Haruf Kent ♦ Nos âmes la nuit

Nos âmes la nuitDans la petite ville de Holt, Colorado, petite ville conventionnelle américaine où les cancans et mesquineries vont bon train, et déjà théâtre des événements du Chant des plaines, Addie Moore, 75 ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis Waters, également veuf.

Voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie, pour combler la solitude des nuits en se racontant la vie passée, les conjoints disparus, les enfants, les souvenirs, les drames et les désirs ratés. Apprendre aussi à se connaître et de se détacher du regard des autres ? Elle lui précise néanmoins que sa proposition n’est pas une invite sexuelle.

La solitude est parfois si dure… Qu’y a-t-il de mal à ne plus vouloir être seule ? À espérer se coucher le soir avec, à nos côtés, quelqu’un qui nous souhaiterait bonne nuit, nous embrasserait doucement. Fermer les yeux à la nuit tombée, en sachant que le lendemain, nous les ouvrirons à nouveau sur un visage aimé, nous offrant là, au petit matin, le premier sourire et « bonjour » de la journée ? Est-ce trop demander, quand on a passé les soixante-dix années et que la vie nous a laissé veuve, avec la peur, la nuit, pour toute compagne, que de ne plus vouloir rester seule dans son lit ? Voilà ce qui pousse Addie à frapper à la porte de son voisin pour lui proposer ce marché.

Un peu surpris et bravant les cancans, Louis va pourtant se faire un plaisir de tenter l‘aventure. Il se rend donc régulièrement chez Addie et de nuit en nuit. Les voilà qui entament donc des soirées pyjamas et brosses à dents, des confidences sous la couette, une franchise tronquée. Ils se racontent à mots comptés et avec des émois d’adolescent, leur couple respectif, leur sexualité évanouie en pleine jeunesse, leurs rêves ratés, l’absence de joie, les drames, la mort.

Une complicité et une forme d’amour va rapprocher les deux solitaires. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble.

Mais voilà, bientôt, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et surtout par peur du qu’en-dira-t-on : Le fils d’Addie, Gene, qui marche avec légèreté à côté de ses pompes, sauf pour appeler maman quand il a besoin d’argent ou faire garder son gosse, Jamie, victime du désamour parental ; la fille de Louis, Holly, qui se souvient épisodiquement de son paternel à Noël, mais qui rapplique fissa face à la rumeur publique qui enfle et brode.

Ce livre est un hymne à l’amour et la tolérance, sans mièvrerie ni ridicule, et à la fois une mise en lumière de notre étroitesse d’esprit, de l’emprise des convenances dans nos vies et de la manière dont on aborde le sujet de l’amour et de la solitude passé un certain âge.

C’est le dernier livre écrit par Kent Haruf qui est décédé juste après sa parution, en 2014.

L’auteur :

Kent HarufKent Haruf, né le 24 février 1943 à Pueblo au Colorado et mort le 30 novembre 2014, est un écrivain américain.

Fils d’un ministre méthodiste . Il a obtenu un baccalauréat de la Nebraska Wesleyan University en 1965, où il enseignera plus tard, et obtiendra un Master Of Fine Art de l’ Iowa Writers ‘Workshop à l’ Université de l’Iowa en 1973.

Avant de devenir écrivain, Kent Harouf a commencé à exercer, dans la grande tradition des écrivains américains, quantité de métiers avant de se consacre à l’écriture. Il a travaillé dans un élevage de poulets dans le Colorado, sur un chantier de construction dans le Wyoming, dans un hôpital de réadaptation à Denver, dans un hôpital de Phoenix, dans une bibliothèque présidentielle dans l’Iowa. Pendant deux ans il a enseigné en tant que professeur d’anglais avec le Corps de la Paix en Turquie.

Durant la guerre du Vietnam, il obtient le statut d’objecteur de conscience et effectue son service civil dans un hôpital et un orphelinat.

Il enseigne ensuite plusieurs années dans un lycée et vend, à quarante ans, en 1984, sa première nouvelle à un magazine.

Kent Haruf a connu quasiment dix années de passage à vide après la publication d’un premier roman dans les années 1980 : « The Tie That Binds » (1984) qui raconte l’histoire d’une femme de 80 ans des hautes plaines américaines accusée de meurtre. Ce roman a reçu un Whiting Award et une mention spéciale Hemingway Foundation / PEN .

Son second roman « Where You Once Belonged» a suivi en 1990. Un certain nombre de ses nouvelles ont paru dans les magazines littéraires.

Le succès est arrivé en 1999 avec Le Chant des plaines (Plainsong) chez Robert Laffont, 2001, acclamé par la critique, plébiscité par les lecteurs dans le monde entier et lauréat de nombreux prix littéraires.

« Eventide », une suite de Plainsong, a été publié en 2004.

Tous les romans de Kent Haruf ont lieu dans la ville fictive de Holt, dans l’est du Colorado. Cette petite ville est basée à Yuma, Colorado , une des résidences de Kent Haruf au début des années 1980.

Kent Harouf a reçu le Prix de Dos Passos de littérature en 2006.

Le 30 novembre 2014, Haruf est mort à son domicile à Salida, Colorado où il vivait avec sa femme Cathy, à l’âge de 71 ans. Il est décédé d’une maladie pulmonaire interstitielle.

Il a eu trois filles de son premier mariage.

 

Œuvres traduites en français

  • Le Chant des plaines – « Plainsong » –  2001
  • Colorado blues – « Where you once belonged » – 2002
  • Les Gens de Holt County – « Eventide » – 2006
  • Nos âmes la nuit – « Our Souls at Night » – 2016

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