See Lisa ♦ Fleur de Neige

Fleur de NeigeL’auteur Lisa See s’est rendue en Chine pour écrire son roman et pour nous faire découvrir les mœurs et coutumes de la Chine du XIXème siècle.

Elle donne la parole à une femme de plus de 80 ans, qui fait le bilan de sa vie, à travers la belle amitié des deux héroïnes : Fleur de Lis et Fleur de Neige. Nous sommes donc plongés dans le monde quotidien des femmes, le plus souvent enfermées dans une partie de l’habitation familiale qui leur est réservée. Nous suivons le parcours de deux héroïnes : Fleur de Lys, la narratrice et sa laotong (âme-sœur) : Fleur de Neige, qui s’étale sur 80 ans et s’articule autour de 4 parties :

1 = Jours d’enfance,

2 = Le temps des chignons : l’époque de l’adolescence et de l’apprentissage précédant le mariage

3 = Les années de riz et de sel : celles de la vie d’épouse, de mère, celles des tâches domestiques au sein de la belle-famille

4 = Assise au calme, la période du veuvage.

Ce roman nous fait plonger au cœur des traditions de la Chine de l’ancien régime au XIXème siècle, telles que le bandage des pieds dans le seul but de plaire à leur futur mari et maître et surtout de leur ôter toute indépendance, ou l’apprentissage d’une langue secrète pratiquée exclusivement par les femmes : « le nu shu ». Il nous livre toute la fatalité à naître femme dans une Chine ancestrale qui croule sous des traditions vieilles de milliers d’années. Née pour obéir, endurer, souffrir et catalyser tous les avatars du destin (avoir ou non des enfants, leur santé, la moralité même de leur mari, de leurs familles..), la femme est responsable de ses propres malheurs ainsi que ceux des autres !

Lisa See n’oublie pas non plus le contexte historique puisqu’elle place son intrigue à l’époque de la révolte des Taiping. Elle nous explique aussi tous les bouleversements liés à chaque changement d’empereur et les répercussions que cela peut avoir sur les familles. Quand ce ne sont pas les soldats impériaux ou les révoltés qui saccagent et ravagent la population, les fléaux naturels prennent le relais et effectuent aussi leur sinistre besogne ainsi la fièvre typhoïde qui décime une large partie de la population.

L’histoire commence lorsque Madame Wang, entremetteuse de jumelage, annonce à la mère de Fleur de Lis, fille de paysans née en 1823 et vivant à Puwei, que dans un autre village, une petite fille du nom de Fleur de Neige, d’origine aristocratique, petite fille de mandarin, est née le même jour, à la même heure et la même année que sa fille. Tous les signes concordent. Le destin de deux jeunes filles est lié à tout jamais. Elle veut arranger le mariage des deux filles et propose également qu’elles deviennent Laotong. Au cours de l’histoire, nous découvrirons que Madame Wang est également la tante de Fleur de Neige. De ce fait, nous comprendrons vers la fin du livre qu’elle a œuvré pour que sa nièce bénéficie d’une vie meilleure que celle à laquelle elle était destinée.

Malgré la pauvreté de sa famille, Fleur de Lis va devenir la laotong pour l’éternité de Fleur de neige, pour sa grande beauté et la perfection de ses petits pieds. Elles échangeront leurs secrets, et apprendront le «nu shu» (calligraphie que seules les femmes connaissaient). Elles attendront que leurs familles organisent leurs mariages et désireront mettre au monde des fils, car donner naissance à un garçon, c’est le couronnement de la vie d’une femme.

Les deux fillettes grandissent, mais si leur amour ne cesse de croître, la vie s’acharne à les séparer.

Alors que la famille de Fleur de Neige tombe en disgrâce –  nous apprenons vers le milieu de l’histoire que sa famille est complètement ruinée et « dissoute », la jeune fille contracte le mariage le plus infamant qui soit». Elle a pourtant reçu une excellente éducation durant sa jeunesse. Malgré cela, sa condition de femme issue d’une famille déchue la conduira à un mariage dans la plus basse des castes de la société. Fleur de Lis, quant à elle, par son union avec un notable de la ville voisine, acquiert reconnaissance et prospérité. Elle deviendra après la mort de sa belle-mère une personne importante et respectée de la ville sous son nom maritale «Dame Lu ».

Son attachement à son âme sœur Fleur de Neige lui est d’autant plus précieux que Fleur de Lis recherche désespérément à être aimée, elle qui n’a jamais connu aucun geste d’amour ou de tendresse de la part de ses parents.

Les mariages étant arrangés, elle n’espère pas d’amour de ce côté-là et reporte toutes ses attentes sur sa laotong avec tous les risques qu’un amour unique peut comporter. C’est alors que Fleur de Lis découvre que sa laotong l’a trahie.

Fleur de Lis commencera à découvrir la vie réelle de Fleur de Neige. La découverte de ce mensonge provoquera chez Fleur de Lis un doute permanent vis-à-vis de sa Laotong qui s’accroîtra chaque jour. Par la suite, leur relation sera épisodique de fait de leur condition familiale et sociale différentes. Lors de leurs rencontres à cette période, Fleur de Lis abreuve Fleur de Neige de conseils pour qu’elle puisse améliorer sa vie sans prendre le temps de comprendre et d’analyser la situation réelle de sa Laotong. Laquelle, garde ses émotions pour elle-même. Fleur de Neige, supportant mal la séparation, constitue autour d’elle une communauté de « sœurs adoptives ». Cette action sera perçue par Fleur de Lis comme la trahison ultime. A partir de ce moment, Fleur de Lis se met à rejeter sa Laotong jusqu’au jour de la mort de cette dernière. C’est à ce moment qu’elle comprend la vérité : l’amour réel et profond de Fleur de Neige à son égard et l’erreur de son attitude vis-à-vis de cette dernière.

Le début du roman est assez dur pour le lecteur sensible, car Lisa See nous évoque immédiatement la tradition des pieds bandés, coutume qui aura perduré jusqu’au milieu du XXème siècle. Elle nous explique par le détail comment les femmes procédaient au bandage des pieds.

Toutes les petites filles devaient subir un rituel qui relève de la pure mutilation. Le bandage commençait à l’âge de cinq ou six ans, parfois plus tôt, et nécessitait environ deux ans pour atteindre la taille jugée idéale de 7,5 centimètres, ou lotus d’or. Après avoir baigné les pieds dans de l’eau chaude ou du sang animal mélangés à des herbes médicinales, les orteils, à l’exception du gros orteil, étaient pliés contre la plante du pied, et la voûte plantaire, courbée, pour réduire sa longueur et donner au pied la forme d’un bouton de lotus. Le pied était ensuite placé dans une chaussure pointue, de plus en plus petite au fil des semaines. Les fractures, volontaires ou accidentelles, étaient fréquentes, en particulier si le bandage commençait à un âge tardif. Les bandes devaient être quotidiennement changées, ainsi que les pieds lavés dans des solutions antiseptiques. Malgré cela, le taux de mortalité des suites de septicémie est estimé à 10 %.Les orteils, privés d’une grande partie de l’irrigation nécessaire, se nécrosaient rapidement. Les voir tomber n’était pas une mauvaise nouvelle, car cela permettait d’obtenir un pied encore plus petit. De manière générale, la circulation sanguine était largement perturbée et rendait les pieds particulièrement douloureux en hiver. En été, le profond pli qui apparaissait entre le talon et la plante du pied était le siège de multiples infections.

Le but est d’obtenir les pieds en forme de « lis dorés » les plus jolis, afin de pouvoir contracter le meilleur mariage possible.

Ce rituel est un vecteur d’ascension sociale puisque ce critère permet même à une femme d’origine modeste de pouvoir envisager une union avec une famille de statut plus noble. La fillette qui refuse de se soumettre à cette torture volontaire est condamnée socialement à ne pas se marier et, dans le meilleur des cas, à travailler au service des autres sans bénéficier d’aucune protection. Cependant la pratique des pieds bandés est une pratique extrêmement douloureuse et dangereuse puisque 1 fillette sur 10 n’y survit pas. D’autres peuvent connaître des complications qui les handicapent à vie. Mais de toute façon, jamais plus une femme aux pieds bandés ne pourra parcourir de longues distances à pied. Peu importe puisque dans la société chinoise de l’époque, une femme reste cloîtrée dans ses quartiers, s’occupe de son foyer, des travaux de couture, de ménage, de cuisine.

Les relations au sein de la famille sont expliquées dans toute leur complexité : le rôle des épouses, des mères, du mari, des concubines, la place des enfants selon leur sexe. Les relations extra familiales apparaissent aussi à travers la coutume des sœurs adoptives qui accompagnent une jeune fille jusqu’à son mariage et celle du laotong qui consiste à unir deux petites filles dont tous les signes concordent, un lien très puissant puisqu’il est censé durer toute la vie.

L’auteur :

Lisa See author photo

Lisa See est une écrivaine américaine d’origine chinoise.

Elle est née le 18 février 1955 à Paris mais a grandi à Los Angeles la ville où son arrière-grand-père immigré lorsqu’il quitte son village chinois au début du siècle dernier pour y devenir le parrain du Chinatown de Los Angeles. Elle vivait avec sa mère, mais a passé beaucoup de temps avec la famille de son père dans le quartier chinois.

Lisa See est l’auteur de « La Mort Scarabée » (Calmann-Lévy, 1998), roman nommé aux Edgar Awards, « The Interior et Dragon Bones », ainsi que de « On Gold Mountain, » mémoires unanimement saluées par la critique.

L’Organisation des Femmes Chinoises Américaines l’a nommée en 2001 Femme de l’Année.

C’est avec Fleur de neige (2006) qu’elle rencontre un réel succès, puisque ce roman est traduit dans vingt-trois pays.

Après Fleur de Neige, succès dans le monde entier, et Le Pavillon des pivoines, « Filles de Shanghai » est son troisième roman chez Flammarion. Elle vit à Los Angeles.

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