Joncour Serge ♦ Repose-toi sur moi

Repose-toi sur moi, c’est une histoire d’amour qui fait se rencontrer deux êtres totalement opposés. Une improbable histoire qui se déroule dans un immeuble.

Récit d’une rencontre improbable, celle de deux êtres que tout oppose en apparence… Plus encore que leur catégorie sociale, ils sont séparés par leur milieu géographique d’origine, et ce milieu joue pour beaucoup dans leur comportement respectif. Lui, venant de sa province, est bourru, maladroit. Elle, citadine aguerrie, est élégante et distante, un brin méprisante. Parallèlement, il est serviable tandis qu’elle ne prend pas garde à ceux qui l’entourent.

Aurore a tout pour être heureuse. Styliste réputée, élégante, gracieuse, elle est propriétaire de sa marque de vêtements Aurore Dessage. Mère de deux enfants et un beau-fils, mariée à Richard, un riche homme d’affaires américain qui jongle nonchalamment avec les millions dans une multinationale, elle vit dans un luxueux appartement à Paris. Pourtant, elle est désemparée, fatiguée par sa vie de famille et angoissée par l’avenir de sa petite entreprise. Elle tente de montrer à tout prix à son mari Richard, l’américain à qui tout réussit, qu’elle sait mener son affaire. Elle est à la quête d’une réussite personnelle qui lui permettrait de s’accomplir.

Elle jongle avec les aléas du quotidien et son triple rôle de mère, épouse et businesswoman. Elle sent son couple se déliter par manque de disponibilité de chacun. Un mari de plus en plus distant, souvent à l’étranger, hyper connecté ou avachi devant la télé.

Faire une pause, le soir, dans la cour arborée de son immeuble parisien, est vital. Cet îlot de verdure qu’elle se plaît à cultiver reste son havre de paix, sa « bouffée d’air », « un vrai sas », son refuge.

Ludovic, quarante-six ans, provincial, un mètre quatre-vingt-quinze pour cent deux kilos, est un ancien agriculteur, rugbyman, reconverti dans le recouvrement de dettes, mal à l’aise dans ce boulot et à Paris. L’ancien agriculteur se rend dans les banlieues parisiennes, les pavillons en meulière où l’on se laisse déborder par la consommation frénétique. Ce sont des imprévoyants pour la plupart, des malveillants aussi, parfois des énervés.

Suite au décès de sa femme Mathilde il y a 3 ans, il a quitté la ferme familiale dans la vallée du Célé et ses parents pour laisser la famille de sa sœur vivre du revenu des terres insuffisant pour tous. Il revient régulièrement dans son village pour voir ses parents et surtout sa mère atteinte d’une maladie sénile.

A Paris, il est très mal à l’aise car la nature n’est pas présente sauf près du fleuve. Il vit seul dans un petit appartement parisien qui ne paye pas de mine. Altruiste et attentif, il apporte son aide à son voisinage et sait se rendre utile.

Aurore et Ludovic partagent la cour arborée de leur immeuble (leurs deux appartements se faisant face dans le même immeuble : D’un côté, les logements luxueux refaits à neuf et de l’autre les petits logements, vieillots, non rénovés pour un petit monde plutôt fauché où habite Ludovic). Ils se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs cris effrayant rendent hystérique la femme qui est phobique de ces oiseaux. L’homme décide de lui venir en aide et d’éliminer les oiseaux.

Ludovic et Aurore vivent chacun une période difficile. Ils sont arrivés à un point de rupture… Aurore, dont le monde est en train de s’écrouler en même temps que la boîte, répond en écho à Ludovic, non remis de la mort prématurée de celle qu’il aimait.

Des personnages auxquels l’on s’attache véritablement, malgré leurs failles, auxquels l’on peut s’identifier, par leur fragilité. Ces deux-là ont peur, avancent masqués, n’ont pas d’épaule sur laquelle se reposer, sont épuisés de faire semblant. Ce colosse aux pieds d’argile, au bord du vide, et cette Wonder-business-woman, proche du « burn out », ne font que combler deux immenses solitudes, dans un Paris froid et hostile, où les ombres du mensonge et de la violence côtoient la noirceur des corbeaux.

Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement, mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Tour à tour intimiste, tendre, drôle, touchante, poignante, abrupte, hypnotique et finalement addictive, la prose de Serge Joncour nous envoûte, nous émerveille, nous émeut et au final nous séduit véritablement. Les chapitres sont majoritairement courts, l’alternance descriptions et dialogues donne un vrai rythme. Les phrases sont longues, douces, mélodiques, poétiques.

L’auteur utilise beaucoup le processus de dualité, d’opposition des genres : la ville vs la campagne, la famille vs la solitude, la pensée vs la réalité, les idées vs les faits, la face visible et la face cachée de l’humain…

Rentrée littéraire Septembre 2016 – Paru le 17 août 2016 – Douzième roman de Serge Joncour.

Prix interallié 2016 – Élu meilleur roman français de l’année par le magazine « Lire ».

L’auteur :

Serge Joncour est un écrivain français né le 28 novembre 1961.

Originaire d’une famille de paysans, il est né et a grandi à Paris, non loin du quartier du Marais. Son enfance s’est partagée entre les rues de la capitale et les paysages plus champêtres de la Nièvre, l’Eure-et-Loire et le Valais suisse.

Serge Joncour a toujours voulu écrire. Enfant, il n’était pas très bon élève, mais aimait néanmoins beaucoup les rédactions. Bien que souvent hors-sujet, le plaisir d’avoir des lecteurs, de faire rire ses camarades l’a encouragé à poursuivre dans cette voie. La lecture, l’écriture et l’humour lui ont toujours semblé des remparts essentiels à l’angoisse.

Très jeune, vers 13 ou 14 ans et jusqu’à 16 ans, il éprouvait d’ailleurs régulièrement le besoin de fuguer, laissait un mot pour prévenir ses parents et prenait le train… Ce qui comptait n’était pas tant la destination que le mouvement de la fuite. Ce sont peut-être ces expériences de liberté volée qui lui ont inspiré son roman In Vivo (2006). Ce texte raconte en effet la fugue de deux enfants à la recherche d’une famille à la hauteur de leurs espérances. Quant à sa tendresse pour les voyages en train, notamment en province, on peut la lire dans plusieurs passages pleins d’humour de L’Amour sans le faire (2012).

Comme l’écrit son premier éditeur, Le Dilettante : « Il est né un jour de grève générale. On lui en a longtemps fait le reproche. Depuis, il continue sur sa lancée. Très tôt il est allé à l’école, puis par la suite, il en est sorti. Il a passé son enfance entre Paris, la Nièvre, l’Eure-et-Loir et le Valais suisse. Il a commencé des études de philosophie alors qu’il voulait faire nageur de combat. »

Serge Joncour pratique différents métiers avant de se lancer dans l’écriture (maître-nageur, portier de boîte de nuit, vendeur de journaux, rédacteur de slogans publicitaires…). Pendant ces années, il écrit de la poésie, des nouvelles, des romans… Malheureusement, sans parvenir à trouver un éditeur.

Finalement, c’est après une dizaine de textes et pas mal de lettres de refus que son premier roman « Vu », est publié aux éditions du Dilettante en 1998. Il a alors 37 ans.

Depuis il a publié un peu plus d’une dizaine de livres, dont « Kénavo » (2000), UV (2003) qui a obtenu le prix France-Télévision en 2003 et est adapté au cinéma en 2007 par Gilles Paquet-Brenner sous le titre « U.V. », « L’Idole » (2004) récompensé par le Prix de l’Humour noir, « Que la paix soit avec vous » en 2006, « Combien de fois je t’aime » en 2008, « L’amour sans le faire » en 2012, et « L’écrivain national », qui raconte l’histoire d’un écrivain qui, s’intéressant d’un peu trop près à un fait-divers, s’y trouve finalement mêlé… et sorti pour la rentrée littéraire 2014, qui fut finaliste du Renaudot.

En l’an 2005, il a reçu le Prix de l’Humour noir Xavier Forneret pour son livre « L’Idole ».

Il a écrit le scénario du film « Elle s’appelait Sarah » de Gilles Paquet-Brenner, d’après le roman du même titre en version française de Tatiana de Rosnay, avec Kristin Scott Thomas, sorti au second semestre 2010 sur les écrans en France, Benelux, Espagne et Australie. Lancé aux États-Unis en juillet 2011, il est le film étranger qui remporte le plus grand succès au Box-office pour l’année en cours, et au total il se classe 5ème des films français de tous les temps, sortis aux États-Unis.

Son roman « L’Idole » fait, en août 2012, l’objet d’une adaptation cinématographique réalisée par Xavier Giannoli. Le film, intitulé Superstar, met en scène Kad Merad et Cécile de France. Il s’agit de l’histoire d’un homme qui devient célèbre sans savoir pourquoi. Le film, est présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2012.

L’auteur travaille actuellement à l’adaptation de son roman « L’Amour sans le faire ».

Il est aussi, avec Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Gérard Mordillat et bien d’autres artistes et écrivains, l’un des protagonistes de l’émission de radio Des Papous dans la tête de France Culture, dans laquelle il se livre à des jeux verbaux et littéraires dans la veine de l’OuLiPo.

Son dernier roman, Repose-toi sur moi, publié en 2016 chez Flammarion, remporte le Prix Interallié 2016, le mardi 8 novembre 2016. Six voix se sont portées sur l’écrivain dès le premier tour, quatre sont allées à Eric Vuillard pour son roman 14 juillet, et deux à Gaël Faye  pour son roman Petit Pays.

À travers ses romans comme ses nouvelles, Serge Joncour ne cesse d’explorer les relations humaines et tout particulièrement la difficulté à communiquer avec les autres et à trouver sa place. Ses personnages sont souvent des êtres fragiles et pleins de doutes qui se demandent quelle attitude adopter face à la vie. Ainsi, dans « L’homme qui ne savait pas dire non », le personnage principal se retrouve, comme le titre l’indique, incapable de prononcer le mot « non ». Bien entendu, ses relations avec les autres en sont très affectées… Dans « Situations délicates », l’auteur présente quarante-cinq scènes cocasses et surprenantes dans lesquelles le narrateur se trouve en situation embarrassante face aux autres. Tandis que dans « L’Amour sans le faire », les protagonistes, Frank et Louise, sont deux êtres un peu perdus qui ont du mal à exprimer leurs sentiments et vivent emmurés dans une douloureuse solitude. Quant aux nouvelles de « Combien de fois je t’aime », elles témoignent toutes à leur manière de cette difficulté à vivre le lien à l’autre

Dans plusieurs de ses textes, Serge Joncour fait la part belle aux descriptions du monde rural, même si le regard qui est posé est plutôt ambivalent, partagé entre tendresse et sentiment d’étrangeté. Son premier roman, « Vu » se déroulait dans un petit village en rase campagne. Le deuxième, « U.V. », avait pour cadre l’île de Bréhat (Bretagne) qui ne compte que quelques centaines d’habitants. « Bol d’air » (2011) et « L’Amour sans le faire » (2012) racontent tous deux le retour d’un homme dans la ferme parentale. Si les décors semblent plutôt sombres et oppressants dans le premier, le second est au contraire l’occasion d’un hommage lumineux à la région du Lot. Pour autant, le personnage principal, s’il y est sensible, peine à trouver une relation apaisée avec le lieu.

Observateur aigu, Serge Joncour ne manque pas d’épingler les travers et les absurdités de la société d’aujourd’hui. Ainsi, dans « Combien de fois je t’aime », l’amour se vit par boîte de messagerie ou par téléphone interposé. Le mythe de la jeunesse éternelle est également abordé dans la nouvelle « Demain on sera jeune ». Dans « Kenavo », dans « Vu » et dans « L’Idole », les fantasmes de célébrité sont dénoncés avec humour. Ainsi, dans « L’Idole », Georges Frangin, un homme tout à fait ordinaire, se découvre soudain célèbre sans connaître les raisons de ce subit bouleversement. S’en suit une série de situations aussi rocambolesques que savoureuses…

Parmi les auteurs qui l’ont profondément marqué, il cite des noms aussi divers que Bernard Clavel, Marguerite Duras, Huysmans, Gustave Flaubert ou Louis-Ferdinand Céline. Pourtant si certains textes comme « Voyage au bout de la nuit » de Céline ou « Don Quichotte » de Cervantès l’ont profondément impressionné, ils ne lui ont pas forcément permis d’écrire, justement parce qu’ils lui semblaient trop inaccessibles. En revanche « Bouvard et Pécuchet » de Flaubert a été déterminant à cause de l’humour, « Thérèse Raquin » d’Emile Zola lui a appris l’espace du roman et « Le Septentrion » de Louis Calaferte a été un véritable déclencheur. Il se dit en effet fasciné par ce livre qui a été pour lui une révélation et l’a décomplexé socialement. Le cinéma l’inspire aussi parfois. Ainsi, il reconnaît avoir écrit son roman « U.V. » en pensant à l’univers du cinéaste Claude Chabrol. Ce dernier avait d’ailleurs acheté les droits du roman, sans que pour autant le film ne se fasse à l’époque.

Quand il écrit, Serge Joncour n’a pas vraiment de plan, en revanche il s’appuie sur des cahiers de notes remplis de phrases, de courtes séquences, d’idées. Il a toujours plusieurs stylos sur lui, au cas où une inspiration lui viendrait… Il écrit généralement l’après-midi et se coupe pour cela du monde pendant plusieurs heures : pas de téléphone, pas d’Internet et des boules quiès pour être sûr de ne pas être dérangé par le bruit ! Il se relit volontiers en faisant des haltères…

Œuvre :

Romans et nouvelles :

  • Vu, Le Dilettante, 1998, Folio, 2000 – Prix Jean-Freustié en 1999
  • Kenavo, Flammarion, 2000
  • Situations délicates, (nouvelles), Flammarion, 2001
  • In vivo, Flammarion, 2002
  • V., Le Dilettante, 2003 – Prix France Télévisions en 2003. Adapté au cinéma en 2007 – Traduit vers l’allemand par Nathalie Mälzer-Semlinger: Ultraviolett, Klett & Cotta, 2008
  • L’Idole, Flammarion, 2004 – Prix de l’Humour noir Xavier Forneret 2005 – Adapté au cinéma en 2012 sous le titre Superstar par Xavier Giannoli.
  • Les Collègues, L’idée bleue, 2006
  • Que la paix soit avec vous, Flammarion, 2006
  • Combien de fois je t’aime, (nouvelles), Flammarion, 2008
  • L’Homme qui ne savait pas dire non, Flammarion, 2009
  • Bol d’air, Les Éditions du moteur, 2011
  • L’Amour sans le faire, Flammarion, 2012 – Prix littéraire des Hebdos en Région 2013
  • L’Écrivain national, Flammarion, 2014 – Prix des Deux Magots 2015
  • Repose-toi sur moi, Flammarion, 2016 – Prix Interallié 2016

Ouvrages collectifs :

  • D’après l’émission radiophonique Des Papous dans la tête sur France Culture:
    • Les Papous dans la tête, l’anthologie, dir. Bertrand Jérôme et Françoise Treussard, Gallimard, 2007
    • Le Dictionnaire des Papous dans la tête, dir. Françoise Treussard, Gallimard, 2007

Prix et distinctions

  • Prix Jean-Freustié 1999 pour Vu
  • Prix France Télévisions 2003 pour V.
  • Prix de l’Humour noir Xavier Forneret 2005 pour L’Idole
  • Prix littéraire des Hebdos en Région 2013 pour L’Amour sans le faire
  • Prix des Deux Magots 2015 pour L’Écrivain national
  • Prix Interallié 2016 pour Repose-toi sur moi

Adaptations cinématographiques

  • Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma :
    • V. (2003) adapté en 2007 par Gilles Paquet-Brenner sous le titre éponyme U.V..
    • L’Idole (2004) adapté en 2012 par Xavier Giannoli sous le titre Superstar.

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