Wright Éric ♦ La nuit de toutes les chances

La nuit de toutes les chancesLa Nuit de toutes les chances : la première enquête de Charlie Salter, le plus sympathique des policiers torontois ! Père de famille sans aspérité particulière, mari aux infidélités purement virtuelles, détective torontois au plan de carrière déglingué, quadragénaire à plusieurs kilos de la forme idéale, il est conciliant, généralement poli, capable de concentration.

Charlie Salter est malheureux : A la suite d’un changement à la direction du service de police de la ville de Toronto, une des métropoles du Canada, il a été relégué aux oubliettes et ne s’occupe plus que de broutilles. Un événement vient cependant tout changer : David Summers, un universitaire torontois, a été assassiné à Montréal lors d’un congrès, et l’enquêteur de la métropole québécoise aimerait qu’un policier de Toronto interroge les collègues et les proches de la victime.

Puisque l’arbitraire de la hiérarchie a décidé de le tirer de sa déprimante routine et de l’inviter à scruter le meurtre d’un universitaire trucidé à l’occasion d’un colloque à Montréal, il reprend vie et s’initie humblement aux mystères d’un monde codé et étanche. Son initiation est plausible et sympathique. Comprenant qu’il tient là sa chance de rentrer dans les bonnes grâces de ses supérieurs, Salter accepte l’affaire.

Or, le monde universitaire est un univers dans lequel les relations personnelles et professionnelles sont extrêmement complexes et Charlie nage bientôt dans une mer de questions qui fait naître en lui un terrible doute: Est-il suffisamment talentueux pour découvrir qui a tué David Summers ?

Tandis que Wright nous plonge dans une enquête bien tissée, on nous amène également dans la vie privée de Salter composée de ses deux fils, et sa femme. Comme toutes bonnes familles, ils ont des problèmes et Charlie, en tant que père et mari, doit corriger ses problèmes familiaux.

Ce premier roman a connu un succès immédiat et plusieurs commentateurs anglais l’ont expliqué par la personnalité de Salter. En fait, Salter est une sorte d’anti-héros. Il n’est admirable ni par ses prouesses physiques, ni par ses petites cellules grises, ni par son pouvoir de séduction, ni par l’acharnement d’un pitbull. C’est un gars bien ordinaire, un père de famille peu enthousiaste, un mari fidèle par crainte des complications (sa femme est particulièrement jalouse, ce qui ne l’empêche quand même pas de fantasmer), un coéquipier peu sociable parfois étonnamment bête avec ses collègues ou certains suspects, crise de la quarantaine, pas très progressiste mais capable d’apprécier un bon repas avec un collègue québécois aux tendances indépendantistes, et déterminé à résoudre un problème même s’il ne court pas après. Pour des raisons de politique interne, les autorités policières l’ont un peu tassé sur une voie de garage. Mais on sent que la réussite de son enquête le fait sortir du purgatoire administratif et que l’image négative qu’il a de lui-même se transformera au cours des dix années qui viennent.

L’auteur :

Eric WrightEric Wright, né le 4 mai 1929 à Kennington Park Road, dans le sud de Londres, en Angleterre dans une grande famille pauvre de dix enfants et décédé le 9 octobre 2015, était professeur d’anglais et auteur de romans.

Il était le fils de la couturière Caroline (Curnow) et du charretier Joseph Wright. Après avoir grandi à Lambeth , il a immigré au Canada en 1951. Il y a fait des études aux universités du Manitoba et de Toronto. Il arrive au Canada en 1951.

Wright est surtout connu pour sa série mettant en vedette Toronto et l’inspecteur de police Charlie Salter.

En 1957, il obtient son baccalauréat, et en 1963 il obtient une maîtrise à l’Université de Toronto. Il devient alors assistant à l’Université de Manitoba.

 A partir de 1958, et jusqu’à sa retraite en 1989, Wright a enseigné l’anglais à l’Université polytechnique Ryerson, à Toronto. Il était donc bien placé pour décrire la ville de Toronto et le milieu universitaire qui servent souvent de toile de fond à ses polars de facture classique : procédures d’enquête qui suivent un meurtre énigmatique, interrogations des suspects qui ont tous quelque chose à cacher, hypothèses trompeuses, rebrassage des suspects, fil directeur qui se tisse tranquillement, élagage, élucidation, soulagement de la tension et apaisement de la conscience.

Comme nous sommes sollicités depuis quelques années par des polars noirs, des tueurs en série sanguinaires, des thrillers politico-techno d’envergure internationale, et des profileurs d’autant plus efficaces que névrotiques, c’est certain que les romans de Wright ont un petit côté vieillot, une odeur d’antiquaire, le charme des vieux quartiers. Il semble que, de nos jours, Agatha Christie écrirait ce genre de polars.

Charlie Salter n’a sans doute pas le charisme et l’éclat d’un Poirot, mais il procède de la même façon, plus comme un détective que comme un policier avec son équipe, dans un milieu peint avec application et ironie.

Les villes de Toronto et de Montréal, à l’époque post-révolution tranquille, ne manquent pas de crédibilité: autant dans la manière d’y vivre (la comparaison entre les terrasses de la rue St-Denis et les chaises éparpillées de la rue Blair est convaincante, sans parler des bars de danseuses de la rue Sainte-Catherine) que dans la façon dont un policier de 46 ans y réagit. Les personnages sont suffisamment limités en nombre pour être développés avec pertinence.

Eric Wright, l’un des auteurs de fiction policière les plus honorés au Canada, a été quatre fois lauréat du prix Arthur-Ellis.

En 1984, il a gagné le tout premier prix avec le premier de ses romans mettant en scène Charlie Salter, « La Nuit de toutes les chances » (The Night the Gods Smiled). Il a récidivé deux ans plus tard avec « Une mort en Angleterre » (Death in the Old Country). Il a également été deux fois lauréat dans la catégorie nouvelle, la première fois pour «À la recherche d’un homme honnête» (dans le recueil Cold Blood : Murder in Canada), et la seconde pour «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.»

Outre les toujours populaires aventures de Charlie Salter, qui sont traduites chez Alire, Eric Wright tient également la chronique des aventures d’une détective, Lucy Trimple Brenner, d’un autre policier de Toronto, Mel Pickett.

Il est aussi l’auteur d’une biographie « Donne toujours un Penny à un homme aveugle » qui couvre son enfance pauvre dans un quartier ouvrier de Londres, puis son immigration au Canada et le début de sa carrière à l’Université.

Wright s’est construit une réputation internationale parmi les amateurs de mystère.  Il a également écrit, deux romans autonomes, « Tale Moodi e » et « Finding Accueil », une nouvelle « Dempsey Lodge », et une histoire courte « Twin ».

Le 9 Octobre 2015, Éric Wright est mort à Toronto, Ontario, d’un cancer du rein à l’âge de 86 ans. Il laisse dans le deuil son épouse Valérie, ses filles Jessica et Tory, son gendre Richard et sa petite-fille Poppy.

À l’automne de 2015, Éric Wright était sélectionné pour le prix « Crime Writers of Canada de Grand Master Award ». Il lui fut décerné à titre posthume mai 2016.

Série Charlie Salter :

  • 1 – The Night the Gods Smiled. 1983 – La Nuit de toutes les chances. 2004.
  • 2 – Smoke detector. Roman. Collins, 1984 – Une odeur de fumée. 2004.
  • 3 – Death in the Old Country. 1985 – Une mort en Angleterre, 2005.
  • 4 – A Single Death. Roman. 1986 – Mort d’une femme seule, 2005.
  • 5 – A Body Surrounded by Water. 1987 – Morts sur l’Île-du-Prince-Édouard, 2006.
  • 6 – Question of Murder. 1988 – Une affaire explosive, 2006.
  • 7 – A Sensitive Case. 1990 – Une affaire délicate, 2007.
  • 8 – Final Cut. Roman. 1991 – Mort au générique, 2008.
  • 9 – A Fine Italian Hand. 1993 – Mort à l’italienne, 2008.
  • 10 – Death By Degrees. 1993 – Une mort collégiale, 2009.
  • 11 – The Last Hand. Roman. 2002 – La Dernière Main, 2010.

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