Theorin Johan ♦ L’écho des morts

ECHO_DES_MORTS_couvAVCbande.qxdQuelle ambiance ! L’Echo des Morts repose sur une légende qui nous est contée dès le début du polar et selon laquelle les morts de l’année se réuniraient durant la nuit de Noël.

A partir de cette croyance, Johan Theorin construit toute une intrigue reposant sur les morts d’Aludden, la nouvelle demeure des Westin.

Un roman où le paysage est le personnage principal : L’île d’Öland, au sud de Stock­holm, saisie dans l’imminence de l’hiver. Aussi belle que menaçante, avec sa lande et ses chemins tourmentés par la glace et la neige, désertés par les touristes, la mer Baltique comme un fauve aux aguets, deux phares, nord et sud, en sentinelles ambiguës. Et une vieille maison où rôdent les fantômes de très anciennes mémoires de naufrages et de noyades, bâtie avec le bois d’un bateau échoué deux siècles plus tôt. Une terre de légendes où la fureur des tempêtes déchaîne les imaginations et marque la généalogie des hommes et des lieux.

Theorin parvient, en exploitant ce climat de mystère qu’il met en place dès les premières pages, à nous détourner complètement du vrai motif de son polar : Katrine Westin est-elle morte accidentellement ou l’a-t-on assassinée ? Après quelques pages, cette question devient secondaire et ce qui nous préoccupe, ce sont surtout les étranges manifestations surnaturelles animant la vie de Joakim Westin à Aludden : la porte de la grange qui semble s’ouvrir toute seule, la jeune Lydia Westin qui parle dans son sommeil et déclare voir sa mère et sa tante, toutes deux décédées, se promener autour de la maison…

Sur l’île d’Öland, au sud de Stockholm, l’hiver approche à grands pas. Le vent mugit, les vagues se fracassent sur la grève, le froid se fait mordant, la glace et la neige apparaissent au détour de la nuit. C’est presque le bout du monde, un coin perdu au bord de la mer Baltique, un paysage sauvage et rude, qu’il faut découvrir pour aimer, qui se gagne. Un paysage troublant où le passé semble vivre sa vie propre, où les morts reviennent les soirs de tempête, murmurent au plus profond du sommeil des vivants, un monde envoûtant et inquiétant où l’homme est faible face aux éléments. Seuls les deux phares demeurent droits dans la tourmente, immuables colosses de pierre, témoins muets du passé éclairant la nuit. Bien que le phare Nord ne s’allume que lorsqu’un habitant du domaine d’Aludden va mourir.

La nouvelle maison de la famille Westin a justement une vue directe sur les phares, et on dit même qu’elle aurait été construite au milieu du XIXème siècle pour loger le gardien des phares érigés juste en face, avec le bois d’épave et la cargaison de poutres d’un bateau de Hamburg, naufragé, précipité sur la grève par « un mur blanc de neige et de glace », une tempête d’une violence rare et dont tous les marins auraient péri un soir de tourmente, et les pierres d’une ancienne chapelle. On dit même qu’elle est hantée, ou bien qu’elle porte malheur à ses habitants, et d’ailleurs il semble que la vieille bâtisse s’anime la nuit, des bruits suspects résonnent, des ombres inquiétantes semblent avoir pris possession de la grange attenante, les portes s’ouvrent d’elles-mêmes ; c’est une maison-mémorial où les noms des morts sont gravés dans le bois… Cela n’a pourtant pas empêché Joachim et Katrine, le jeune couple, de quitter leur belle villa de la banlieue de Stockholm pour venir s’installer sur ce coin perdu sur la lande avec leurs deux enfants. Ils sont heureux de se mettre à retaper cette vieille maison, et de pouvoir vivre enfin en harmonie avec eux-mêmes et avec la nature, loin du stress de la capitale. Katrine et les enfants Livia et Gabriel s’y installent alors que Joakim achève l’année scolaire au collège où il enseigne.

Mais le malheur rôde sur ces contrées et on retrouve le corps de Katrine, tombée à l’eau entre les deux phares et noyée. Joachim ne peut se résoudre à la perte de sa femme et s’enfonce dans un déni dangereux, autant pour sa santé mentale que pour celle de ses enfants, à qui il raconte que leur maman est partie, sans pouvoir dire cependant quand elle reviendra. Il ne s’occupe plus beaucoup des deux petits, les laissant souvent livrés à eux-mêmes pour aller explorer la grange (où il est persuadé de retrouver le fantôme de sa femme) ou tout simplement s’enfoncer dans son désespoir. Il ne comprend pas que son épouse puisse être tombée à l’eau, et c’est d’ailleurs l’avis de la jeune policière Tilda Davidsson chargée de l’enquête, qui vient d’arriver sur l’ile. Il apprend alors que dans le passé, les habitants de la ferme ont souvent été victimes d’accidents mortels. Les inquiétantes légendes d’Öland refont surface et Joakim se prend à imaginer qu’à l’instar d’autres esprits, Katrine pourrait revenir.

Le suspense s’épaissit. D’étranges cambriolages en série surviennent sur l’île. La jeune policière Tilda Davidsson qui mène l’enquête a bien du mal à dénouer tous ces fils qui s’entrecroisent.

Après L’Heure trouble, salué par la critique internationale, « L’Écho des morts » explore à nouveau l’atmosphère étrange de l’île d’Oland, où les Westin, une famille de Stockholm, ont décidé de s’installer définitivement.

Porté par l’écriture très personnelle de JohanTheorin, c’est un suspense où passé et présent s’entrecroisent dans un climat troublant, aux limites du fantastique.

L’auteur:

Johan TheorinJohan Theorin, né le 3 septembre 1963 à Göteborg, est un journaliste et romancier suédois, auteur de roman policier.

Sa famille compte des marins, des pêcheurs et, du côté de sa mère, des agriculteurs qui y ont vécu pendant des siècles sur l’île d’Öland, dans la mer Baltique, nourrit culturellement par le folklore insulaire et ses contes étranges. Il a passé tous ses étés dans l’île d Öland au Sud-Est de la Suède où se situe l’intrigue de son roman L’Heure trouble Ce cadre revient dans certains romans ultérieurs de l’écrivain.

Il exerce le métier de journaliste, puis écrit de courtes histoires publiées dans des revues et anthologies.

En 2007 paraît son premier roman L’Heure trouble (Skumtimmen) (Meilleur Roman Policier Suédois 2007). Traduit en vingt-cinq langues, le roman est adapté au cinéma par Daniel Alfredson en 2013. Ce premier roman est suivi par L’Écho des morts (Nattfåk, 2008), qui remporte le prix du meilleur roman policier suédois et le prix Clé de verre, et par Le Prix du sang (Blodläge, 2010) et Rörgast (2013) pour former une sorte de quatuor romanesque dont l’action se déroule principalement sur l’île d’Öland.

En 2010, lors de la remise du prix international « Crime Writers’ Association », Johan Theorin rafle le prix au nez et à la barbe de son compatriote, feu Stieg Larsson, pourtant considéré depuis le succès de Millénium comme le nouveau roi du policier suédois, et de la littérature scandinave en générale.

Son premier roman L’Heure Sombre bat ainsi le best-seller planétaire La Reine dans le palais des courants d’air, troisième volet de la trilogie Millénium.

Les trois romans de Theorin, qui fût journaliste (comme Larsson) se situent tous sur l’île baltique d’Öland. Depuis sa plus tendre enfance, l’écrivain en est un visiteur régulier. Il en apprécie le caractère bipolaire : accueillant et solaire en été, désert, inquiétant et morne en hiver. L’île est profondément enracinée dans sa généalogie, ses ancêtres –marins-pêcheurs, fermiers – prenant part au folklore local, et aux légendes étranges racontées par les plus vieux habitants.

À travers ce régionalisme, ses romans (L’Heure trouble, L’Écho des morts et Le Sang des pierres, paru en mars 2011, tous chez Albin Michel) se parent d’un réalisme souvent perturbant et d’accents surnaturels. Son dernier roman, Fin d’été, a remporté le Prix du meilleur polar suédois en 2015.

Johan Theorin réside toujours dans sa ville natale de Göteborg.

Œuvre :

Romans :

Série du Quatuor de l’île d’Öland

  • Skumtimmen (2007) – Publié en français sous le titre L’Heure trouble, traduit par Rémi Cassaigne
  • Nattfåk (2008) – Publié en français sous le titre L’Écho des morts, traduit par Rémi Cassaigne – Prix du meilleur roman policier suédois 2008 ; Prix Clé de verre 2009
  • Blodläge (2010) – Publié en français sous le titre Le Sang des pierres, traduit par Rémi Cassaigne
  • Rörgast (2013) – Publié en français sous le titre Fin d’été, traduit par Rémi Cassaigne

Autre roman

  • Sankta Psyko (2011) – Publié en français sous le titre Froid mortel, traduit par Rémi Cassaigne

Recueil de nouvelles

  • På stort alvar (2012)

Laisser un commentaire