Yeon-su Kim ♦ Si le rôle de la mer est de faire des vagues

Si le rôle de la mer est de faire des vaguesLa jeune Camilla Portman est à un tournant de sa courte vie. Sa mère adoptive vient de mourir et son père lui annonce sa prochaine union.

Comme ce dernier quitte la demeure familiale, il envoie à la jeune femme six cartons dans lesquels sont entassés ses souvenirs d’enfance.

Pour Camilla, les ouvrir, c’est un peu ouvrir la boite de Pandore de son histoire personnelle. Entre un ours en peluche et un globe terrestre, la photo d’une jeune fille, petite et menue : celle de sa vraie mère avec un bébé dans les bras.

De ses origines, elle ne sait rien si ce n’est qu’elle a été adoptée bébé par un couple d’Américains et qu’elle est originaire d’une ville côtière de Corée du Sud, Jinnam. Seul son reflet dans le miroir lui rappelle qu’elle n’est pas la véritable fille de ses parents:

Aujourd’hui elle a vingt et un ans et décide de partir en Corée à la recherche de sa mère. Accompagnée de son petit ami Yuichi, Camilla se rend donc à Jinnam en Corée à la recherche de sa mère et pour comprendre les causes de son adoption. Son seul indice est une vieille photo où sa mère pose avec elle, bébé, devant un bâtiment et un massif de camélias…

Mais rien ne se passe comme elle l’avait imaginé. Peu à peu Camilla remplit les blancs de son passé, qui se confond avec celui de cette petite ville portuaire où elle est née, et toute sa vie s’en trouve changée. Les fantasmes et les espérances accumulées sont vite effacées par la triste réalité : sa mère, Ji-Eun, était encore lycéenne lorsqu’elle est devenue maman à seize ans, et a mis fin à ses jours quelques mois après. Cependant, à défaut de faire connaissance, Camilla veut comprendre ce qui l’a poussée à mettre un terme à son existence. Quels sont les secrets que semblent protéger la directrice du lycée et son époux, M. Chae?

Cette quête identitaire ne se fait pas sans heurt. Rumeurs, secrets, tragédies, le mystère de l’identité du père. Peu à peu Camilla remplit les blancs de son passé, qui se confond avec celui de cette petite ville portuaire où elle est née, et toute sa vie s’en trouve changée.

Malgré l’attention de Yuichi, Camilla doute et sombre dans les mêmes tourments que sa génitrice. C’est un jeune plongeur, Jihun, qui la sauve in extremis de la noyade, et devient le guide dont elle a tant besoin pour déambuler dans Jinnam et rencontrer ceux qui ont connus sa famille. Ses recherches vont la mener à la Maison occidentale, lieu d’un douloureux secret, en passant par le Musée des Archives où, en découvrant conservés « les Mots portés par le vent », elle va se rendre compte que Ji-Eun était victime d’effroyables rumeurs.

Au fur et à mesure, les personnages actuels s’estompent pour laisser place à l’histoire de la jeune maman. L’auteur utilise aussi le « tu » dans la narration, afin de mettre de la distance entre les deux époques et les personnages. Yi-Jeun devient une entité qui a pour but de protéger sa fille:

Finalement, Camilla fait aussi l’apprentissage de la solitude et ressent au plus près les émotions qui ont submergées sa mère. On se sent tous seuls à un moment ou à un autre de notre vie, et ce sentiment peut exacerber notre comportement ou notre ressenti.

Yeon-su Kim signe un roman poétique, profondément humain, à la sensibilité à fleur de peau, admirablement retranscrite par l’exercice à quatre mains des traducteurs. En développant l’idée que chacun porte en soi une faille, une fissure, l’auteur raconte l’histoire d’une jeune fille prête à se mettre en danger émotionnellement pour comprendre ses origines.

L’auteur :

Kim Yeon-suKim Yeon-su est né en 1970 à Gimcheon, dans la province de Gyeongsangbuk-do. Il est diplômé en langue anglaise à l’université Sungkyunkwan qui a été fondée en 1398 comme l’institut national d’éducation le plus élevé dans les premières années de la dynastie Joseon en Corée.

Après ses études, il est employé dans un bureau le jour et travaille la nuit en tant que traducteur. C’est durant son temps libre qu’il commence à écrire. À partir de 1997, il travaille en tant que reporter pour divers magazines, et comme journaliste pour le magazine de la femme, et cette expérience a également été la clé de son perspectives que la vie quotidienne est difficile

Il fait ses débuts littéraires en 1993 lorsque l’un de ses poèmes est publié dans le journal Le monde des écrivains (Jakga Segye). Il publie l’année suivante un roman intitulé Je porte un masque (Gamyeoneul garikimyeo geotgi) et se fait un nom auprès des critiques littéraires.

Le monde littéraire de Kim est façonné par son étude des sciences humaines. Son premier recueil de nouvelles, intitulé Vingt ans, a été en grande partie influencé par l’œuvre de l’écrivain de langue espagnole Jorge Luis Borges : son admiration pour ce dernier apparaît clairement dans sa nouvelle intitulée La Bibliothèque de Babel (Baberui doseogwan), qui est vue comme un hommage direct à l’écrivain argentin.

Son troisième roman, Au revoir Yi Sang (Gutppa-i i sang), revient sur la carrière littéraire de l’un des plus grands poètes coréens. Il a rencontré un accueil critique digne d’un chef-d’œuvre au pinacle de l’imagination humaniste.

Quand j’étais encore enfant (Naega ajik a-i yeosseul ttae) est un recueil de nouvelles basées sur son enfance et son adolescence. Bien qu’il ait été écrit avec beaucoup d’aisance et emploie ton beaucoup plus léger de la voix que Good Bye Lee Sang, les nouvelles de ce recueil fournissent encore un autre lieu pour explorer la nature de la vérité, qui est toujours restée au centre de l’intérêt de Kim.

Les récits de Kim Yeon-su sont actuellement en cours de traduction dans plusieurs langues, dont le français. Son recueil Je suis un auteur fantôme (Na-neun yuryeong jakga imnida), publiée en 2005, est ainsi en préparation aux éditions Zulma.

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