Lafon Marie-Hélène ♦ L’annonce

L'annonceParfois, une vie peut se résumer à quelques lignes dans Le Chasseur français.

Alors qu’elle attend son fils Éric, 7 ans, chez le dentiste, Annette feuillette le magazine et tombe sur la petite annonce CF 41418 : « agriculteur doux, quarante-six ans, cherche jeune femme aimant campagne ». Sans trop savoir pourquoi, cette Nordiste de 37 ans avec un petit boulot à l’usine,une petite vie et de la solitude en abondance, découpe la page et appelle le « service Vocannonce », afin d’être mise en contact avec l’auteur de ce court texte.

Annette a aimé le père d’Éric, mais ça n’a servi à rien, ni à le sauver du vertige de l’alcool, ni à faire la vie meilleure. Alors elle décide de s’échapper, de recommencer ailleurs, loin. Pourquoi avait-elle choisi Didier ? Qu’est ce qui l’avait poussée à le choisir lui ? Elle ne sait pas. La réponse, elle ne l’a pas. La vie avec lui a été dure, moche, difficile. Comment faire face à la violence, à l’alcool ? Elle a trop traîné à se séparer de lui, à partir avec l’enfant, à accepter de se retrouver seule avec le petit. Mais, elle l’a fait enfin. Et la grand-mère était là, à les aider tous deux. Une petite vie à trois s’est construite, doucement, au calme, sans tapage.

Il s’appelle Paul, quarante-six ans, paysan, et vit à Fridières, dans le Cantal avec sa sœur et ses deux oncles dans la ferme familiale de cinquante-trois hectares, en pays perdu, au bout de rien. Il n’a pas tout à fait choisi d’être là, mais sa vie s’est faite comme ça. Paul n’a qu’une rage : il ne veut pas finir seul, sans femme. D’où l’annonce. Paul l’a passée. Annette y a répondu.

Ce sont deux timides, des taiseux qui veulent vivre encore une belle tranche de vie avec quelqu’un, mettre obstinément un peu de baume au cœur sur leurs bleus à l’âme. Les coups durs, les coups, ils connaissent Paul et Annette. Ils sont du même pays des enfances douloureuses et des vies rudes, même si des centaines de kilomètres les séparent. Bailleul dans le Nord, c’est loin de la ferme où Paul vit à Fridières dans le Cantal. Alors ils se donnent rendez-vous à mi-chemin, à Nevers. Au fil du temps et des rencontres, chacun se livre davantage à l’autre. Lui confie ses habitudes de célibataire endurci. Elle évoque son histoire d’amour avec le père d’Eric, Didier, alcoolique qui séjourne derrière les barreaux pour plusieurs années.

Sauf qu’il y a les autres. Le fils silencieux, et la mère d’Annette.

Et les autres de Paul, ceux qui vivent avec lui à Fridières. Les oncles, propriétaires des terres. Et la sœur, Nicole, dix-huit mois de moins que Paul, qui n’a pas de mari et pas d’enfant. Elle règne sur la maison, il règne sur l’étable depuis que leurs parents les ont placés à la ferme à l’adolescence. Ils ont gagnés de haute lutte ce statut et l’arrivée d’Annette et de son fils risque de mettre en péril ce fragile équilibre.

Marie-Hélène Lafon nous raconte leur rencontre, née d’une petite annonce dans un journal, lue et découpée. C’est une histoire d’amour.

L’auteur :

Marie-Hélène LafonMarie-Hélène Lafon, née en 1962 à Aurillac (Cantal), est un professeur agrégé et écrivain français.

Marie-Hélène Lafon, professeur agrégé, enseigne le français, le latin et le grec, en banlieue parisienne, puis à Paris. Elle vit dans la capitale, célibataire et sans enfants, elle déclare n’en avoir « jamais voulu ».

« Née dans une famille de paysans », selon ses propres mots, elle est originaire du Cantal, où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans, élève dans un pensionnat religieux de Saint-Flour. Elle part ensuite étudier à Paris, à la Sorbonne, et est agrégée de grammaire en 1987.

Son département d’origine, le Cantal, est le décor de la majorité de ses romans, et sa rivière Santoire. « Quand j’écris, je rejoins mon vrai pays, c’est très intestin, très organique, comme malaxer la viande. »

Elle a commencé à écrire très tard, en 1996. Son premier roman Le Soir du chien est récompensé par le Prix Renaudot des lycéens en 2001. Cet ouvrage est sa première publication, mais elle avait précédemment écrit des nouvelles — pour lesquelles elle ne trouvait pas d’éditeur — dont « Liturgie », « Alphonse » et « Jeanne », qui seront publiées l’année suivante dans le recueil Liturgie, récompensé par le Prix Renaissance de la Nouvelle en 2003.

Dans ses ouvrages, elle fait parfois référence « aux lectures qui m’ont nourrie, aux auteurs, aux langues surtout, Louis Calaferte, Gustave Flaubert, Jean Genet… ».

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