Frain Irêne ♦ Devi

DeviRoman inspiré par quatre années d’enquête sur la femme-bandit indienne contemporaine Phoolan Devi.

Devi (Déesse) est le nom d’une femme-bandit qui terrorisa l’Inde entre 1981 et 1983, après s’être vengée d’un viol collectif et du meurtre de son amant. Des milliers de réprouvés l’adorèrent à l’égal d’une divinité. Pourtant, jusqu’à la fin de sa cavale, nul, en dehors de ses victimes, n’avait jamais vu son visage. Voici le récit de sa vengeance, au fond des ravines où l’on boit, dit-on, l’esprit de révolte avec l’eau des rivières. L’histoire de Devi est celle d’un mythe vivant : rebelle à l’ordre multimillénaire qui régit le monde où elle vit, elle est devenue, à travers les rebondissements de sa prodigieuse épopée, le symbole de tous ceux qui réclament justice et se battent pour leur dignité.

Phoolan Devi, malgré son joli nom de déesse des fleurs avait tout faux dès la naissance. Issue d’une très basse caste, elle est mariée de force à 11 ans à un homme de 22 ans son ainé. Maltraitée, elle s’enfuit, ce qui pour une fille en Inde dans les années 70 et même plus tard, est un péché impardonnable. Dès lors la révolte ne cessera de monter en elle. Violée, écrasée, pourchassée, son amant assassiné, elle prendra la tête d’une troupe de bandit et Deviendra ce Robin des Bois au féminin, qui fera la une de l’actualité des années durant.
Jusqu’au jour où la reddition est inévitable. Elle sera ultra médiatisée et n’aura lieu qu’en échange de promesses du gouvernement local, pour elle et pour les siens.

Après 11 années de prison, Devi se lance en politique, élue députée elle continue son combat en faveur des pauvres, des basses castes, des femmes.

Assassinée en 2001 par ceux qu’elle avait voulu combattre, elle reste un symbole de lutte et de révolte contre la condition faite aux femmes en Inde et contre la rigidité d’une société qui aujourd’hui encore, malgré tous les efforts accomplis, reste sous l’emprise millénaire du système des castes.

 

Le titre pourrait annoncer quelconque féerique histoire de princesse orientale.

Irène Frain nous raconte avec passion celle d’une petite paysanne indienne, Phoolan Devi, victime de l’injustice et de la violence, dans une société fondée sur un rigoureux système de castes et une absolue prédominance masculine. Devi, mariée à 11 ans et réduite à une condition servile, ne recouvre sa dignité qu’avec les hors-la-loi qui hantent la sinistre Vallée des hommes de rien, où l’on boit l’eau de la révolte à la source et où le meurtre est un rite remontant à la nuit des temps.

Devi forme un couple à la Bonnie and Clyde avec Vikram, un chef de bande qui l’adoube en lui confiant une mitraillette, arme réservée aux mâles. D’un maître de la forêt elle reçoit le « savoir du serpent », qui lui permet d’emprunter sans peur ni réticence le chemin sanglant de la « haine pure ». Ainsi pourra-t-elle, après la mort de son amant, survivre à de terribles épreuves, notamment à un viol collectif. Elle se venge par un massacre, tandis que se tisse la légende de l’ « insaisissable reine des bandits », cruelle et lubrique, réincarnation de Kali, la déesse parée de têtes de mort, mais aussi avatar féminin et oriental de Robin des bois.

Inquiet des proportions que prend un banditisme exalté par cet exemple légendaire, le pouvoir réagit et lance de véritables escadrons de la mort contre la « Calamity Jane de l’Uttar Pradesh », qui a osé troubler l’ordre sacré.

L’auteur a rencontré son héroïne en prison, le 8 avril 1990, au terme d’une « quête » de quatre années qu’elle relate dans un petit ouvrage intitulé « Quai des Indes » (Fayard). Elle nous avertit loyalement que « l’on n’est sûr de rien dans cette histoire ». Son regard occidental, empreint de sympathie, voit une militante de la libération féminine et de la modernité dans la paysanne farouche qui, vêtue d’un jean et la tête ceinte d’un bandeau rouge, brise les tabous et incarne, « même dans la détresse, la souveraineté ».

 

Phûlan Devî – retranscrit aussi Phoolan Devi ou Pulan Devi – (Hindi फूलन देवी) naît le 10 août 1963 au sein de la corporation des mallah, pêcheurs et bateliers considérés comme de basse caste, dans le petit village de Ka Ghura Purwa (également orthographié Gorha ka Purwa), dans Jalaun District , Uttar Pradesh . Elle était la quatrième et dernière enfant de Shri Devi Din et de son épouse Shrimati Moola Devi. Seules, elle et sa sœur aînée ont survécu jusqu’à l’âge adulte.

La famille de Phoolan possédait un acre (0,4 hectare) de terre avec un très grand arbre de neem. Son père avait espéré que le produit de cet arbre lui permettrait de payer la dot pour les mariages de ses filles.

Mais en 1974, quand Phoolan Devi eut onze ans, ses grands-parents paternels décèdent. Le frère aîné de son père, qui, selon Devi, battait sa sœur et sa mère, devint le chef de la famille, et prit en charge l’acre de terre. Avec son fils, Maya Din (ou Mayadin), ils coupèrent l’arbre de Neem, dans l’intention de cultiver le terrain avec des cultures plus rentables, bien que le père de Phûlan ait répondu à cela avec une légère protestation. Phoolan qui n’avait que 11 ans s’est alors confronté à son cousin beaucoup plus âgé. Elle l’a publiquement accusé de s’approprier la terre. Avec sa sœur aînée, elles ont organisé un sit-in sur la terre, et ne bougèrent pas quand son essaya d’utiliser la force pour les supprimer. L’oncle de Phoolan a alors décidé de la marier à un homme du nom de Putti Lal, un autre cousin, qui vivait à  plusieurs centaines de miles et qui avait 33 ans.

Phoolan Devi déclara plus tard dans son autobiographie qu’on avait aussi forcé son mari à se marier avec elle.

Selon la coutume, les fillettes mariées jeunes ont le droit de rester dans la maison de leurs parents jusqu’à l’âge de 16 ans. Malgré cela, les familles peuvent passer un accord selon lequel la fillette s’installe dans la maison de son mari immédiatement. Elle est aussitôt employée comme esclave domestique devant assurer des tâches épuisantes pour son âge. C’est ce qui se passa pour Phûlan. Dès le début, son mari la bat et la viole. L’étable lui est réservée pour dormir. Elle s’y réfugie souvent pour quelques moments de répit.

A 20 ans, elle décide de s’enfuir avec l’aide d’un oncle pour retourner dans son village. Cependant cette fuite lui fait perdre tout statut dans la société indienne qui étiquette les femmes ayant rompu leur mariage comme des prostituées dénuées de tous droits. Et elles sont reniées par leur famille. La solution traditionnelle proposée est la mort, classiquement en se jetant dans le puits du village.

Mais Phûlan Devî refuse son sort et se révolte. Arrivée dans son village natal, elle revendique le terrain qui appartenait à son père et que son oncle s’était approprié. Ce qui irrite son cousin Mayadin qui la fait jeter en prison où elle fut maltraitée et violée.

Plus tard, voulant se débarrasser d’elle pour de bon, il engage une bande de dacoïts pour l’éliminer. En Inde, les dacoïts sont des brigands de bandes armées qui sont pour  la plupart du temps, des paysans dépossédés de leur terre ou des hors-castes (intouchables)

Les bandits l’enlèvent. Mais sa présence entraîne des dissensions au sein de la bande, entre le chef, Babu Gujjar, un thâkûr de la classe des kshatriya qui la viole et veut en faire son esclave, et le reste de la bande qui sont des mallah comme elle. Phoolan était la seule femme membre de cette bande de brigands dont les principaux repaires se situaient dans les ravins de la rivière Chambal .

Vikram Mallah, un des bandits, le deuxième commandant de la troupe, qui appartient à la caste Mallah de Phoolan, abat le chef Babu Gujjar et prend sa place. Bien que Vikram Mallah soit marié, Phûlan et lui deviennent amants. Elle apprend de Vikram le métier de dacoït, et à utiliser un fusil. Elle participe aux activités du gang dans Bundelkhand, qui chevauche la frontière entre l’Uttar Pradesh et le Madhya Pradesh. Ces activités consistent à attaquer et piller les villages où vivent les gens des castes supérieures, s’attaquant principalement aux thâkûr, des propriétaires terriens qui violent les femmes de basse caste sur leurs terres, ou bien d’enlever des  gens relativement prospères pour demander une rançon. Le gang attaque aussi occasionnellement des trains.

Toujours aussi révoltée, elle devient de fait la chef de la bande. Après chaque crime, elle visite un temple Durga et remercie la déesse pour sa protection. Elle est bientôt célèbre dans tout l’état comme le défenseur des opprimés. Beaucoup, dans le petit peuple, la considèrent comme un avatar de Durgâ.

Quelque temps plus tard, Shri Ram et Lala Ram, deux frères de caste supérieure Thakur qui avaient auparavant appartenu au gang et l’avaient quitté pour retourner chez leur famille, ont rejoint à nouveau la bande. Ils ont été outrés d’entendre que Babu Gujjar, leur ancien chef, avait été assassiné. Ils ont tenu Phoolan comme responsable pour incitation à l’acte. Ils l’ont réprimandée pour avoir semé avec insouciance la zizanie dans le gang.  Elle leur répondit vertement. Shri Ram l’a alors giflée très fort, et une bagarre s’en est suivie. Phoolan saisit cette occasion pour alléguer que Shri Ram avait touché des parties intimes de son corps et l’avait molestée au cours de la bagarre. Comme chef de la bande, Vikram Mallah réprimande Shri Ram pour avoir attaquer une femme et lui demande de faire des excuses à Phoolan.

Shri Ram et son frère brûlaient sous l’humiliation, exacerbés par le fait que Phoolan et Vikram appartenaient tous les deux à la caste Mallah des bateliers, largement inférieure à la Thakur caste de propriétaires terriens à laquelle ils appartenaient.

Après cet incident, chaque fois que la bande pillait un village, Shri Ram et Lala Ram battaient et insultaient le Mallah de ce village. Cela déplut aux membres Mallah du gang de bandits, et beaucoup quittèrent le gang. D’autre part, à l’invitation de Shri Ram et Lala Ram, une douzaine de Thakurs rejoignit le gang, et le rapport de force se déplaça peu à peu en faveur des Thakurs. Vikram Mallah suggéra alors que la bande se divise en deux, l’une principalement de Thakurs et l’autre essentiellement de Mallah. Shri Ram refusa cette proposition au motif que le gang avait été composé d’un mélange de castes par Babu Gujjar et ses prédécesseurs et qu’il devait rester ainsi. Pendant ce temps, les autres membres Mallah du gang n’étaient pas heureux avec Vikram. Le fait que lui seul avait une femme incitait la jalousie. Certains avaient des liens de parenté avec la femme réelle de Vikram, et le comportement de Phûlan vis-à-vis d’eux ne leur plaisait pas.

Quelques jours après la proposition de division, une querelle éclata entre Shri Ram et Vikram. Apparemment, Shri Ram avait fait un commentaire dédaigneux sur les mœurs de Phûlan, et Vikram riposta avec  des commentaires sur les femmes de Shri Ram. Une fusillade s’en suivit. Le résultat fut que Vikram et Phoolan durent prendre la fuite dans l’obscurité. Cependant, ils furent suivis le lendemain et Vikram fut abattu.

Shri Ram enlèva Phûlan et l’emmena à Behmai, un village de Thâkûrs. Elle est alors enfermée dans une chambre d’une des maisons de Behmai. Elle est battue et violée par plusieurs hommes sur une période de trois semaines.

Après trois semaines de captivité, elle réussit à s’échapper, avec l’aide d’un brahmane compatissant, prétextant vouloir aussi abuser d’elle, et de deux membres Mallah de la bande de Vikram, y compris Man Singh Mallah. Lorsque les hommes de Shri Râm s’aperçoivent du subterfuge, ils se vengent aussitôt en brûlant vif le brahmane.

En 1980, Phûlan reprend la tête de sa bande. Phoolan et Man Singh deviennent amants et co-leaders du gang composé uniquement de Mallah. Elle ne vit plus que pour la vengeance. Le gang effectue une série de vols avec violence dans Bundelkhand, ciblant généralement, mais pas toujours, des personnes appartenant aux castes supérieures. Certains disent que Phoolan Devi ne visait que les gens des castes supérieures et partageait le butin avec les membres des castes inférieures. Mais les autorités indiennes insistent pour dire que c’est un mythe. Il n’existe aucune preuve que Phoolan ou l’un de ses partenaires partageaient l’argent avec n’importe qui.  

Le 14 février 1981, ayant entendu dire que Shri Râm était à Behmai, elle entre dans le village avec sa bande, tous habillés avec des uniformes de la police, au moment où un mariage était en cours. Elle monte sur le puits et avec un mégaphone, exige qu’on lui livre son tortionnaire, l’assassin de son amant avec tous les objets de valeur. Le village est fouillé de fond en comble, mais probablement mal renseignée, Phûlan ne le retrouve pas. La plupart des hommes valides étaient allés à la ville pour chercher du travail, et même après une recherche exhaustive, seuls deux membres Thakur de l’ancien gang de bandits furent trouvés. Ces deux hommes n’étaient pas parmi ceux qui avaient violé Phoolan. Ils étaient simplement membres de la Shri Ram Thakur, la faction de la bande opposée à Vikram Mallah.

Phoolan aurait été frustrée qu’aucun véritable coupable ne soit appréhendé. Néanmoins, elle avait, à cette époque, développé une haine profonde pour l’ensemble de la caste des Thakurs. Elle ordonna donc à ses membres de gangs d’aligner chaque homme appartenant à la caste Thakur qu’ils trouveraient dans le village de Behmai. Cela comprenait aussi les Thakurs qui appartenaient à d’autres villes et villages et qui étaient venus pour assister au mariage. Les hommes ont été alignés puis, sur l’ordre de Phoolan, vingt-deux hommes ont été exécutés au hasard.

Ce fut le plus grand massacre perpétré par des dacoïts depuis 30 ans. Et pour la culture indienne, il y avait plusieurs circonstances aggravantes : toutes les victimes étaient de classe supérieure, les exécuteurs étaient de caste inférieure. Le chef était une femme.

Toute sa vie, Phûlan Devî niera avoir participé à cette action. Elle essaiera de se justifier devant la Cour de justice en affirmant qu’elle-même n’avait pas ouvert le feu et qu’elle n’avait tué aucun de ces hommes.

Elle réussit à s’enfuir. Elle fut alors déclarée « ennemi public numéro un  » mais devient, a contrario, l’héroïne du peuple. Des poupées à son effigie, habillées en Durgâ, sont vendues dans les marchés de la région.

Indira Gandhi promet sa capture, mais Phoolan et sa bande connaissent parfaitement les ravines de la Chambal et profitent de leur situation au point de jonction de trois états, le Rajasthan, le Madhya Pradesh et l’Uttar Pradesh qui handicapent les forces de police, pourtant en nombre considérable. Ils restent introuvables.

Deux ans après le massacre Behmai, la police n’avaient toujours pas capturé Phoolan Devi. Le Indira Gandhi Gouvernement décida de négocier une reddition. A cette époque, Phoolan Devi était en mauvaise santé et la plupart de ses membres de gangs étaient morts.

En février 1983, elle accepte de se rendre aux autorités. Le gouvernement d’Indira Gandhi et Phûlan arrivèrent à un accord. Phûlan savait ne pas pouvoir se fier à la police de l’Uttar Pradesh et ne voulait se rendre qu’à la police du Madhya Pradesh. Elle insiste aussi sur le fait qu’elle ne rendra pas les armes à la police, mais devant le Mahatma Gandhi et la déesse Durgâ.

Elle fixa aussi quatre conditions :

  • Elle ne sera pas condamnée à mort
  • Les membres de son gang n’auront pas plus de 8 ans de prison
  • Son frère aura un travail au gouvernement et son père recevra un terrain
  • Toute sa famille sera accompagnée par la police au lieu de rencontre avec les autorités

Un policier désarmé la rencontre donc dans les ravines. Ils marchent ensemble vers Bhind où les attendent la presse, une foule de 10 000 personnes, 300 policiers et le ministre en chef du Madhya Pradesh, Arjun Singh. C’est coiffée de son traditionnel bandana rouge, une cartouchière sur la poitrine, devant une photo du Mahatma Gandhi et de Durgâ qu’elle dépose son Mauser 303.

Phûlan est accusée de 48 crimes dont 30 chefs d’accusation de vol à main armée (banditisme) et enlèvements.

Après 11 ans de cellule, trois de plus que négociés, elle est libérée sur parole en 1994, par Vishambhar Prasad Nishad, gouverneur de l’Uttar Pradesh, un homme de basse caste comme elle, parvenu à ce poste grâce à la politique des quotas.

Pendant cette période d’emprisonnement, elle a été opérée pour les kystes ovariens et a subi une inutile hystérectomie . Le médecin de l’hôpital aurait dit plus tard: «Nous ne voulons pas que Phoolan Devi élève plus de Phoolan Devis ».

Elle a finalement été remise en liberté conditionnelle en 1994, après la persuasion par Vishambhar Prasad Nishad , le chef de l’ Nishadha, la communauté de pêcheurs. Le gouvernement de l’Uttar Pradesh, dirigé par Mulayam Singh Yadav , a retiré toutes les charges à son encontre. Conseillée par Mulayam Singh Yadav durant toutes ces années, elle n’est pas passée en jugement pour les cinquante-sept chefs d’accusation, dont les vingt-deux meurtres de Behmai, qui pesaient sur elle.

À sa sortie de prison, elle rejoint l’Eklavya sena, un groupe visant à enseigner l’autodéfense aux gens dits de basses castes. Pour signifier son rejet du système des castes, elle se convertit au bouddhisme.

Elle s’engage en 1996 dans la voie politique, adhère au parti Samajwadi, le parti socialiste de Yadav, et se présente aux élections pour un poste de députée avec un programme axé principalement sur la défense du droit des femmes et des basses castes.

Elle remporte les élections. Elle est présentée en tant que candidate au Prix Nobel de la paix en 1997.

Adulée par les gens de basses castes, elle connaît toujours la haine des hautes castes et l’arrivée au pouvoir du parti fondamentaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), avec Atal Behari Vajpayee à sa tête, ne lui est pas favorable et dresse beaucoup de barrières à la réalisation de son programme.

Les thâkûrs continuent à demander justice pour les meurtres de 1981 et les nombreuses attaques qu’elle a perpétrées. Elle perd son siège au parlement en 1998, mais elle est à nouveau élue l’année suivante.

Le 25 juillet 2001, à New Delhi alors qu’elle rentre à son domicile après une session au parlement, dans un quartier où la sécurité est censée être maximale, trois hommes masqués l’attendent dans une Maruti à quelques mètres de l’entrée de sa résidence au 4 Ashoka Road. Lorsqu’elle arrive, vers 13 h 30, ils marchent vers elle et tirent. Elle est touchée cinq fois: trois balles à la tête et deux dans le corps. Son garde du corps riposte mais est lui aussi touché. Les tireurs repartent dans la voiture qu’ils abandonnent ensuite pour s’enfuir en rickshaw. Phoolan est amenée au Ram Manokar Hospital où elle est déclarée décédée.

Quelques jours plus tard, un thâkûr nommé Sher Singh Rana se rend à la police, affirmant qu’il a tué Phûlan Devî pour venger le massacre de Behmai et déclare : « La tache qui souillait le nom des Rajputs a été lavée ».

Au lendemain de l’assassinat, la police a été accusée d’incompétence dans leur traitement de l’affaire.

Le président Kocheril Raman Narayanan, lui-même de la caste des intouchables lui rend hommage : « Sa vie était une histoire de rébellion et de défis réussis devant l’oppression et l’exploitation ».

L’auteur :

Irêne FrainIrène Frain, née Le Pohon, le 22 mai 1950 à Lorient (Morbihan), est une femme de lettres française, romancière, journaliste et historienne. Elle est membre fondatrice du Women’s Forum for the Economy and Society qu’elle fonde en 2008. Elle appartient à une famille de cinq enfants, dont le père d’abord garçon de ferme, devient professeur pour adulte. Sa mère est couturière.

En 1967, après avoir étudié au Lycée Dupuy-de-Lôme de Lorient, elle rentre à Khâgne (Nantes).

Elle se marie en 1969.

En 1972, elle obtient l’agrégation de lettres classiques, puis enseigne les lettres classiques dans le secondaire, notamment au Lycée Jacques-Decour à Paris 9ème et au Lycée de Lagny (Seine et Marne). À partir de 1975, elle enseigne le latin à la Sorbonne. Et ce, jusqu’en 1981.

En 1979, parait son premier essai et elle s’installe dans le Loir et Cher.

Née dans une famille encore très proche du milieu rural et de son dénuement, Irène Frain s’est d’abord signalée par un ouvrage historique publié en 1979 sur l’âge d’or de la Bretagne maritime, « Quand les Bretons peuplaient les mers ».

Elle consacre son premier roman « Le Nabab » (1982) à René Madec, petit mousse breton devenu nabab en Inde. Cette fresque épique de l’Inde du XVIIIe siècle, connaît un succès foudroyant et les romans suivants consacrent le talent d’Irène Frain : sens aigu de l’intrigue, écriture tantôt sèche tantôt flamboyante, don de faire vivre le lecteur en empathie avec ses personnages, humour certain, imagination foisonnante.

En 1994, elle commence une carrière journalistique (Paris-Match, Elle, VSD, L’équipe)

De roman en roman : « Modern Style » (1984), « Désirs » (1986), « Secret de famille » (1989), « Histoire de Lou » (1990), « Devi » (1992), « L’homme fatal » (1995), « Les hommes, etc. » (2003), « Au Royaume des Femmes » (2007), « Les Naufragés de l’île Tromelin » (2009) qui a été récompensé par le Grand Prix de l’Académie de marine, le Grand Prix Palatine du roman historique et le Prix Relay du roman d’évasion, l’intérêt des lecteurs pour ses écrits et l’originalité de sa personne ne s’est jamais démentie.

On note dans l’œuvre d’Irène Frain deux courants profonds : une passion pour les enjeux inhérents à la condition féminine et une prédilection accusée pour l’Orient – les deux se recoupant souvent. Son dernier ouvrage, « Beauvoir in love » (2012), fondé sur une enquête aux États-Unis et à l’Université de Columbus, Ohio, a éclairé un pan mal connu de la passion du Castor pour l’écrivain américain Nelson Algren. Elle a ainsi pu mettre en scène des épisodes inconnus du parcours de Beauvoir et éclairer des traits de sa psychologie jusqu’ici ignorés, retouchant ainsi le portrait souvent biaisé, voire négatif que Beauvoir fit de son amant américain après leur rupture. Elle y souligne aussi le rôle d’Algren dans la genèse du Deuxième Sexe.

Grande voyageuse, la romancière attribue son goût de l’Asie à sa naissance à Lorient, ancien port de la Compagnie des Indes, autrefois orthographié « L’Orient ».

Plusieurs de ses récits de voyage illustrent cette prédilection : « Quai des Indes » (1992), son enquête sur la célèbre femme-bandit indienne Phoolan Devi « Devi », « La vallée des hommes perdus » (1995) en collaboration avec le dessinateur de BD André Juillard, « Pour que refleurisse le monde » (2002) avec Jetsun Pema, sœur du Dalaï-lama.

 Après son voyage en Chine et au Tibet avec son mari, sur les traces du célèbre explorateur américain Joseph Rock, elle publie avec des photos de François Frain « Au Royaume des femmes » (2006) et « À la recherche du Royaume » (2007) inspiré par la longue enquête d’Irène sur Joseph Rock. Elle soutient depuis l’association Aide à l’Enfance Tibétaine.

En octobre de la même année, elle publie chez Timée un album illustré  » Gandhi » où elle retrace le parcours du Mahatma, avec des images d’archives souvent inédites.

Sa passion de l’enquête peut aussi se manifester dans « La Guirlande de Julie » (1991) sur la naissance du langage des fleurs et de la civilité amoureuse en France, « L’Inimitable » (1998) biographie historique de Cléopâtre, « Gandhi, la liberté en marche » (2007) ou « La Forêt des 29 » (2011), qui relate le parcours de Jamboji, fondateur de la communauté des Bishnoïs.

Admiratrice de Julien Gracq, Irène Frain lui a consacré en 2001 un court essai : « Julien Gracq et la Bretagne ».

On note aussi son intérêt pour l’art de vivre : « Le bonheur de faire l’amour dans sa cuisine et vice-versa » (2004) et, dès le début de son parcours, un goût affirmé pour les contes : « Contes du Cheval bleu les jours de grand vent » (1980), republié et réaménagé sous le titre « Le Navire de l’homme triste et autres contes marins » (2010) « La Fée Chocolat » (1995) « Le Roi des Chats » (1996).

Irène Frain a relaté une partie de son enfance bretonne dans « La côte d’amour » (2001) avec des photos de Christian Renaut et « Dans La maison de la source » (2000).

En 2008, Irène continue son action d’ambassadrice en faveur de l’enfance tibétaine au sein de l’association “Aide à l’enfance tibétaine” (AET)  dont la présidente d’honneur est jetsun Pema, soeur de Sa Sainteté le Dalaï-lama.

Elle poursuit bien sûr son engagement en faveur du bon et vrai chocolat au Club des Croqueurs de chocolat, notamment au sein de son Conseil d’administration. Elle vient de relater la légendaire fondation du Club sur le site du Club: www.croqueurschocolat.com/

En 2010, Irène est faite Officier de la Légion d’honneur.

Elle se retire en Bretagne ou en Loir-et-Cher pour écrire son prochain roman  » La Forêt des 29″, et réadapter un recueil de contes  » Le Navire de l’Homme triste et autres contes marins » qui paraît à la mi-novembre.

Parallèlement, elle poursuit sa galerie de portraits dans Paris-Match. Après Laetitia Casta, celui du couturier Giorgio Armani, qu’elle suit de Milan à Dubai pendant plusieurs semaines, est l’un des plus remarqués.

En février 2011, elle publie son 29ème roman «  La Forêt des 29 » dans lequel elle met en scène sous forme de docu-fiction l’itinéraire de Jamboji, fondateur au XVe siècle de la communauté Bishnoï en Inde. Elle y reconstitue également le massacre-immolation qui eut lieu en 1730 à Khejarli, près de Jodhpur. 363 hommes, femmes et enfants y donnèrent leur vie pour protéger les arbres d’une forêt appartenant à la paysanne Bishnoï Amrita Devi.

Elle est membre du Comité d’honneur de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité).  Certaines de ses actions sont considérées comme militantes pour le Tibet.

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