Barbeau-Lavalette Anaïs ♦ La femme qui fuit

la-femme-qui-fuitAnaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle n’en savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne.

En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.

Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.

Anaïs Barbeau-Lavalette s’est inspirée de la vie de sa grand-mère, Suzanne Meloche, une peintre et poète automatiste, qui abandonna ses enfants pour suivre « ses désirs les plus profonds ». Sans cautionner le geste, la romancière sonde le rapport conflictuel entre maternité et création. Elle situe aussi cette décision dans le contexte de l’époque. Nous sommes en 1952, au lendemain de la parution du Refus global, un manifeste qui s’oppose aux valeurs conservatrices du Québec duplessiste. La fuite de Suzanne Meloche s’inscrivait-elle dans le « sauvage besoin de libération » revendiqué par ce texte révolutionnaire? Était-ce le prix à payer pour vivre sans entraves? En reconstituant le passé de cette femme artiste, qui militera ensuite pour les droits civiques des Noirs américains, Anaïs Barbeau-Lavalette nous fait traverser le siècle telle une comète incandescente, à la limite du vacillement.

Anaîs Barbeau Lavalette nous parle de la douleur de sa mère, de ce trou au cœur et à l’âme qui jamais ne se refermera. Une vie dans l’attente d’une mère. Mais l’auteur nous parle aussi des femmes artistes à une époque où celles-ci devaient rester dans leur cuisine. Suzanne Meloche, qui deviendra Suzanne Barbeau, poète, peintre, amoureuse, militante passera sa vie à chercher, à toujours aller plus loin sans jamais se retourner et à la suivre ainsi, l’auteur nous parle d’une époque. Tout un pan de l’histoire du Québec nous est décrit. On traverse la crise, la guerre, on vit avec les artisans du « Refus Global » ne pouvant accepter une société vivant dans le passé. On fréquente les ateliers de peintres tels Riopelle, Borduas, Pollock. On est invité aux soirées enfumées pleines des mots et des rêves de Gauvreau et autres poètes. On subit Duplessis, sa noirceur et sa répression. C’est une époque où tout vibre, où tout est à construire au Québec.

Pas d’apitoiement, pas de larmoiement mais plutôt un ton toujours juste, toujours vrai , pour nous parler de cette grand-mère que l’auteur n’ a pas connue, pour nous parler de cette « femme qui fuit »: la mère de sa mère. Un style qui pourrait être repoussant mais au contraire qui nous happe totalement. Ces phrases courtes, ce rythme, ces mots, ce récit nous envoutent et on ne peut plus lâcher cette lecture.

L’auteur :

anais-barbeau-lavaletteAnaïs Barbeau-Lavalette est une réalisatrice québécoise née le 8 Février 1979, à Montréal.

Elle est la fille de Manon Barbeau, cinéaste et metteur en scène, et de Philippe Lavalette, directeur de la photographie. Elle est la petite-fille de l’artiste canadien Marcel Barbeau, qui a étudié Paul-Émile Borduas, et est connu pour être l’un des premiers non-figuratifs peintres au Canada.

Elle est détentrice d’un baccalauréat de l’Université de Montréal en Études Internationales et diplômée de l’Institut national de l’image et du son (INIS) en 2002.

Après des études au CEGEP en lettres et cinéma, à 21 ans, elle est partie seule au Honduras pour un an avec une vieille caméra. Elle s’est retrouvée au sein d’une petite ONG s’occupant des enfants des bidonvilles. Elle a monté avec eux une pièce inspirée du conte mythique de Saint Exupéry : «Les Petits princes des bidonvilles» qui obtient le Prix du Public Festival Muestra Cultural de Montréal. Depuis, son implication sociale se poursuit sans relâche.

Elle étudie par la suite en Études Internationales à l’Université de Montréal, à l’INIS (Institut national de l’image et du son) et à l’Université Birzeit, à Ramallah (Palestine).

Après ses études à l’INIS, elle coréalise en 2001, « Buenos Aires, no llores », documentaire tourné en Argentine et sélectionné dans de nombreux festivals internationaux : Meilleur court métrage documentaire au Festival de Cherbourg et en compétition au FIPA de Biarritz.

Puis, en 2002, une fois sa formation terminée et sélectionnée parmi plusieurs centaines de candidats, elle participe à « l’Odyssée du volontariat », périple de plusieurs mois qui la conduit aux quatre coins du monde et où elle réalise une quinzaine de court-métrages documentaires sur le thème du volontariat. Elle s’est dit qu’il fallait qu’elle fasse quelque chose de concret. Pour les enfants de Montréal. Elle s’est dirigée vers le Dr Gilles Julien, qui consacre sa vie aux enfants défavorisés, notamment ceux du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Le Dr Julien lui a fait rencontrer une fille de 12 ans, Geneviève, dont la mère avait des problèmes de consommation. «Je suis devenue sa Grande Sœur. Aimer une petite fille au quotidien, lui faire découvrir une autre réalité, ça n’a rien à voir avec la réalisation d’un film ou l’écriture d’un livre. C’est une expérience concrète. Geneviève a 20 ans maintenant, et je suis fière d’elle ». C’est à Geneviève, et au Dr Julien avec qui la cinéaste a mis sur pied un programme de parrainage pour les enfants démunis, qu’elle a dédié « Je voudrais qu’on m’efface ».

C’est dans Hochelaga qu’elle a tourné une partie du documentaire « Si j’avais un chapeau » (2005), qui reçut une mention spéciale du jury aux Journées du cinéma africain et créole des Vues d’Afrique. Il fut nommé “Meilleur Documentaire Société” et “Meilleure Recherche” aux Prix Gémeaux en 2006, qui donne la parole à des enfants au Québec, en Inde, en Tanzanie et en Palestine.

Entretemps, elle a signé plusieurs documentaires, dont « Les mains du monde », abordant le thème de l’engagement et une réflexion sur le don de soi. Ce documentaire allait la conduire jusqu’en Palestine et l’amener à rencontrer le chef de l’OLP, Yasser Arafat, peu de temps avant sa mort.

En 2007, elle tourne le documentaire « Tap-Tap », portrait poétique de la communauté haïtienne de Montréal ainsi que « Le Ring », un premier long-métrage de fiction, tourné dans Hochelaga très bien reçu par la critique, qui sera notamment sélectionné aux prestigieux Festivals : de Pusan, de Berlin, de Camérimages en 2008 et primé aux Festivals de Madrid, d’Aubagne, de Vladivostok, de Taipei et de Kiev.

C’est à Hochelaga qu’elle a découvert le jeune Maxime Desjardins-Tremblay, qui incarne dans le film le petit résilient passionné par la lutte.

En 2009, elle réalise le documentaire « Les Petits Géants », coréalisé avec le jeune cinéaste et acteur Émile Proulx-Cloutier, dans lequel on suit des jeunes issus d’un milieu défavorisé qui montent un opéra de Verdi qui remporte le Prix Gémeaux du Meilleur Documentaire et sera présenté en Clôture des Rendez-vous du Cinéma Québécois 2009. Les enfants. La résilience : Ce sont des thèmes qui reviennent dans son œuvre.

La même année, elle réalise « Se souvenir des cendres », documentaire suivant l’aventure créative du film « Incendies » de Denis Villeneuve, qui remporte à son tour le Prix Gémeaux du Meilleur documentaire en 2010.

A l’automne 2010, elle publie son premier roman « Je voudrais qu’on m’efface », chez Hurtubise, puis chez Bibliothèque Québécoise, une fiction, nourrie de personnages réels, des enfants écorchés mais résilients, rencontrés dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, vivant dans le même immeuble à loyer modique. Son livre se retrouve parmi les finalistes au Prix des libraires du Québec 2011, catégorie Roman québécois.

Puis elle publie ses chroniques de voyage en Palestine « Embrasser Yasser Arafat », aux Éditions Marchand de feuilles. À la télévision, elle signe la réalisation de la série documentaire « Les Voix Humaines » pour ARTV et tourne un documentaire sur la chorégraphe Marie Chouinard.

En 2012, son nouveau long-métrage, « Inch’Allah », produit par Micro_Scope, est sélectionné aux Festivals de Toronto et de Berlin, où le film remporte le prix FIPRESCI, prestigieux prix de la critique internationale, ainsi qu’une mention spéciale du Jury œcuménique. Pour ce long métrage, elle a dirigé, en  pays musulman, un plateau de 100 personnes avec, à ses côtés, son poupon nouveau-né !

Elle est aussi nommée Artiste pour la Paix 2012.

Au printemps 2013, la Place des Arts lui offre une carte blanche, en duo avec Émile Proulx-Cloutier. Elle monte donc le Cabaret Multi « Vous êtes libres ».

Elle a aussi tourné des vidéoclips pour Catherine Major, Samian, Thomas Hellman, Dubmatique…

Entre deux films, elle continue de mettre en images les chansons des artistes qu’elle aime, en qui elle croit.

Et puis, elle participe régulièrement, comme cinéaste formatrice, à Wapikoni mobile. Ce projet fondé par sa mère permet aux jeunes autochtones du Québec de réaliser des films dans leur communauté.

Elle travaille actuellement à un nouveau documentaire « Choisir la Terre », produit par Esperamos Films, ainsi qu’à l’écriture d’un nouveau roman et d’un nouveau scénario, tout en accompagnant son film vendu dans une vingtaine de pays à travers le monde.

En 2015, elle a publié un roman basé sur la vie de sa grand-mère, Suzanne Meloche, « La femme qui fuit ».

Elle participe depuis cinq ans à l’aventure cinématographique du Wapikoni Mobile et réalise des vidéoclips (notamment ceux de Catherine Major, de Thomas Hellman et des rappeurs Samian et Dramatik).

Anaïs Barbeau-Lavalette est en couple avec Émile Proulx-Cloutier. Ils ont trois enfants. Deux garçons : Manoé, né en 2010 et Ulysse né en 2012 et une petite fille née en mars 2015.

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