Colombani Laetitia ♦ La tresse

Trois destins féminins aux 4 coins du monde, qui ne se rencontreront jamais, reliés toutefois par un fil étonnant, qui est symbolisé par « les cheveux »… Chacune de nos personnages féminins rencontreront à des étapes et lieux éloignés cet élément physique humain. Des femmes qui se battent pour leur liberté, leur dignité. Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Inde. Smita est une jeune Dalit (Intouchable), vivant dans l’Uttar Pradesh. Elle assume au quotidien les taches les plus répugnantes : celle  « d’extracteur », ce qui signifie que faute de latrines, ces intouchables ramassent la « merde » des autres, sans aucun espoir d’amélioration de son sort, ni pour elle, ni pour sa fille Lolita, 6 ans. Smita ne supporte pas l’idée que sa fille vive la même honte et la même vie indigne. Elle rêve de la voir échapper à sa condition misérable et entrer à l’école. Elle se battra donc, fera des centaines de kilomètres dans les conditions des plus éprouvantes, pour honorer Vishnou dans un sanctuaire lointain, et faire un souhait : trouver la force pour que sa fille aille à l’école; qu’elle apprenne à lire et à compter, et qu’elle puisse vivre une autre vie. Etant des plus démunies, Smita se fera tondre la chevelure ainsi que celle de sa petite fille en offrande à Vishnou…

Sicile. Giulia  très jeune femme aux abords de sa vie d’adulte, vit à Palerme, entre un père adoré, qui lui a appris son métier qu’il exerce dans un atelier fondée par sa famille. Il fabrique des perruques et postiches, avec des « vrais cheveux ». Lorsqu’il est victime d’un accident et tombe dans le coma, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée. L’atelier croule sous les dettes, et il va falloir fermer et licencier les ouvrières qui ont toujours travaillé avec le père de Giulia et elle-même. En dépit des difficultés, et la désapprobation de sa mère ainsi que ses sœurs, elle se battra comme une lionne pour sauver l’atelier de son père et poursuivre l’activité de ce dernier, en important des vrais cheveux  d’Inde. Elle rencontre Kamal, un indien Sikh qui va lui apporter une solution à ce problème.

Canada. Sarah Cohen, la quarantaine, trois beaux-enfants, avocate réputée à Montréal, associée dans un cabinet prestigieux, va être promue à la tête de son cabinet la réussite absolue, Tout semble lui sourire, en dépit d’une vie happée par sa carrière, en dépit de deux divorces et l’obligation de performance.

Sarah, après un malaise et une fatigue grandissante apprend qu’elle est gravement malade. Elle est atteinte d’un cancer déjà bien avancé. Elle va avoir la révélation du monde impitoyable du travail où les « malades et les faibles » n’ont pas droit de cité !

Après les séances de chimiothérapie, elle se décidera à se rendre à une boutique spécifique où on peut trouver des postiches et des perruques…

Sarah, grâce à une perruque réalisée avec de vrais cheveux provenant devinez d’Inde, et fabriquée par l’atelier sauvé par Giulia, en Sicile retrouvera la flamme et l’envie de se battre. Cette perruque est bien plus que des cheveux. Elle sera le symbole de l’espérance et de l’envie de vivre de Sarah.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Trois histoires de femmes vaillantes, combatives, déterminées qui  grâce à leur courage, leur volonté farouche parviennent à infléchir leur destin, qui semblait tout tracé, à conquérir leur indépendance et à  réaliser leurs rêves.

La situation des femmes en Inde apparaît dans ce livre dans toute sa cruauté et plus particulièrement, celle des femmes de la caste des Intouchables. Deux millions de femmes Indiennes meurent chaque année, victimes de violences domestiques. Une triste tradition qui remonte à des âges très anciens. Ainsi le sort dramatique des veuves, chassées par leur famille, devant errer sans ressources. Il n’est pas si loin le temps où on les obligeait à rejoindre leur défunt époux sur le bûcher.

La plus déterminée, celle qui ne renonce jamais, c’est la plus déshéritée. Smita saisit la moindre chance et s’y accroche avec l’énergie du désespoir. Peu importe que sa foi en des croyances d’un autre âge nous fasse sourire. A l’inverse, la plus fragile est celle dont les auspices avaient été les plus favorables. Pas étonnant. Sarah avait toujours franchi les obstacles en conquérante. Elle menace de s’effondrer dès lors que son invincibilité est contestée.
Et Giulia ? Elle est la plus réaliste des trois. Envers et contre toutes les réticences de ses proches, elle saura imposer les idées providentielles de l’homme qu’elle a choisi pour accompagner sa vie.

Au début du récit et après six ou 7 chapitres, on peut lire un texte poétique écrit par une ouvrière de l’atelier de Giulia, certainement la plus vieille d’entre elles, la Nona, au sujet de la confection d’une perruque. Ces courts textes me semblent très importants pour effectuer le lien. En effet, le point commun entre les trois femmes est bien la chevelure.

La Tresse (Grasset), c’est LE roman qui a fait sensation lors de la foire du livre à Londres en mars 2017. Pressenti pour le prix Renaudot, pas moins de seize pays ont acheté les droits de traduction avant même sa parution en France, marquant sans nul doute le début d’un beau succès pour le premier roman de la réalisatrice française.

L’auteur :

Lætitia Colombani, fille de Jean-Marie Colombani, journaliste et essayiste français est née en 1976 à Bordeaux. C’est une réalisatrice, actrice et scénariste française.

Après un cursus scolaire au lycée Victor louis de Talence, elle obtient un baccalauréat C avec la mention Très bien.

Elle fait ensuite ses études à l’Ecole Louis Lumière, tout en suivant en parallèle des cours de théâtre. Elle obtient son diplôme en juin 1988 avec Mention très Bien pour le mémoire « La folie du cinéma ».

A sa sortie de l’école, elle tourne deux courts métrages, Le Dernier bip (1998) et Mémoire de puce (1999), puis réalise à 25 ans son premier long, A la folie, pas du tout (2002), produit par Charles Gassot, avec Audrey Tautou et Samuel Le Bihan dans les rôles principaux.

 Fidèle à son thème de mémoire « la folie au cinéma », la cinéaste réunit, cinq ans plus tard, devant sa caméra Kad Merad, Catherine Deneuve et Emmanuelle Béart pour Mes stars et moi, une comédie sur un fan un peu trop envahissant.

Elle suit des cours à l’école de comédie musicale Mikado avec césar Sisto.

Elle est mariée à un avocat et maman d’une petite fille Ava, née en 2011.

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