Châletet Noëlle ♦ Au pays des vermeilles

 exe marie ferran Depuis la naissance de sa petite-fille, Salomé, Noëlle Châtelet est devenue «Mano» avec ravissement.

«La Dernière Leçon», récit de la mort volontaire de sa mère, avait bouleversé ses lecteurs. C’est à cette mère que Noëlle Châtelet dédie «Au pays des vermeilles».

Elle convie la disparue à partager sa joie, à assister à cette nouvelle leçon de vie que représente la naissance de sa petite-fille Salomé. L’arrivée de «l’enfant de l’enfant» fait refluer des torrents d’émotion : «Cette sensation déroutante de la confusion, ce dépaysement des sens, ce quiproquo de l’âme, permis, autorisé, serait-ce donc cela être grand-mère ?»

Les premières heures de son fils lui reviennent en mémoire. Submergée par les hurlements de la petite, elle devient elle-même ce bébé, elle est ce cri démesuré qui absorbe l’entourage, le dérègle, le façonne à son rythme. A son tour, la jeune grand-mère se sent seule et démunie. Elle effectue alors une vertigineuse remontée dans le temps.

L’enfant a modifié la géométrie de son existence, il redistribue la place de chacun sur l’échiquier familial. La narratrice sait qu’elle n’est ni la mère ni la nounou. Il lui faut évaluer la distance propre à son nouveau rôle, découvrir et accepter ce que le mot recouvre. Elle est la mère grandie, la grande mère. «D’étonnement en étonnement, je me prends les pieds dans le temps.» En suivant les premiers pas de Salomé, elle s’envole au pays des merveilles. Celui-ci prend à ses yeux la teinte vermeille.

C’est un événement banal et universel : une femme entre dans la « grand-maternité ».

En écho à sa trilogie des couleurs, et en particulier à La femme coquelicot, la teinte vermeille vient compléter, ici, la palette des métamorphoses féminines. Dans ce récit à la fois drôle et profond, Noëlle Châtelet s’adresse à sa petite fille mais aussi à sa mère, poursuivant ainsi l’inoubliable dialogue de La dernière leçon.

C’est un événement banal et universel : une femme qui a été mère, il y a longtemps, entre dans l’âge de la « grand maternité ». La venue au monde de sa petite-fille (la fille de son fils) a déclenché ce nouveau livre de Noëlle Châtelet, récit minutieux et profond d’un lien qui se construit et des multiples échos émotionnels réveillés par cette expérience. Le sujet est plus profond qu’il n’y paraît. L’enfant qui se pose dans nos bras à deux générations de distance soulève en nous la question de notre propre fin, et même le doux émerveillement de retrouver telle attitude, telle expression familières, renvoie inévitablement à cette part de nous-mêmes qui semble invitée à passer dans un autre corps. Ainsi ce livre réunit-il les deux extrémités de la chaîne humaine, refermant la boucle, avec en arrière-plan la figure inoubliable de la mère de l’auteur. D’un côté une très vieille femme qui informe ses enfants de sa volonté de mourir dans la dignité, de l’autre cette nouvelle Alice, petite fille qui joue avec son ombre et qui saute à cloche-pied sur l’échiquier du temps.

L’auteur :

  Noëlle Châtelet, née Noëlle Jospin le 16 octobre 1944 à Meudon, est une femme de lettres et universitaire française qui vit à Paris.

 Fille de Robert Jospin et Mireille Dandieu, sage-femme, militante au sein de l’association pour le droit de mourir dans la dignité, Noëlle Châtelet est également la sœur de l’ancien premier ministre Lionel Jospin.

 Mariée au philosophe François Châtelet, décédé en 1985 qui avait le double de son âge et dont elle fut prise de passion lorsqu’il était son professeur à hypokhâgne, elle fréquente Gilles Deleuze et dirige ses recherches sur l’interprétation du corps. Elle élabore depuis plus de trente ans une réflexion originale sur la question du corps, à travers ses essais, ses nouvelles et ses romans, dont Histoires de bouches (prix Goncourt de la nouvelle), La Dame en bleu (prix Anna de Noailles de l’Académie française) et Le Baiser d’Isabelle. Ses ouvrages sont traduits dans une douzaine de langues.

 En 1976 Noëlle Châtelet soutient à l’Université Paris 8 une thèse de 3e cycle de sociologie, intitulée Le Corps à corps culinaire : images et institutions.

 Elle écrit de nombreux romans et nouvelles et intègre l’université de Paris V René Descartes comme professeur de communication. Maître de conférences à l’université Paris V en sciences humaines, Noëlle Châtelet enseigne la communication dans un DESS.

 A l’université, Noëlle Châtelet n’est pas seulement professeur de communication. Redevenant écrivain à la sortie des salles de cours, elle propose à ses élèves des ateliers d’écriture au sein d’un des plus prestigieux café de Paris, « Le Procope ». Dans le salon Voltaire, la romancière transmet alors son amour de l’écriture et du dialogue.

Elle est également vice-présidente de la société des gens de Lettres. Son Roman « La Femme coquelicot » est adaptée en 2001 au théâtre. Le corps, devenant l’objet d’un questionnement ontologique et introspectif, retrouve sa dignité dans « Une société d’apparence » où, insatiablement, il se débat entre bien-être et souffrance. Noëlle Châtelet publie « La Dernière Leçon » en 2004 et y raconte l’apprentissage difficile de la mort auprès de sa mère décédée en 2002.

Elle a été également comédienne jouant ainsi dans différentes dramatiques à la télévision et quelques rôles au cinéma dans Baxter, Vera Baxter de Marguerite Duras (1971), Les Autres d’Hugo Santiago (1972), Le Diable dans la boîte de Pierre Lary (1977) et La Banquière de Francis Girod (1980).

Elle devient directrice de l’Institut français de Florence de 1989 à 1991 et co-présidente de la Maison des écrivains de Paris de 1995 à 1999.

Depuis 2003, est la vice-présidente de la Société des gens de lettres.

Elle est propriétaire d’un ancien moulin à Malaucène (Vaucluse).

Le 12 avril 2009, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur.

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