Adam Olivier ♦ A l’ouest

A l'ouestPortrait d’une famille à la dérive. « À l’ouest » est un très beau texte qui pose le sens de l’existence humaine.

Avec une écriture épurée, une économie de mots, Olivier Adam dessine trois personnages bouleversants de tristesse, de susceptibilité, de solitude. C’est l’histoire simple d’une famille au quotidien : une mère, Marie, et ses deux enfants, Antoine et Camille, une famille décomposée vivant en banlieue parisienne, coincée entre l’Intermarché et la voie ferrée dans un pavillon clefs en main. Tous les destins se ressemblent et chacun dans la famille essaie tant bien que mal de lutter contre cette force normative. Ces trois êtres s’aiment comme une famille, pourtant ils s’ignorent totalement. Chacun est dans son monde, un monde façonné de solitude et de tristesse.

Antoine, presque adulte, bientôt dix-neuf ans et encore lycéen, passant ses journées entre alcool et joints, qui tente d’oublier un quotidien trop triste et des dérives amicales et amoureuses trop violentes, ne parvient pas à remplir sa vie, sombre dans l’errance ou dans les souvenirs d’enfance et a une attitude autodestructrice. Il pense à Lorette, aux histoires et confidences échangées, aux serments : « On se noierait dans un lac couvert de brume et nos mains resteraient scellées dans la vase. »

Il sèche les cours, cherche souvent la bagarre et traîne dans sa banlieue à la recherche du bonheur. Il revoit la jeune vendeuse en boulangerie pour tenter de l’embarquer avec lui pour une escapade sans retour.

Sa sœur Camille, quatre ans de moins que son frère, murée dans un silence glaçant, est transparente et porte à bout de ses bras d’enfant son frère désœuvré et sa mère fatiguée. Elle s’inquiète pour ceux qu’elle aime, pleure dans sa chambre et dans le rêve, se réfugie dans les prières et la religion. Elle passe totalement inaperçue au sein de ses copines et de son entourage. Elle préfère regarder le monde plutôt que d’y participer.

On ne sait trop que faire pour eux.  Ils livrent leurs pensées, leurs souvenirs ou leurs doutes. Ils manquent de repères, semblent résignés, dénués de désirs. Ils ne trouvent pas de sens à leur vie.

Quant à leur mère, Marie, désemparée, dont le travail de bureau ne la passionne guère, est épuisée par sa vie monotone et terne qui se résume à métro, boulot, dodo… Elle est incapable d’aider ses enfants à grandir dans un cadre sécurisant, tente de vivre, d’élever ses enfants et de lutter contre la solitude. Un jour, elle se libère de son quotidien. L’emploi d’une syntaxe fragmentaire, fugitive, soumise à la ténuité de ces personnages en partance – « On la bouscule parfois. On ne s’excuse pas. Elle est si légère. », « Quelqu’un qui se gomme et s’efface. Et disparaît. » – évoque l’univers poétique d’Henri Michaux dont les figures humaines, diaphanes, toujours prêtes à disparaître sont animées par la non-pesanteur.

Un jour, alors que ses enfants passent le week-end chez leur père dont elle est séparée, Marie décide sur un coup de tête de quitter son quotidien pour la maison de son enfance, au bord de la mer sans prévenir qui que ce soit. Elle retourne dans la maison de ses parents aujourd’hui décédés, en Bretagne…

L’auteur :

Olivier AdamOlivier Adam est un écrivain français né le 12 juillet 1974 à Draveil dans l’Essonne, près de Paris.

  Il a grandi au sein d’une famille modeste en région parisienne et vit maintenant en Bretagne. Ancien étudiant en gestion des entreprises culturelles, il a participé à la création du festival littéraire Les correspondances de Manosque. Il est actuellement édité par les Éditions de l’Olivier et aux éditions L’École des loisirs pour ses œuvres pour la jeunesse.

  Il suit des études de gestion d’entreprises culturelles. Puis, après un « trou noir » de quelques années où il commence à écrire, il participe en 1999 à la création du festival littéraire « Les correspondances de Manosque ».

  En 2000, Olivier Adam publie aux éditions du Dilettante son premier roman, « Je vais bien ne t’en fais pas », qui connaîtra un certain succès (160.000 exemplaires vendus en poche après l’adaptation au cinéma en 2006).

  Il signe ensuite avec les éditions de l’Olivier où il publie « A l’Ouest » (2001), « Poids léger » (2002), « Passer l’hiver » (recueil de nouvelles, Prix Goncourt de la Nouvelle 2004 et Prix des Éditeurs 2004), « Falaises » (2005, sélectionné dans 13 prix littéraires sans obtenir aucune récompense) et « À l’abri de rien » (2007, Prix du Premier prix 2007 et favori du Prix Goncourt 2007).

  Entre-temps, en 2003, il devient directeur de collection aux éditions du Rouergue.

  Parallèlement, Olivier Adam écrit aussi plusieurs ouvrages pour la jeunesse, publiés pour la plupart à l’École des Loisirs: « On ira voir la mer » (2002), « La Messe Anniversaire » (2003), « Sous la pluie » (2004), « Douanes » (2004, éditions Page à page) « Comme les doigts de la main » (2005) et « Le jour où j’ai cassé le château de Chambord « (2005).

  Il publie par ailleurs régulièrement des textes courts dans les revues littéraires et anime des ateliers d’écriture en milieu scolaire.

  Pour le cinéma, outre la co-scénarisation de ses romans « Je vais bien ne t’en fais pas », adapté en 2006 par Philippe Lioret, « Poids léger » adapté en 2004 par Jean-Pierre Améris et « Sous la pluie » en cours d’adaption par Patrick Goyette), Olivier Adam a co-signé les scénarios de « L’été indien » d’Alain Raoust (2007) et de « Maman est folle » de Jean-Pierre Améris (2007, téléfilm).

Très influencé par la littérature américaine contemporaine (John Fante, Raymond Carver, Richard Ford,…) mais aussi par une certaine famille d’écrivains français des années ’40 et ’50 (Henri Calet, Georges Hyvernaud, Georges Perros,…), n’hésitant pas à aborder des thématiques sociales et politiques, Olivier Adam a su s’imposer très vite comme un auteur qui compte dans la nouvelle génération d’écrivains français. Côté filiations cinématographiques et musicales, on rapproche souvent son univers et son style de ceux d’auteurs comme Maurice Pialat, Leonard Cohen ou encore Christophe Miossec.

Depuis 2005, Olivier Adam vit avec sa compagne, l’auteur de livres pour enfants, Karine Reysset, à Saint-Malo, où il partage son temps entre la littérature et le cinéma.

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