Collette Sandrine ♦ Des noeuds d’acier

Des noeuds d'acierQuand Théo découvre que son amie Lil l’a trompé avec Max, son propre frère, son sang ne fait qu’un tour. Il le massacre et écope de 19 mois de prison.

Ce type arrogant, ce chirurgien talentueux promis à un bel avenir, est maintenant cloué dans un fauteuil.

Avril 2001 : Théo sort tout juste de prison. Il s’est fait sa place dans cette prison, a purgé sa peine, bon an mal an, s’habituant aux dures lois du monde carcéral. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés, concentré sur un seul objectif : sa libération. Et il respire enfin le jour de sa sortie. Pas d’attache, une petite valise à la main, quelques sous et le monde s’offre à lui.

 Il n’aspire qu’à une chose : se venger de son frère. Il va en douce dans l’hôpital où se trouve son beau-frère, même s’il est interdit de visite, et se rend compte de l’état végétatif de ce dernier. Théo jubilerait presque à le voir ainsi.

Maintenant, il est temps pour lui d’aller profiter de l’air de la montagne. Il pense à Lil qu’il aurait dû appeler, mais préfère remettre cela à plus tard. Il récupère sa voiture et prend la route. Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense.

Son instinct le pousse vers un petit hôtel où les patrons, âgés, sont plutôt affables. Madame Mignon semble être aux petits soins pour lui. Pour profiter au mieux de la montagne qui s’étend à perte de vue, Théo décide de faire de la randonnée.  Sur les conseils avisés de Madame Mignon, il fait plusieurs parcours, s’arrêtant le midi pour déguster les sandwiches préparés par cette dernière.

Un beau jour, l’hôtelière lui indique un sentier à suivre pour avoir un point de vue magnifique. Elle lui précise qu’il lui faudra aller dans une propriété privée mais qu’il n’y a aucun danger puisqu’elle appartient à sa famille. Théo s’y rend, insouciant. Effectivement, le panorama est à couper le souffle. Il tombe par hasard sur une maison qui semble abandonnée, mais il se rend vite compte que le jardin est entretenu. Mais voilà qu’un homme, une espèce de vieux sauvage sale et débraillé, sort de cette maison (enfin, plus un taudis qu’une maison) avec une arme à la main.

Que fait donc ce visiteur sur ses plates-bandes ? Théo va lui expliquer qu’il vient de la part de Mme Mignon, ce qui va se finir autour d’un café. Mais au moment de partir, un méchant coup sur la tête lui fait perdre connaissance. Lorsqu’il se réveille, il est dans le noir, dans une cave visiblement. Ne voyant rien, il entend soudainement un homme lui annoncer qu’il est devenu leur esclave. Théo ne comprend pas tout de suite mais les explications de son camarade de cellule lui ouvriront bien vite les yeux sur ce que ces deux vieillards vont faire de lui. Privé d’eau et de nourriture, il se rendra vite compte que la prison, à côté, c’était le paradis…  Pourquoi ?

Attaché comme un chien et traité comme tel, il ne reste pratiquement plus rien de ce qui caractérise l’humanité. Lors des rares échanges entre Théo et ses geôliers, Joshua et Basile, ces derniers apparaissent comme deux déments totalement dépourvus du moindre sens moral, de la moindre empathie.

Comment Théo a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile. Athlétique et brutal, il sortait de prison quand ces deux vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

Mais au fil du temps, au fur et à mesure que s’amenuise l’espoir de s’enfuir, qu’il devient évident que nul ne lui viendra en aide, Théo finit par s’animaliser, lui aussi. Au point que lorsque les deux vieux lui infligent une correction mémorable, il se rappelle avoir été témoin d’une scène terrible, où un homme corrigeait un cheval rétif avec une violence inouïe. Théo a basculé, Théo est devenu ce cheval en souffrance, cet animal qui se débat de toutes ses forces pour échapper à la douleur.

 

L’auteur :

Sandrine ColletteSandrine Collette est une romancière française née en 1970.

Docteur en science politique, elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Des nœuds d’acier (Denoël, 2013) est son premier roman. Il obtient le Grand Prix de littérature policière 2013.

En 2014 est sorti « Un vent de cendres ».

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