Olmi Véronique ♦ Bakhita

Bakhita c’est l’histoire d’une vie d’une jeune fille capturée pour devenir esclave très très jeune. C’est l’histoire de son combat pour survivre. C’est une histoire triste, forte, une histoire d’amour pour Dieu, presque une ode à la vie.

Bakhita, née à Olgassa au Darfour au Soudan, au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l’âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d’Italie. Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir sœur.

Nous suivons la vie de Bakhita de son enfance auprès de sa tribu, née approximativement en 1869. Elle a trois sœurs dont une jumelle, et un frère. Quand elle a 5 ans, des hommes entrent dans le village, mettent le feu, pillent, tuent, et enlèvent sa sœur aînée, Kishmet, 14 ans, déjà mariée, déjà mère. Le village se relève de cette razzia mais vit désormais dans la peur d’une autre incursion des marchands d’esclaves. On répète sans cesse aux enfants de ne pas s’éloigner. De ne pas parler aux étrangers.

Pourtant deux ans après l’enlèvement de sa sœur aînée, la petite fille est à son tour kidnappée par deux hommes qui l’emmènent loin du village, pour la vendre. Elle a sept ans et ne reviendra jamais dans son village, dont elle finit par oublier le nom, comme elle oublie son propre prénom. Les négriers la baptisent Bakhita. Humiliations, violences, tortures, arrachements… C’est le début d’une vie d’esclave.

Nous suivons ensuite cette période : Bakhita rencontre Binah, une autre esclave qui devient son amie. Elles se serrent les coudes. « Je ne lâche pas ta main », c’est leur credo. Très vite, même à son âge, Bakhita (7 ans au moment de son rapt) comprend qu’elle doit obéir et suivre pour éviter pire que ce qu’elle vit.

Un jour, elles échappent à la surveillance de leurs geôliers. Après une course qui dure des heures, elles se réfugient dans un arbre pour échapper aux animaux sauvages de la forêt. L’espoir de retourner dans leur village leur donne la force d’avancer. Mais elles sont rattrapées. Leur nouveau maître les enferme dans une bergerie avec les boucs. À nouveau vendues, elles sont emmenées avec d’autres – une caravane, des dizaines d’esclaves affamés, assoiffés – qui parcourent sous les coups de fouets des centaines de kilomètres. Il les conduit au grand marché des esclaves d’El Obeid, où Bakhita et Binah sont achetées par riche Arabe, qui offre Bakhita à ses filles. Elle y subit la violence physique des hommes, la cruauté des femmes. Elle est ensuite revendue à un général turc. Sa femme la fait tatouer : chairs ouvertes, salées, dont les blessures la font presque mourir, et qui laissent jusqu’à la fin de ses jours des marques sur tout le corps. S’en suivront de nombreux autres, tous plus vils les uns que les autres, rien ne lui sera épargné, sévices, marquages, battue parfois tous les jours juste pour le plaisir de l’acheteur.

Bakhita subit toutes les violences, inimaginables. Certaines qu’elle ne racontera jamais. Elle espère toujours retrouver sa sœur dans la foule des esclaves qu’elle croise à El Obeid. Elle a perdu Binah depuis longtemps et vit dans « un monde furieux qui se dévore lui-même ». Sur son chemin elle croise d’autres enfants martyrs.

Le salut vient du consul d’Italie, Signore Lignani, dernier européen à traverser le désert avant la chute de Khartoum, le 26 janvier 1885. Chez ce nouveau maître on la lave, on l’habille d’une tunique blanche (jusque-là elle vivait nue au milieu des maîtres habillés, dans « cette honte permanente »). Pour la première fois depuis son enlèvement, elle ressent qu’il y a « quelque chose qui n’est qu’à elle ». Elle a 14 ans, et sa vie de tourments connaît enfin une trêve, qui la conduit au prix de nombreux sacrifices jusqu’à l’Italie, où elle devient religieuse.

Véronique Olmi s’attache à retracer toute la vie de Bakhita, de sa capture jusqu’à son décès, toutes les épreuves qu’elle va devoir traverser, la seule fois où elle osera dire NON pour décider de sa vie. Nous traversons avec elles plusieurs guerres, les révolutions en Afrique, la première et seconde guerre mondiale.

Voici un livre qui a toutes les raisons de faire parler de lui en cette rentrée littéraire: le destin hors norme d’une africaine en biographie romanesque, un contexte historique documenté, une thématique humanitaire particulièrement éprouvante et une réflexion sur l’éducation et la spiritualité.

En s’inspirant de l’authentique parcours d’une religieuse soudanaise canonisée en 2000 par Jean-Paul II, Véronique Olmi donne un éclairage particulier à l’esclavage du XIXème siècle, le situant dans une géographie plus insolite que celui communément relaté par le commerce triangulaire avec les Amériques.

En lice pour les prix Goncourt, Goncourt des Lycéens, Femina et Landerneau des lecteurs.

Véronique Olmi recevra officiellement son prix du roman Fnac vendredi des mains de Leïla Slimani, à l’ouverture du Forum Fnac Livres, festival littéraire qui aura lieu jusqu’à dimanche à la Halle des Blancs Manteaux à Paris. Elle succède à Gaël Faye récompensé l’an dernier pour « Petit pays » (Grasset), roman qui avait obtenu ensuite le convoité Goncourt des lycéens.

 

JOSÉPHINE BAKHITA (1869 – 8 février 1947 à Schio, province de Vicenza), née au Soudan, province du Darfour, à Olgossa, près du Mont Agilerei, dans la tribu nubienne des Dagiù, est une ancienne esclave devenue religieuse canossienne et canonisée en l’an 2000 par le pape Jean-Paul II.

Issue d’une famille composée de quatre sœurs et de trois frères, elle n’a que cinq ans lorsque sa sœur Kishmet est enlevée sous ses yeux par des trafiquants d’esclaves en 1874. À son tour, alors qu’elle avait près de 9 ans, elle est la victime de négriers musulmans qui la vendent et la revendent plusieurs fois, sur les marchés d’El Obeid et de Khartoum, en lui infligeant de mauvais traitements. Le traumatisme est si grand qu’elle en oubliera son premier nom. C’est ainsi qu’on lui donne le nom de Bakhita, qui signifie la chanceuse.

Elle appartenait à un général turc qui lui avait fait subir de cruelles scarifications (tatouages dont l’opération consiste à tracer avec une lame de rasoir des dessins sur la poitrine et le ventre; les plaies ouvertes sont ensuite bourrées de sel afin d’empêcher la cicatrisation) quand ce dernier décida de vendre toutes ses esclaves. Bakhita est alors acquise par le consul d’Italie à Khartoum, Calisto Legnani, en 1883. De tous ces mauvais traitements, elle gardera pour le reste de sa vie 144 cicatrices.

Joséphine a 14 ans et sa vie change alors radicalement : «Le nouveau maître était assez bon et il se prit d’affection pour moi. Je n’eus plus de réprimandes, de coups, de châtiments, de sorte que, devant tout cela, j’hésitais encore à croire à tant de paix et de tranquillité ».

En 1885, des événements politiques obligent le Consul à rentrer en Italie. Le consul Legnani doit quitter le Soudan à cause de la révolution mahdiste et Bakhita lui demande de l’emmener. Il accepte et ils s’embarquent avec une famille amie, les Michieli. Arrivés à Gênes, Madame Maria Turina Michieli demande à garder Bakhita à son service. Elle arrive ainsi à Zianigo, dans la province de Venise.

Madame Michieli ayant eu une petite fille, Mimmina, elle en confie la garde à Bakhita qui s’en occupe avec beaucoup de tendresse. Bakhita en devint l’éducatrice et l’amie. C’est ensemble qu’elles retournent au Soudan, avant de revenir à nouveau en Italie.

L’acquisition puis la gestion d’un grand hôtel à Suakin, sur la Mer Rouge, contraignirent Mme Michieli à déménager dans cette localité pour aider son mari. Entretemps, d’après un conseil de leur administrateur, Illuminato Checchini, Mimmina et Bakhita furent confiées aux Sœurs Canossiennes de l’Institut des catéchumènes de Venise. Madame Michieli confie alors pour une brève période sa petite fille et Bakhita à l’institut des Catéchistes de Venise. Quand Madame Michieli revint d’Afrique pour reprendre sa fille et Bakhita, celle-ci, avec un esprit de décision et un courage insolites, manifesta sa volonté de rester avec les Mères Canossiennes et de servir ce Dieu qui lui avait donné tant de preuves de son amour, malgré sa tristesse de quitter Mimmina, ce qui fut accepté avec difficulté.

Madame Michieli refusant de se séparer de Bakhita, tenta de faire intervenir diverses personnalités pour la sortir de l’Institut. L’affaire alla jusqu’à un procès. Néanmoins, le 29 novembre 1889, le procureur déclara que Bakhita était libre de choisir là où elle voulait rester puisque l’esclavage n’existait pas en Italie.

« Les Sœurs firent mon instruction avec beaucoup de patience, dit-elle, et me firent connaître ce Dieu que tout enfant je sentais dans mon cœur sans savoir qui il était. Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même : qui donc est le maître de ces belles choses ? Et j’éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes hommages ».

Le 9 janvier 1890, elle est baptisée par le cardinal-archevêque de Venise, Monseigneur Domenico Agostini, et reçoit la Confirmation. Elle aimait à baiser les fonts baptismaux en disant : « Ici, je suis devenue fille de Dieu ».

Trois ans après, elle demanda à devenir religieuse, à 24 ans. La Sœur Supérieure, Anna Previtali, lui dit : « Ni la couleur de la peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir sœur ». Le 7 décembre 1893, Bakhita rejoignit le noviciat des Sœurs de la Charité à l’institut de catéchuménat de Venise.

C’est le 8 décembre 1896, à Vérone, qu’elle prononce ses premiers vœux. En 1902, elle est transférée à Schio, province de Vicenza où, pendant plus de cinquante ans, elle s’occupe de la cuisine, de la lingerie, de la conciergerie. En 1927, elle prononce ses vœux perpétuels. Aimée de tous, on lui donne le surnom de Petite Mère Noire (Madre Moretta). Elle disait : «Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu. ».

En 1910, elle écrivit son histoire à la demande de sa Supérieure, sœur Margherita Bonotto.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Schio est menacée de bombardements. Aux Sœurs qui l’invitent à se réfugier dans le souterrain de la maison, elle répond : « Non, je n’ai pas peur, je suis dans les mains de Dieu. Il m’a libérée des mains des lions, des tigres et des panthères, ne voulez-vous pas qu’il me sauve aussi des bombes ? ».

Après une longue et douloureuse maladie, et une pénible agonie où elle revivait les jours de son esclavage en murmurant : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal », elle s’éteint le 8 février 1947 en invoquant : « Notre Dame ! Notre Dame ! ».

Immédiatement, les gens accourent sur sa tombe, et beaucoup de grâces y sont obtenues.

Actuellement une fresque de l’abside de la cathédrale d’El-Obeid au Soudan représente une Vierge à l’enfant : Marie montre son Fils à l’Afrique. À ses côtés, à genoux, se trouvent Sainte Joséphine Bakhita et le bienheureux Daniel Comboni.

Béatifiée le 17 mai 1992, elle a été canonisée par Jean-Paul II le 1er octobre 2000.

Le pape dira à cette occasion : « Cette sainte fille d’Afrique, montre qu’elle est véritablement une enfant de Dieu : l’amour et le pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transforment sa vie de façon extraordinaire ».

Elle était spécialement prisée par le pape Benoît XVI, qui la mentionna dans son encyclique Spe Salvi.

 

L’auteur :

Véronique Olmi est un écrivain français, née en 1962 à Nice. Elle est la petite-fille de Philippe Olmi, ministre de l’Agriculture, député des Alpes-Maritimes et maire de Villefranche-sur-Mer durant 20 ans.

Après avoir suivi des études d’art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, Véronique Olmi a été assistante à la mise en scène pour Gabriel Garran et Jean-Louis Bourdon de 1990 à 1993, puis comédienne et dramaturge en 1996.

Auteur pour le théâtre, elle a également publié, en 2001, chez Actes Sud, son premier roman, Bord de Mer qui a reçu le prix Alain Fournier.

Son roman Cet été-là a reçu en 2011 le Prix des Maisons de la Presse.

Elle bénéficie d’une reconnaissance internationale : ses ouvrages sont traduits en vingt langues et ses pièces sont jouées autant en France qu’à l’étranger.

Metteurs en scène et comédiens prestigieux ont mis en scène et joué ses pièces :

– En 1998, Le Passage est créé à Lausanne et Chaos debout au Festival d’Avignon, dans des mises en scène de Brigitte Jacques Wajeman et Jacques Lassalle, les deux pièces seront reprises au théâtre des Abbesses.

Point à la ligne est créée à la Comédie Française (Vieux Colombier) par Philippe Adrien.

Mathilde est créée au théâtre du Rond-point (salle Renaud Barrault) avec Pierre Arditi et Ariane Ascaride, dans une mise en scène de Didier Long.

Je nous aime beaucoup est créée au Petit Théâtre de Paris dans une mise en scène de Josée Paul.

Une Séparation est créée au théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Anne Rotenberg.

En 2000, sa pièce « Le Jardin des Apparences » a deux nominations aux Molières, dont celle pour le meilleur auteur.

Dramaturge, comédienne, novelliste et romancière, Véronique Olmi crée tantôt dans un genre tantôt dans l’autre.

Elle est la directrice artistique du Festival de théâtre : « Le Paris des Femmes » au théâtre des Mathurins.

En 2012, elle a créé et dirigé pendant trois ans le comité de lecture du théâtre du Rond-Point, (direction Jean-Michel Ribes)

À la demande de Laure Adler, elle a produit et animé une émission sur France Culture : « C’est entendu ! ».

Elle a signé en 2007 pour le Figaro Madame un reportage : « Les Amazones de Tsahal ».

Elle a participé, en tant que chroniqueuse, à plusieurs numéros du magazine télévisé Avant-premières, produit par Rachel Kahn.

En tant que directrice artistique, elle a lancé en janvier 2012, la première édition du festival d’auteures théâtrales Le Paris des femmes au Théâtre des Mathurins.

En 2017, elle reçoit le prix du roman Fnac pour Bakhita, dédié à la sainte éponyme. Le roman est également en lice pour plusieurs prix : le prix Goncourt, le Prix Goncourt des lycéens, le Prix Femina, le Prix Landerneau des lecteurs, et le Prix Patrimoines BPE.

 

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