Besson Philippe ♦ Arrête avec tes mensonges

Arrête avec tes mensongesPhilippe Besson nous livre un très beau texte, intime, cru, pour nous relater une histoire d’amour qu’il a vécu adolescent à Barbezieux en 1984 : une belle et clandestine histoire avec un jeune homme.

Il a 17 ans, c’est l’année du bac et il sait déjà qu’il « préfère les garçons ». Les autres s’en doutent. Mais Philippe ne le formule pas encore et laisse dire. Il a le coup de foudre pour Thomas, un élève d’une autre classe, à qui il n’a aucune raison d’adresser la parole un jour, et qui de toute façon, lui, préfère les filles, visiblement. Et pourtant….

Première incursion de Philippe Besson dans l’autofiction. Ici, il revisite son enfance, ressuscitant la figure paternelle. Un père qui ordonne, un fils qui obéit… Puis, le lycée de Barbezieux : il s’arrête sur son adolescence qui le rapproche de cet inconnu qui a repéré «  le garçon des livres » et sa différence. C’est cette différence, comme un ovni, qui lui vaut quolibets, insultes, mais il a su s’aguerrir.

Si le narrateur découvre son orientation sexuelle dès onze ans, se montrant déjà curieux du corps de l’autre, c’est lors de l’hiver 1984 qu’il tombe amoureux.

De passage dans sa région natale, le narrateur, qui n’est autre que Philippe Besson, aperçoit au détour d’une rue une silhouette, un visage, dont la ressemblance avec son premier amour le frappe tel un coup de poignard.

S’ensuit le récit de la rencontre, vingt-cinq ans plus tôt, entre deux adolescents que tout oppose. L’un, plutôt timide, est fils d’instituteur, élève studieux et lecteur chevronné. L’autre est enfant de paysans, rebelle, charismatique et mystérieux, coqueluche des filles du lycée. Tous deux sont des enfants non désirés. Tous deux en terminale. Ils ont déjà participé à des vendanges, suivi le catéchisme. L’un est brillant, écoute Goldman, l’autre écoute Téléphone, aime la terre, la ferme. L’un s’assume, l’autre vit dans «  l’autocensure, le refoulement », le silence. L’un aura soif d’ailleurs, tel un globetrotter, l’autre nous réserve des surprises.

Leur attirance est immédiate, sans équivoque. Leurs étreintes clandestines se déroulent dans un émerveillement teinté de culpabilité et de déni. Le secret qui les entoure n’en accentue que davantage l’intensité. Mais Thomas se montre incapable d’exprimer ses sentiments, d’accepter ce qu’il est. Il disparaît de la vie du narrateur aussi soudainement qu’il y était entré, laissant au jeune Philippe la blessure d’un premier amour au goût d’inachevé.

Lorsque ce récit prend fin, des années après, l’auteur apprend avec une infinie tristesse que le Thomas si lumineux de sa jeunesse a passé sa vie à tenter de contrecarrer sa nature, à la dissimuler aux yeux de tous, précipitant ainsi sa fin tragique.

A l’âge des possibles, deux destins s’ébauchent inéluctablement sous nos yeux : celui d’un jeune homme sur le point de nier l’évidence, de basculer à vie dans le mensonge, et celui d’un autre qui deviendra romancier, bâtisseur de fictions, conteur d’histoires. Le récit de leurs amours dresse un constat terrible et poignant, exempt de tout jugement moral, sur la difficulté d’être soi dans certains contextes sociaux ou familiaux.

À travers le récit autobiographique d’un amour de jeunesse, Philippe Besson met en scène un combat implacable entre vérité et mensonge.

L’auteur :

Philippe bessonPhilippe Besson, né à Barbezieux-Saint-Hilaire le 29 janvier 1967, est un écrivain français, anciennement homme d’affaires. Il est également critique littéraire et animateur de télévision.

Fils d’un père instituteur et d’une mère clerc de notaire (il n’a aucun de lien de parenté avec Patrick Besson), il passe son enfance en Charente, dans un petit village.

Il entre en 1984 au lycée Montaigne de Bordeaux où il suit une prépa HEC pour entrer en 1985 à l’Ecole supérieure de commerce de Rouen. Philippe Besson est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d’un DESS de droit.

En 1989, il s’installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social. Pendant près de 6 ans, il sera le bras droit de Laurence Parisot, en tant que DRH, puis secrétaire-général de l’Institut français d’opinion publique. Par la suite, il sera DRH de T-Online France – Club Internet.

En 1999, la lecture de récits d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale, l’incite à écrire son premier roman : En l’absence des hommes.

Ce premier ouvrage est publié en 2001 par les éditions Julliard. Le roman, qui met en scène le personnage de Marcel Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès, décerné par l’Académie Goncourt.

La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du Prix Femina. L’adaptation cinématographique qu’en fera Patrice Chéreau en 2003, recevra l’Ours d’argent au festival de Berlin.

L’Arrière-saison, roman publié en 2002, est récompensé par le Grand prix RTL-Lire 2003, année où paraît Un garçon d’Italie qui se voit sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis. Conforté par l’intérêt que suscitent ses ouvrages, Philippe Besson décide alors de se consacrer exclusivement à l’écriture.

Édité en 2004, son cinquième roman, Les Jours fragiles, centré sur les derniers jours d’Arthur Rimbaud, retient l’attention du cinéaste François Dupeyron. Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, pour une éventuelle adaptation au cinéma.

En 2006, L’Enfant d’octobre suscite une polémique dès sa sortie. Ce roman raconte l’affaire Gregory sous une forme romancée, alors que les différents acteurs de ce drame sont encore vivants. Pour se défendre, l’auteur souligne le fait que la mort et l’absence d’un être aimé sont des thèmes récurrents dans ses œuvres. Le roman est néanmoins salué par une partie de la critique, en dépit de son inspiration d’un fait divers encore frais dans l’actualité.

Changement de registre en 2007 avec le très mélancolique Se résoudre aux adieux. Philippe Besson ne cesse de surprendre et d’intriguer.

En mars 2007, il a signé avec 150 personnes un texte qui appelait à voter pour Ségolène Royal, candidate à l’élection présidentielle, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance ».

En 2009 il publie Un homme accidentel, dont l’intrigue se déroule à Beverly Hills et il participe avec d’autres auteurs à Huit, un recueil de nouvelles sur les objectifs pour le développement.

Toujours en 2009, il s’intéresse encore une fois aux Etats-Unis dans La trahison de Thomas Spencer, qui raconte la vie de deux amis nés le même jour.

À la rentrée 2010, il commence l’animation de l’émission Paris Dernière, sur Paris Première.

En 2011 il publie Retour parmi les hommes et écrit le scénario de Raspoutine de Josée Dayan pour la télévision. Il soutient l’action de l’association Isota qui milite pour le mariage et l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Jusqu’en 2013, il tient une chronique régulière dans le magazine à destination de la communauté « gay Têtu ».

En 2012, il publie Une bonne raison de se tuer et participe au jury du festival LGBT Chéries-Chéris au Forum des Images.

Son livre Vivre vite, consacré à James Dean, paraît en janvier 2015, année anniversaire des 60 ans de la mort de l’acteur le 30 septembre 1955.

S’affirmant aussi comme un scénariste original et très personnel, il a signé le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise Rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Un homme accidentel sera prochainement adapté au cinéma. Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard puis reprise à l’automne 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse.

 

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