Ovaldé Véronique ♦ Des vies d’oiseaux

des vies d'oiseaux Colombie, 1997. Gustavo et Vida Izarra habitent à Villanueva sur la Colline Dollars. Vida vient d’Irigoy, une ville pauvre dangereuse et violente où il y avait, selon la légende, une véritable communauté d’hommes chiens, qu’elle a quasiment effacée de sa vie. Gustavo l’a enlevée alors qu’elle était à peine âgée de vingt ans, autrefois comme un prince charmant. Maintenant, il est riche et il reçoit du beau monde. Elle, en vraie poupée, prisonnière de sa prison dorée, se pare pour accueillir les invités alors que ce qu’elle voudrait, dans sa belle robe, c’est « se glisser dans le jardin et disparaître entre les pierres et les agaves ». Gustavo a donc façonné la belle et fragile Vida à son image, celle-ci se contentant maintenant de jouer son rôle d’épouse discrète et de se cacher derrière l’avis de son cher mari.

On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo.

Monsieur Izarra avait tenu à appeler le poste de police, un soir d’octobre 1997, malgré l’heure tardive et le caractère sans urgence de son appel, afin de déclarer qu’il leur semblait avoir été cambriolés, mais que rien, et il avait insisté étrangement sur ce point, ne leur avait été dérobé.

Le lieutenant Taïbo, qui travaille dans un poste de police de Villanueva, une petite ville côtière que l’on peut situer dans un pays d’Amérique du Sud sans que l’on sache exactement où (peut-être est-ce tout simplement un pays fictif sorti tout droit de l’imaginaire de l’auteur?), a su immédiatement qu’il n’y avait rien d’urgent dans cet appel de M. Izarra. Il se doute bien que c’est une fausse alerte puisque rien n’a été dérobé.

« Mais quelqu’un a dormi dans mon lit », assure madame Izarra. En fait, tous les lits des six chambres de la demeure ont été défaits. Mais ce qui l’inquiète, en réalité, c’est le départ imprévu de sa fille Paloma, vingt ans, qui a choisi de mener avec son amant Adolfo une vie moins conventionnelle, à l’opposée de celle de ses parents. Et qui a peut-être décidé de fuir sa propre mère…

Il aurait très bien pu ne pas se déplacer chez les Izarra et ranger le dossier dans un fond de tiroir. Mais Taïbo est un homme juste et curieux malgré sa pudeur et son empathie, alors il se rend dans la villa des Izarra sur les collines de Villanueva, là où les maisons cossues aux immenses jardins surplombent la mer. et  le lieutenant Taïbo se retrouve avec plusieurs plaintes similaires les jours suivants.  

Mais Vida ne lui a pas tout dit, elle ne lui pas parlé de leur fille Paloma majeure qui s’est enfuie. Quand Vida a vu son lit défait, elle a su qu’il ne pouvait que s’agir de leur fille Paloma. Mais Augusto défend qu’on parle d’elle. Les deux amants squattent dans des maisons, les occupent pour une nuit ou deux. Vida elle aussi était d’originaire d’Irigoy mais maintenant elle est. Une vie où l’argent ne manque pas et où son mari , médecin, a la reconnaissance de tous.

Malgré l’heure matinale, M. Izarra, un riche chef d’entreprise, a déjà quitté pour le bureau. C’est donc avec Vida, sa femme, que Taïbo s’entretient. À 43 ans, Vida, qui a pourtant encore une silhouette agréable et une beauté intacte, se sent déjà vieille.

Alors que Taïbo venait au départ chez les Izarra pour enquêter sur cette histoire de jeunes qui investissent les villas des riches habitants pendant leur absence, il s’est immédiatement pris d’affection pour Vida. Pour elle, il a envie de retrouver sa fille, quitte à enquêter en dehors de ses heures de travail. Quant à Vida, elle n’a désormais qu’une envie : sentir la présence de Taïbo à ses côtés. Le lieutenant Taïbo lui offre son aide pour retrouver Paloma. Il est marqué à jamais par la douleur causée par le départ de sa femme. Une douleur non cicatrisée depuis dix ans, un poids qui l’emprisonne.

Aidée par Taïbo, qui enquête sur un couple de jeunes gens habitant clandestinement les demeures inoccupées de la région, Vida Izarra part à la recherche de sa fille. Une quête qui la conduira de l’Irigoy de son enfance aux recoins secrets de son cœur. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est amené à se défaire de ses liens, qu’ils soient conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister.

Tous les personnages sont de drôles d’oiseaux. D’abord Paloma, jolie blonde qui s’est envolée de l’enfer (doré) parental. Drôle d’oiseau aussi, sa mère, l’élégante Vida Izzara, dont le mari, riche et snob est persuadé d’être le premier à avoir découvert sa beauté.

Véronique Ovaldé nous raconte deux histoires d’amour singulières en parallèle, celles de deux couples pourtant différents, mais qui aspirent à la même chose, celle de se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister, sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène et de vivre leur amour au jour le jour en étant le plus possible fidèle à leurs valeurs et désirs.

 

L’auteur :

  Née en 1972 au Perreux-sur-Marne, Véronique Ovaldé est une écrivaine à l’imaginaire particulièrement fertile.

 Après le bac, elle entre à l’école Estienne à Paris (Ecole Supérieure des Arts et industries graphiques) où elle passe un BTS édition, une façon comme une autre d’entrer dans le milieu littéraire pour celle qui n’a pas eu la chance de naître au sein de ce cercle très fermé. Elle reprend ensuite ses études et se lance dans des études de lettres par correspondance, alors qu’elle travaille comme chef de fabrication et publie en 2000 un premier roman, « Le Sommeil des poissons », aux éditions du Seuil.

 En 2002, paraît « Toutes choses scintillant » aux éditions L’Ampoule, une deuxième œuvre remarquée.

 L’année suivante, elle signe chez Actes Sud « Les hommes en général me plaisent beaucoup ». Suivent « Déloger l’animal », l’un des romans incontournables de la rentrée littéraire 2005.

 Interrogée sur ce roman, un peu différent du courant littéraire du moment (ce roman n’est pas vraiment dans l’air du temps, dans la vie germanopratine = de saint Germain des prés), elle répond que ce qu’elle écrit est toujours un peu décalé par rapport au champ romanesque contemporain, principalement en raison de l’univers imaginaire et symbolique du roman.

 En 2006, elle publie « La très petite Zébuline », un livre jeunesse avec l’illustratrice Joëlle Jolivet, toujours chez Actes Sud.

 Dans son roman à la fois sombre et merveilleux « Et mon coeur transparent » aux Éditions de l’Olivier, publié en 2007, Véronique Ovaldé réussit une nouvelle fois à créer un univers singulier et reçoit le Prix France Culture/Télérama.

 En 2009, elle publie son septième roman au sein de la même maison d’édition : « Ce que je sais de Vera Candida », qui devient un nouveau succès. Il reçoit le prix Renaudot des lycéens, le prix France Télévisions et le Grand prix des lectrices de Elle.

Après le recueil de nouvelles « La Salle De Bains Du Titanic » (J’ai Lu), Véronique Ovaldé revient en 2011 avec « Des vies d’oiseaux » (Éditions de l’Olivier).

Ses ouvrages connaissent un succès grandissant et, depuis le début de sa carrière littéraire elle bénéficie d’une reconnaissance de la librairie et de la critique. Ses romans sont traduits dans de nombreuses langues (italien, espagnol, allemand, roumain, portugais, anglais, coréen, chinois, finnois, etc.).

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