Claudel Philippe ♦ Les âmes grises

Les âmes grises  Les Âmes grises est un roman de Philippe Claudel publié le 20 août 2003 aux éditions Stock et ayant reçu le prix Renaudot la même année et le Grand prix des lectrices de Elle en 2004.

Deux assassinats dans une petite ville du Nord, dans la France de la Première Guerre mondiale… Un châtelain suspect, le procureur Destinat, est-il le coupable ?

Claudel a choisi de raconter l’enquête qui suit le meurtre d’une fillette pour raconter la guerre autrement, mettant au devant de la scène un fossé social qui se creuse.

Ce roman se déroule durant la Première Guerre Mondiale dans une petite ville du Nord-est de la France. Un village épargné par les combats, la ligne de front se situant à quelques kilomètres de là, derrière la colline. On entend les canons tonner dans le lointain, on voit les cohortes de soldats se croiser dans la rue principale. Certains arrivent avec encore un peu d’espoir dans le fond des yeux. Ils pensent s’en sortir, survivre alors que la plupart d’entre eux sont condamnés. D’autres, moins chanceux, reviennent en morceaux, morts-vivants, gueules brisées de l’Histoire. Une guerre qu’on ne voit pas mais qu’on n’a jamais aussi bien sentie. Une bourgade épargnée par l’atrocité des combats mais qui connaît cependant son lot de malheur.

Le roman débute par la découverte en décembre 1917, du corps de la petite « Belle de jour », la fillette de Bourrache, le restaurateur local.

A partir de ce moment, la petite ville s’épie se jauge, se suspecte. La rancoeur fait place aux petites lâchetés du quotidien. On soupçonne bien vite le procureur Destinat, un notable parmi les notables. Il est procureur, vit reclus et triste dans son château depuis la mort de sa femme, Clélis. Un procureur qui avait ses habitudes au restaurant de Bourrache. Le suspect parfait.

Vingt ans se sont écoulés depuis la boucherie des tranchées de la Grande Guerre et le meurtre de la petite « Belle de jour ».

Un narrateur anonyme, ancien policier du village, tente de deméler l’écheveau de cette
« Affaire » qui semble le torturer. Il relate les réactions des uns et des autres : inspecteur, procureur, juge, notables et petites gens… Caractères et sentiments se dévoilent, affinités, soupçons et lâchetés… Les personnages ne sont pas des héros mais des « âmes grises », partagées entre le bien et le mal.

 Il n’a plus envie de vivre depuis la mort affreuse de sa femme. Un homme sur le déclin. Trop d’horreurs, trop de drames. Chargé de l' »Affaire » à l’époque, il dévoile petit à petit sa version des faits. De digressions en digressions, il nous raconte des vies, nous raconte son village et nous cloue sur place dans les dernières pages en nous révélant son terrible secret.

Le narrateur dira d’ailleurs au final: « Fouiller l’Affaire comme je l’ai fait, c’était sans doute une façon de ne pas me poser la vraie question, celle qu’on refuse tous de voir venir sur nos lèvres, dans nos cerveaux, dans nos âmes, qui ne sont, il est vrai, ni blanches ni noires, mais grises, joliment grises… »

Philippe Claudel devient en 2004, directeur d’une nouvelle collection de romans chez Stock, Ecrivins, qui publie des textes d’écrivains sur le thème du vin.

L’auteur :

Philippe Claudel  Né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe, dans une famille prolétaire, élevé près de la Meurthe, Philippe Claudel est agrégé de français.

Ce fils de prolétaire né en 1962, qui aime la poésie et la peinture, écrit au bistrot du coin, auprès des hommes qui portent la mémoire de la région. C’est pour cette mémoire qu’il est devenu écrivain.

Philippe Claudel, agrégé de français qui a consacré une thèse à André Hardellet, aurait pu être alpiniste professionnel.

Aux débuts de sa carrière, il ne choisit pas la facilité et se tourne naturellement vers les personnes en difficulté : il enseigne dans un centre de détention, puis dans un centre pour handicapés moteurs. Il sera aussi professeur à l’Université de Nancy. Il est maître de conférences à l’Université de Nancy où il enseigne à l’Institut Européen du Cinéma et de l’Audiovisuel.

Son premier roman, « Meuse l’oubli », en 2000, rencontre un certain succès. Dès lors, Philippe Claudel n’arrête plus l’écriture.

En 2003, « Les âmes grises », très grand succès critique et commercial, récit d’un drame villageois pendant la Première guerre mondiale, n’obtient pas le prix Goncourt auquel il était candidat, mais il reçoit le prix Renaudot.

Dans ses textes, à l’apparente simplicité, il tisse les destins de gens humbles, aux prises avec des drames obscurs, des conflits inachevés, des souffrances enfouies. Lorrain d’origine, il évoque souvent dans son œuvre le Nord de la France et une nature omniprésente.

Il a reçu divers prix comme le prix Marcel Pagnol et le prix France Télévision en 2000 pour son premier roman, Meuse l’oubli, qui traite du deuil amoureux. En 2003 il obtient le prix Goncourt de la nouvelle pour Les Petites mécaniques.

Le prix Renaudot 2003 vient récompenser Les Âmes grises. Le texte est adapté en 2005 au cinéma par Yves Angelo. La petite fille de Monsieur Linh, en 2005, texte sensible sur l’amitié et le déracinement, rencontre également le succès.

 

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