverte sur le monde ».

En juin 2012, il est reçu parmi les écrivains de marine, assimilé au grade de capitaine de frégate et peut embarquer sur des bâtiments de la Marine nationale.

Il est brièvement chroniqueur littéraire dans l’émission Le Grand 8 fin 2012, sur la chaîne D8.

Fin 2012, il entreprend un voyage de Moscou à l’hôtel des Invalides à Paris afin de refaire à moto et side-car Oural le trajet de la retraite de Russie menée par Napoléon Ier deux siècles plus tôt.

 

Le « stégophile » : Sylvain Tesson est « stégophile » depuis son adolescence. Il a lui-même conçu ce néologisme synonyme du plus courant « toiturophile » pour nommer l’activité consistant à monter sur les toitures, dans son cas essentiellement celles des cathédrales.

Surnommé « le prince des chats » au sein d’un cercle d’acrobates, il passait des nuits entières sur des clochers et des flèches : à Notre-Dame de Paris, au Mont-Saint-Michel, à la basilique Sainte-Clotilde à Paris, et sur d’autres monuments (principalement des églises) à Orléans, Argentan, Reims, Amiens ou encore Anvers.

Pendant plusieurs années, le 10 mars, date anniversaire du soulèvement tibétain de 1959, il pavoisait d’un drapeau tibétain un lieu symbolique de Paris. En 2008, il aide Robert Ménard à escalader la façade sud de Notre-Dame pour que celui-ci puisse se cacher sous la toiture en attendant le passage de la flamme olympique. « C’était une manière d’exprimer ma compassion pour la souffrance du peuple tibétain », dira-t-il. Avec d’autres grimpeurs, il participe au déploiement de deux banderoles de Reporters sans frontières sur Notre-Dame puis depuis le premier étage de la tour Eiffel.

Le 20 août 2014, il chute de près de 10 mètres en escaladant la façade d’une maison à Chamonix, alors qu’il séjournait chez son ami Jean-Christophe Rufin avec qui il pratique l’alpinisme. Victime d’un sévère traumatisme crânien et de multiples fractures, il est hospitalisé à Annecy et placé en coma artificiel. Réveillé huit jours plus tard, il n’a aucune séquelle neurologique. Trois mois après cet accident voilà comment il décrit cette épreuve : « Ces trois mois de repos, de sobriété, de silence, d’examen de moi-même ont été bénéfiques. Ma vie était un carnaval endiablé et légèrement suicidaire, il était bon de ralentir un peu les chaudières intérieures, de descendre du train. Je conserve une paralysie de la face qui me donne un air de lieutenant prussien de 1870. J’ai aussi perdu l’ouïe à l’oreille droite mais, étant partisan du silence, que René Char appelait “l’étui de la vérité”, je ne m’en plains pas. Notre société est devenue hystérique et bruyante ». Il revient alors aussi sur ce que la stégophilie était pour lui : « L’alpinisme permet d’accroître l’intensité de l’existence. Ce qui se passe en termes de sensations, le temps d’une ascension, peut être équivalent à dix années de vie. Pour moi, les façades des immeubles étaient des parois, les rues des vallées, les toitures des plateaux et les aiguilles des églises. Je finissais par voir les villes comme un massif. Il y avait une distorsion du regard. Ça fait une bonne vingtaine d’années que j’aurais dû m’écraser. Il y a une espèce de démon qui s’est épanoui en moi. C’est une escalade totalement adolescente, peu recommandable, plus proche de la roulette russe que de l’alpinisme. Ça me plaisait beaucoup de vivre tout le temps sur ce fil. Jusqu’au jour où ça s’est mal terminé ».

Le Wanderer

Ce mot allemand, au sens propre « voyageur », « touriste », « excursionniste », aujourd’hui plus particulièrement « randonneur », est un surnom qui fut en son temps attribué à Goethe. Sylvain Tesson dans son Petit traité sur l’immensité du monde reprend ce terme de nombreuses fois. Il évoque le voyageur sans attache, qui n’attend rien du monde, mais se contente de le parcourir, de faire la route, solitaire, soumis aux besoins de son corps et sans « rien attendre du chemin qu’il emprunte ».

Selon Sylvain Tesson : « Seuls peuvent vivre comme le vrai Wanderer ceux que nul lien n’attache, capables de répondre à l’appel du dehors sans accorder un regard à ce qu’ils abandonnent ». Plus généralement, la notion de Wanderung est un thème bien connu dans la poésie romantique allemande.

 

Œuvre :

Récits de voyage :

  • 1996: On a roulé sur la terre, avec Alexandre Poussin, Laffont
  • 1998: Himalaya : visions de marcheurs des cimes, Transboréal
  • 1998: La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers l’Himalaya, avec Alexandre Poussin,
  • 2001: La Chevauchée des steppes : 3 000 km à cheval à travers l’Asie centrale, en collaboration avec Priscilla Telmon
  • 2004: L’Axe du loup : de la Sibérie à L’Inde, sur les pas des évadés du Goulag
  • 2006: Éloge de l’énergie vagabonde
  • 2015: Berezina, Guérin
  • 2016: Sur les chemins noirs, Gallimard
  • 2017 : Une très légère oscillation, Éditions des Équateurs
  • 2017 : En avant, calme et fou, avec Thomas Goisque, Albin Michel

Albums photographiques :

  • 2002: Carnets de steppes : à cheval à travers l’Asie centrale, en collaboration avec Priscilla Telmon
  • 2005: Sous l’étoile de la liberté. Six mille kilomètres à travers l’Eurasie sauvage (photographies de Thomas Goisque)
  • 2007: L’Or noir des steppes : voyage aux sources de l’énergie, en collaboration avec Thomas Goisque (photographies)
  • 2008: Lac Baïkal : visions de coureurs de taïga, en collaboration avec Thomas Goisque (photographies)
  • 2009: Haute Tension : des chasseurs alpins en Afghanistan – photographies de Thomas Goisque et illustrations de Bertrand de Miollis
  • 2012: Sibérie ma chérie – photographies de Thomas Goisque et illustrations de Bertrand de Miollis

Essais :

  • 2000: Les Métiers de l’aventure et du risque
  • 2004: Katastrôf !, Bréviaire de survie français-russe
  • 2004: Les Pendus
  • 2005: Petit traité sur l’immensité du monde
  • 2011: Dans les forêts de Sibérie – Prix Médicis essai 2011
  • 2012: Géographie de l’instant – Nouvelles
  • 2000: La Seconde Côte d’Adam
  • 2002: Nouvelles de l’Est
  • 2004: Chroniques des bords du Rhin
  • 2004: Les Jardins d’Allah
  • 2008: Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages
  • 2009: Une vie à coucher dehors – Prix Goncourt de la nouvelle 2009
  • 2010: Vérification de la porte opposée
  • 2011: Ciel mon moujik ! Manuel de survie franco-russe
  • 2011: Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit – Dessins humoristiques
  • 2014: S’abandonner à vivre – Aphorismes et lexiques

Filmographie :

  • Les Chemins de la liberté – 2004, 54 min, coréalisé avec Nicolas Millet et distingué par les Écrans de l’aventure (prix du jeune réalisateur 2004)
  • 6 mois de cabane au Baïkal – 2011, 51 min, coréalisé avec Florence Tran
  • Silex and the City – 2014, Sylvain Tesson apparaît dans le rôle d’un lémurien dans l’épisode « Abilix le Gaulois ».

Adaptation cinématographique :

  • Dans les forêts de Sibérie (film) (2016), de Safy Nebbou

Distinctions :

  • 2009 : Prix Goncourt de la nouvelle pour Une vie à coucher dehors
  • 2011 : Prix Médicis essai pour Dans les forêts de Sibérie
  • 2015 : Prix de la page 112 pour Berezina

                  Prix des Hussards pour Berezina

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