Hashimi Nadia ♦ Pourvu que la nuit s’achève

Poursuivant sa mission de porte-parole des femmes afghanes, Nadia Hashimi aborde dans ce troisième roman l’une des injustices les plus criantes dont elles sont victimes en Afghanistan : les incarcérations abusives.

Nadia Hashimi revient sur une histoire de femme confrontée coutumes et usages en Afghanistan.

Ce n’est un secret pour personne, il y a beaucoup trop d’innocentes derrière les barreaux en Afghanistan. Lorsque les femmes dérangent ou que leur attitude semble remettre en cause l’ordre établi, on les emprisonne sans autre forme de procès, et parfois même, on les exécute pour s’assurer qu’elles ne pourront plus clamer leur innocence. Parce qu’elles sont aperçues aux abords d’un parc avec un homme, parce qu’elles tardent à se marier ou refusent d’épouser celui qu’on leur a choisi, parce qu’elles ont osé être des femmes et se revendiquer comme telles, on les réduit au silence et on les prive de liberté.

Zeba, fille de Gulnaz, redoutée jadugar (sorcière) est mariée à Kamal depuis des années. Ce dernier n’est pas un homme bon, mais Zeba survit et avance pour ses enfants. Un jour pourtant comme les autres, quelque chose, un bruit plus exactement, mais aussi un pressentiment, attirent Zeba dans son jardin. Quelques minutes plus tard, elle est retrouvée à genoux devant le corps sans vie de son mari et couverte de sang. L’évidence frappe le village et le chef de la police : Zeba est une meurtrière, elle a assassiné de sang-froid son mari.

Depuis son retour de la guerre, Kamal est devenu un autre homme, alcoolique et violent. Mais cette femme dévouée est-elle vraiment capable d’un tel crime ? Présumée coupable, elle est incarcérée dans la prison pour femmes de Chil Mahtab, laissant derrière elle ses quatre enfants. Dans cette prison pour femmes, on découvre les portraits de multiples femmes qui sont toutes là du fait de violences conjugales, d’abus sexuels ou simplement parce qu’elles sont amoureuses. Elles sont là pour des crimes moraux alors qu’elles ont juste envie d’amour, de mariage et de liberté.

C’est à Yusuf, jeune avocat, formé aux Etats-Unis, mal à l’aise avec ce pays qu’il aime parce qu’il y est né et qu’il y reste attaché mais aussi son envie d’apporter un peu de son vécu et son savoir à ce même pays, que revient la défense de ce cas désespéré. Il est revenu dans son pays pour aider à défendre les gens sans moyens.

Bon avocat, il sera profondément bouleversé de sa rencontre avec Zeba. Déterminé à la défendre il va tout faire pour qu’elle s’ouvre à lui et lui raconte ce qui s’est passé. Mais Zeba est une femme d’honneur et elle reste silencieuse. Qui cherche-t-elle à protéger en acceptant de jouer le rôle du suspect idéal ? Il faudra beaucoup de courage à Yusuf pour faire innocenter celle que tout le monde voit déjà pendue haut et court. Petit à petit, la vie en prison va prendre une saveur différente pour notre femme accusée sans preuve. Elle va vite comprendre qu’ici, règne l’injustice. Pourrait-il en être autrement dans un pays où la parole d’une femme vaut deux fois moins que celle d’un homme ?

Grâce au courage et à la détermination de Yusuf, Zeba, accusée du meurtre de son mari, a peut-être une chance d’échapper à la pendaison.

Mais finalement, qui doit-on sauver ? L’honneur d’un mari devenu violent, alcoolique, aux penchants douteux et peu respectueux de sa religion ? Ou une femme qui fait tout pour ne pas se faire remarquer, pour redevenir une mère et revenir auprès des siens ? Et surtout qui ne dit rien, n’accuse personne, ne clame pas son innocence, se résigne à son sort de femme fin de compte. Pour ne pas bafouer l’honneur d’une famille, de sa famille. Et jusqu’où peut-on aller par abnégation pour sauver quelqu’un d’autre ?

On perçoit leurs différences culturelles mais aussi la ténacité que met ce jeune avocat pour convaincre Zeba de lui faire confiance. On sent aussi ce jeune homme mal à l’aise avec ce pays qu’il aime parce qu’il y est né et qu’il y reste attaché mais aussi son envie d’apporter un peu de son vécu et son savoir à ce même pays.

Au fil des pages, le voile se lève sur une histoire sordide, sur des non-dits pour ne pas remettre en cause les traditions, les usages… l’honneur d’un homme tué.

L’auteur :

Nadia Hashimi est née en 1972 à New-York et a grandi dans le New Jersey. Ses parents sont tous les deux originaires d’Afghanistan qu’ils ont quitté au début des années 70 avant l’invasion soviétique. Sa mère, petite-fille d’un notable poète afghan, s’est rendue en Europe pour obtenir une maîtrise en génie civil et son père est venu aux États-Unis, où il a travaillé dur pour réaliser son rêve américain et construire une nouvelle vie plus brillante pour sa famille. Nadia a eu la chance d’être entourée d’une grande famille de tantes, d’oncles et de cousins, ce qui a permis à la culture afghane de faire partie intégrante de sa vie quotidienne.

Elle a fréquenté l’Université Brandeis où elle a obtenu des diplômes en études et biologie du Moyen-Orient. Elle a obtenu un DEA en analyse économique.

Elle s’est ensuite inscrite à l’école de médecine de Brooklyn aux hôpitaux NYU / Bellevue à New York où elle a complété sa formation en pédiatrie.

 A la fin de sa formation, Nadia a déménagé au Maryland avec son mari où elle travaille comme pédiatre. Elle fait partie du « Lady Docs », un groupe de médecins locaux qui exercent et se regroupent ensemble.

En 1998, elle croise quelqu’un d’extraordinaire, une Autrichienne qui montait un très grand projet sur l’art islamique en méditerranée dans le cadre du programme MEDA. Le projet consistait à mettre en place des itinéraires culturels et touristiques dans onze pays du pourtour méditerranéen. Elle s’occupait de ceux du Maroc et du Portugal. Elle est aussi devenue active dans une organisation communautaire afghane-américaine qui a promu des événements culturels et de sensibilisation, en particulier dans les jours sombres après le 11 septembre.

En 2002, elle décide de travailler dans la presse, un rêve d’enfant.

Cette même année, elle fait son premier voyage en Afghanistan avec ses parents qui ne sont pas retournés chez eux depuis leur départ dans les années 1970. C’était une expérience douce pour tous, trouver des reliques de foyers d’enfance et se retrouver avec des proches. Un voyage marquant qui lui permet de découvrir sous un nouveau jour l’histoire et la culture afghanes dont ses romans sont imprégnés.

Au bout de cinq ans, Nadia quitte cependant la presse écrite pour la télévision. Elle démarre en tant que chroniqueuse économique au JT avant de se voir confier l’émission “Eclairages”, qu’elle anime avec beaucoup de talent et de maîtrise.

Trois ans plus tard, elle décide de changer de registre, sans rompre pour autant avec ce domaine. Elle se charge ainsi des relations internationales et institutionnelles d’une agence publique.

Par la suite, Nadia décide de tout mettre en stand-by pour reprendre ses études et démarrer un doctorat en sciences politiques.

Avec sa formation médicale rigoureuse complétée, Nadia s’est tournée vers une passion qui n’avait pas été explorée. Son éducation, ses expériences et son amour pour la lecture se sont réunis sous la forme d’histoires basées dans le pays de ses parents et grands-parents (certains font même des apparitions dans leurs contes).

Son premier roman, “The Pearl That Broke Its Shell” = “La perle et la coquille” a été publié en 2014.

Son deuxième roman, « When The Moon Is Low » = « Si la lune éclaire nos pas » a suivi en 2015 et a raconté le voyage périlleux d’une famille afghane alors qu’ils ont fui le Kaboul contrôlé par les talibans et sont tombés dans le monde sombre Des sans-papiers d’Europe.

Nadia Hashimi vit dans le Maryland avec son mari Amin Amini depuis 2008, et leurs quatre enfants dans la banlieue de Washington, où elle exerce le métier de pédiatre.

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