Melandri Francesca ♦ Plus haut que la mer

En Italie, en 1979, ce sont les années de plomb. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île italienne, sans nom, séparée de la terre ferme par le Détroit.

Si on connaît un peu l’Italie, on reconnaît la grande île: la Sardaigne, et on trouve vite la petite, l’île-prison des années 70 : Asinara. Car pour maintenir des détenus très dangereux à l’isolement, il n’est pas de mur plus haut que la mer.

Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se dresse au-dessus de la mer, dans une succession sinueuse de petites baies, la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui a tabassé à mort un compagnon de beuverie sous le coup de la colère, et a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier, membre des Brigades Rouges a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne dont une affaire qui ressemble beaucoup à celle de l’enlèvement suivi du meurtre d’Aldo Moro. Rongé par la culpabilité, il porte sur lui la photo de la fille en manteau noir posant une fleur sur le cercueil de son papa, une victime de son fils.

L’homme et la femme ne se connaissent pas. Paolo, veuf, est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus. Il exècre de toute son âme ce que son fils est devenu. Dans le même temps, il lui voue une sorte de fidélité paternelle quasi charnelle. Luisa, femme maltraitée et brutalisée par un mari ultra-violent. Elle est agricultrice, se dit inculte et élève seule ses cinq enfants. Elle s’était levée de très bonne heure, avait trait les vaches pour épargner le travail à ses enfants et avait fait le voyage, en train puis en ferry, pour s’y rendre. Elle voyait la mer pour la première fois. Deux personnes que tout semble opposer.

À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car, au cours de leur visite, les conditions météo ont changé et la tempête s’est levée, alors qu’un accident de voiture les met en retard. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par l’agent, Pierfrancesco Nitti, gardien dans la prison que ses années de service ont peu à peu déshumanisé. Renfermé et taiseux, il tente de se protéger, ainsi que sa famille, de la violence qui règne à l’intérieur car il est installé sur l’île avec sa femme et ses enfants. Car il n’y a pas que les condamnés qui sont enfermés. Les gardiens le sont tout autant et ne quitteront l’île qu’à leur retraite. Sa femme est institutrice des enfants du personnel pénitentiaire et ne supporte plus ce que son travail est en train de faire de lui, insidieusement.

Entre ces trois personnes, une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.

Francesca Melandri livre un deuxième roman incisif et militant, une superbe histoire d’amour et d’idées qui est aussi une subtile réflexion sur le langage, celui de la politique et celui du monde dans lequel nous vivons.

Elle évoque un univers carcéral dans lequel il n’y a pas que les condamnés qui sont enfermés. Les gardiens le sont tout autant et ne quitteront l’île qu’à leur retraite. La violence de leur métier les changent et les isolent de ceux qui les aiment. Les familles des prisonniers, vivent quant à elles une forme d’enfermement dans la douleur.

Plus haut que la mer (titre original en italien : Più alto del mare) est un roman italien de Francesca Melandri, publié originellement en Italie le 15 février 2012, et en français le 5 février 2015 aux éditions Gallimard.

Il a reçu en Italie le prix Stresa l’année de sa parution.

L’auteur :

Francesca Melandri, née en 1964 à Rome, est une écrivaine, scénariste et documentariste italienne. Elle est également réalisatrice.

Francesca Melandri commence sa carrière comme scénariste notamment pour des films de Cristina Comencini, Lamberto Bava, et Maurizio Zaccaro mais principalement pour la télévision italienne en participant à l’écriture de diverses séries. Elle est également l’auteure d’un documentaire, intitulé Vera (2010), sur le témoignage d’une Croate juive, survivante des camps d’extermination.

En 2010, elle publie son premier roman, Eva dorme, qui est présenté dans de nombreux festivals partout dans le monde et la fait connaître sur la scène littéraire italienne.

 Elle obtient le prix Rapallo-Carige ainsi que le prix Stresa en 2012 pour Più alto del mare = Plus haut que la mer (également retenu dans la sélection finale du prix Campiello), roman qui reçoit également un accueil favorable en France.

Francesca Melandri est la sœur de la femme politique Giovanna Melandri. Ministre de la jeunesse et du sport dans le deuxième gouvernement de Romano Prodi.

Œuvre

  • Eva dort [« Eva dorme », 2010], trad. de Danièle Valin, éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 2012, 393 p. (ISBN 978-2-07-013135-8)
  • Plus haut que la mer [« Più alto del mare », 2012], trad. de Danièle Valin, éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 2015, 208 p. (ISBN 978-2-07-013945-3)

Scénariste

  • 1991 ː La Caverne de la Rose d’Or – épisode 1 La Princesse rebelle (téléfilm)

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