Calbérac Ivan ♦ Venise n’est pas en Italie

C’est l’histoire d’un adolescent né dans une famille inclassable, l’histoire d’un premier amour, miraculeux et fragile. C’est l’histoire d’un voyage initiatique et rocambolesque où la vie prend souvent au dépourvu, mais où Venise, elle, sera au rendez-vous.

Emile Chamodot a quinze ans. C’est un jeune adolescent timide, sincère, lucide, précoce et studieux, bon fils, mais en constant décalage avec la vie, ses parents, sa famille, le système éducatif, torturé en permanence entre le respect, l’amour, l’admiration et la révolte. Il vit à Montargis, dans une caravane sur le terrain où la maison familiale est en attente de construction, entre un père doux-dingue, VRP fort en gueule mais très gentil, et une mère protectrice et autoritaire, pudique voire froide, mais généreuse et pleine d’espoir pour son fils brillant élève et qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça. Il a un frère, qui est un gros dur au cœur tendre.

Il tient un journal intime dans lequel il écrit son histoire, ses pensées, ses émotions. Et ça se bouscule dans la tête de cet adolescent de quinze ans qui écrit comme il parle.

Émile se pose trente-six mille questions et vit dans l’inquiétude permanente. Attitude typique de cette période agitée, dont il a également le côté « bipolaire » : il passe en un clin d’œil de l’abattement le plus profond à une exubérance démesurée.

Le moindre évènement prend des proportions énormes, la moindre parole le fait gamberger à l’infini, c’est un vrai tourbillon. Tout y passe, ou presque. Tout le monde, tous les sujets : rien n’échappe à son analyse. En bonne position sur la liste, on trouve naturellement les parents. Comme tout ado, Émile dissèque mentalement les siens et décortique leurs moindres faits et gestes. Il a de quoi faire parce qu’ils sont franchement folkloriques.

Il rencontre un jour Pauline, lycéenne comme lui, dont il tombe immédiatement amoureux. Ce qui lui fait vivre les émotions les plus fortes, qui le tourmente et le fascine à la fois. Pauline est une fille intelligente, ingénue, pas toujours bien dans sa peau. D’autant qu’elle est issue d’un milieu plutôt aisé et bourgeois (Père chef d’orchestre) et vit dans une grande et belle maison, alors qu’Emile a une famille bien plus simple, de français moyens, voire sérieusement beaufs et vit pour le moment dans une caravane.

Quand Pauline l’invite à Venise pour les vacances, pour assister à un de ses concerts à la Fenice, – la jeune fille qui est violoniste doit se produire en concert sous la direction de son père – il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l’accompagner…Plein de peur et d’espoir, Emile partira vers cette ville-symbole promesse de bonheur … mais accompagné, à contrecœur, par son bonimenteur de père entraînant toute la famille dans un voyage rocambolesque en caravane rythmé par de multiples péripéties.

L’histoire se déroule à un rythme effréné. Tout va à cent à l’heure dans le roman, comme dans la tête d’Émile. Il passe du coq à l’âne d’une phrase à l’autre, voire dans une même phrase : parti d’une réflexion banale sur sa mère, il en arrive à parler de la peine de mort aux États-Unis ! Cet aspect est très réussi et rend bien compte du bouillonnement qui règne souvent sous le crâne des adolescents, de leur faculté à passer d’une idée à l’autre à toute vitesse.

Ce roman divertissant et plus profond qu’il n’y paraît amorce une réflexion sur la vie et, surtout, sur le langage. Le mal-être d’Emile est un « mal à dire ».

Récit initiatique empli de dérision et de tendresse, burlesque mais non dépourvu d’une certaine profondeur, Venise n’est pas en Italie est le premier roman du scénariste, réalisateur et dramaturge Ivan Calbérac. L’auteur nous y donne à voir de l’intérieur, via son journal intime, six semaines de la vie d’un adolescent fragile et solitaire qui réalise avec anxiété que son enfance se termine et peine à avoir prise sur sa vie

C’est frais, c’est drôle et ça se lit d’une traite. Mais sous une légèreté apparente, l’auteur brosse un portrait très juste d’un adolescent, et à travers lui, de l’adolescence en général. Le défaut de la qualité de l’écriture : elle est tellement « parlée » qu’elle alourdit la lecture. On vit le livre plus qu’on ne le savoure. C’est toujours plaisant et amusant mais ce n’est pas de la grande littérature.

L’auteur :

Ivan Calbérac est un réalisateur, scénariste, producteur et écrivain français, né le 3 novembre 1970.

Il fait des études secondaires au Lycée en Forêt de Montargis (45), et après avoir obtenu une maîtrise en mathématiques à l’université Pierre et Marie Curie, puis un DESS de droit et gestion de la communication audiovisuelle à la Sorbonne, il se forme en tant que comédien à l’École de La Belle de Mai et se produit sur les planches, au Théâtre de Trévise et au Théâtre de La Main d’Or.

En 1995, il écrit et réalise son premier court métrage intitulé Trop de chance.

Suivront deux autres courts-métrages Les Années indigestes en 1996 et Le Réceptionniste en 1997 pour lequel il remporte le Grand prix du scénario au Festival de Clermont-Ferrand.

Il commence à écrire pour la télévision, L’amant de mes rêves et saute le cap du long métrage de cinéma en 2002, avec Irène, qui révèle Cécile de France aux côtés de Bruno Putzulu et Patrick Chesnais. Le film sort sur les écrans en juin 2002, y rencontrant un chaleureux accueil critique et public, puis remporte le Grand prix du festival de Saragosse en 2003, le Grand Prix à La Ciotat et le prix du jury à Cabourg. Le film est distingué enfin par sa nomination au César du meilleur premier film (2003).

Il tourne ensuite On va s’aimer, en 2005, une comédie musicale avec Julien Boisselier, Alexandra Lamy, Mélanie Doutey et Gilles Lellouche dans les rôles principaux (sortie le 14 juin 2006).

Il poursuit sa collaboration avec Mandarin Productions pour Une semaine sur deux, son troisième long métrage, où il réunit devant la caméra Mathilde Seigner, Bernard Campan et Grégori Dérangère, en 2008 (sortie le 22 juillet 2009). Le film réunit 500 000 spectateurs dans les salles de cinéma françaises, et sera vendu dans le monde entier.

Parallèlement, il travaille pour le théâtre et la télévision depuis ses débuts. Sa première pièce de théâtre, « Le Bourreau », soutenue par la DRAC, l’ADAMI et la Mairie de Paris, est jouée à l’Essaïon de Paris en 1997.

« Tout un cinéma » est à l’affiche de la comédie Caumartin d’août à la fin décembre 2005.

Plus récemment, il signe « L’étudiante et Monsieur Henri », qui triomphe au théâtre de Paris toute la saison 2012-2013, puis en tournée dans toute la France. La pièce est récompensée par le Coup de Cœur Théâtre Privé du Palmarès du Théâtre, et consacrée par le Grand Prix du Jeune Théâtre de l’Académie Française (2013). Elle sera bientôt créée en Allemagne, à Hambourg et à Berlin.

En 2015, il devient le coauteur du spectacle de Michaël Hirsch, « POURQUOI? ».

À la télévision, il réalise et co-écrit les téléfilms Simple (nommé aux lauriers de la télévision 2011), Eléonore l’intrépide (2012), comédie de cape et d’épées pour France 3, puis Marjorie, conseillère en séduction (2013), le premier épisode d’une série de comédie romantique pour France 2.

Il prépare actuellement son quatrième long métrage, travaille à l’écriture de nouvelles pièces de théâtre, et d’un premier roman.

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