Grand Corps Malade ♦ Patients

PatientsIl y a une quinzaine d’années, en 1997, à tout juste 20 ans, Fabien Marsaud, alors animateur de colonie de vacances, en chahutant avec des amis, fait un plongeon dans une piscine.

Il heurte le fond du bassin, dont l’eau n’est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu’on lui annonce qu’il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l’usage de ses jambes après une année de rééducation.

Au bout de quelques semaines sous assistance respiratoire, alors qu’il attend sur son brancard l’ambulance qui va le transférer au centre de rééducation, un médecin s’arrête, le regarde dans les yeux et hurle dans le couloir: «Il est à qui ce tétra?» 

Arrivé au centre pour une durée indéterminée (peut-être pour toujours, les spécialistes sont pessimistes), Fabien finit par se familiariser avec cet enfer hospitalier, apprend à composer avec les humeurs du personnel, des aides-soignants aux ergothérapeutes, remporte peu à peu des victoires sur lui-même et gagne même en mobilité. S’il parvient à zapper pour échapper au téléachat, il n’oubliera pas le jour où, à l’heure du déjeuner, son fauteuil électrique tomba en panne dans sa chambre. Immobilisé, il hurla en vain : tout le monde était au réfectoire.

Au centre, beaucoup de malades ont son âge. L’un a été victime d’un accident de scooter, l’autre d’un incendie. Fabien, Farid, Fred, Toussaint et Samia forment une petite bande de copains. Entre eux les vannes fusent, l’humour noir est de rigueur, mais il reste un sujet tabou : l’avenir. Ils se refusent à évoquer leur hypothétique retour à la vie «normale». Jusqu’à cette soirée où, fuyant dans leurs fauteuils roulants, tous se réfugient au fond du parc. Les langues se délient enfin : l’un projette de passer son permis de conduire, l’autre veut des enfants. Fabien reste en retrait, craignant d’être le seul à pouvoir espérer s’en sortir. Il quittera d’ailleurs bientôt le centre sur des béquilles d’aluminium.

 

Un an plus tard, l’usage partiel de son corps retrouvé mais ses rêves d’enseignement sportif envolés, il s’oriente vers sa deuxième passion : l’écriture.

Slameur et chanteur, auteur de talent, Grand Corps Malade, avec la plume poétique, drôle et incisive qu’on lui connaît, troque la rime pour la prose et décide de raconter la période de sa vie à laquelle il doit son nom de scène.  Une époque à la fois triste et pleine de souvenirs « heureux », passés à lutter contre la paralysie par la rééducation mais aussi par les mots, l’humour et l’optimisme qui font son caractère. Il réussit la prouesse de décrire l’horreur absolue en y ajoutant des touches d’humour et de jubilatoires formules poétiques. Il raconte, avec humour, dérision et beaucoup d’émotion, les douze mois passés en centre de rééducation et relate les aventures tragiques mais aussi cocasses vécues par lui et ses colocataires d’infortune. On craint l’apitoiement, et c’est le contraire.

Il nous fait entrer dans ce monde méconnu qu’il découvre alors : l’immobilité totale, les soins quotidiens, les médecins et les infirmiers dont on est entièrement dépendant. Des histoires personnelles, émouvantes, parfois drôles, toujours instructives des autres patients qu’il côtoie.

Patients est une leçon de vie, et d’optimisme, pour chacun d’entre nous.

 

L’auteur :

Grand Corps MaladeFabien Marsaud, connu sous le nom de scène de Grand Corps Malade, naît le 31 juillet 1977, au Blanc-Mesnil, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Sa mère est bibliothécaire et son père Jacques Marsaud, haut fonctionnaire territorial, d’orientation communiste, a été notamment, secrétaire général de la commune de Noisy-le-Sec et de Saint-Denis et directeur général des services du conseil général du Val-de-Marne puis de la Communauté d’agglomération Plaine-Commune. Il a vécu à Noisy-le-Sec avec ses parents et sa sœur aînée jusqu’en 1981.

Son parcours scolaire est plutôt classique, et très tôt, le sport devient une passion. Il décide d’en faire son métier, et de devenir professeur. Il aime particulièrement le basket, discipline dans laquelle il est très doué. Selon Bally Bagayoko, son entraîneur (qui est aujourd’hui adjoint à la mairie de Saint-Denis), le jeune Fabien était « un pilier de l’équipe qui adorait transmettre ses compétences ». Il passe un bac L « parce qu’il est plus fort en français qu’en maths », mais le sport reste son domaine de prédilection. Il reçoit à l’âge de dix-sept ans une proposition pour intégrer le centre de formation basket-étude de Toulouse, qu’il refuse, préférant rester à Saint-Denis. Durant ces années, il a fait partie de l’équipe de basket d’Aubervilliers et a joué à un niveau équivalent à Nationale 3 en qualité d’ailier, après avoir joué à Nanterre et à Saint Denis.

Après le bac, il passe un diplôme d’études universitaires générales en Sciences et techniques des activités physiques et sportives.

Le 16 juillet 1997, lors d’une colonie de vacances où il est animateur, en chahutant avec des amis, il fait un plongeon dans une piscine dont le niveau de l’eau était trop bas. Il se déplace des vertèbres et est évacué en hélicoptère. Bien qu’on lui ait annoncé qu’il resterait probablement paralysé, il retrouve l’usage de ses jambes en 1999, après une année de rééducation. C’est en référence à ce handicap – et aussi à sa grande taille (1,94 m)– qu’il a pris le nom de scène de « Grand Corps Malade » (GCM) en 2003, qu’il dit « avoir aussi choisi pour son côté sioux ». Après l’accident, il obtient un diplôme d’études supérieures spécialisées de management sportif et travaille pendant quatre ans au Stade de France (de 2001 à 2005), au service marketing.

Le jeune Fabien écrit ses premiers textes vers l’âge de 15 ans, mais n’envisage pas de faire autre chose que du sport. Son accident le poussera à envisager d’autres orientations, et c’est en octobre 2003 qu’il découvre le slam durant une scène ouverte dans un bar de la place de Clichy à Paris, où il dira Cassiopée, son premier texte « de scène». Le slam est une discipline, née à Chicago dans les années 1980, qui se développe en France à partir de 1995 avec le premier album de Gérard Ansaloni, Le Banquet (Ed. Saravah), puis en 1998, avec les interventions et performances du poète Pilote Le Hot (entre autres).

C’est à ce moment qu’il décide de son futur nom de scène « Grand Corps Malade ». Il participe ensuite à de nombreuses scènes slam, aux côtés du Collectif 129H, et John Pucc’Chocolat. En 2004, il anime Slam’Alikoum, une prestation slam qui se déroule un soir par mois au Café Culturel de Saint-Denis, le quartier général dionysien du style propre à l’auteur, toujours avec son ami John Pucc’. La même année, il fonde le « Le Cercle des Poètes sans Instru ». Un groupe de 7 slameurs (formé de John Pucc’, Droopy, Techa, les 129H et lui-même) qui parcourent les festivals et les manifestations culturelles pour déclamer leur poésie.

En 2005, il acquiert une certaine notoriété et élargit son horizon de slameur à d’autres scènes. Il propose, entre autres, plusieurs représentations, seul face au public du Réservoir (club qui a servi entre autres aux tournages du Jamel Comedy Club), réalise la première partie du concert de Cheb Mami sur le parvis du stade de France et celle de Mouss et Hakim à la Boule Noire, etc.. Peu de temps après, Fabien Marsaud signe avec le label AZ, ce qui permettra au genre musical que l’artiste défend de se médiatiser. À la fin de cette même année, S Petit Nico, lui offre de tenter un habillage musical pour ses textes, d’où la création le 27 mars 2006 de son premier album Midi 20, dont le titre correspond à celui d’un morceau où il réduit la vie à l’échelle d’une journée. Il y évoque sa ville, Saint-Denis, son amour de la vie, un chagrin d’amour mais aussi la douleur liée à son accident.

Ce premier album fut très médiatisé et permis au public français de découvrir le slam.
Parfois a capella, souvent accompagnés d’une mélodie minimaliste en arrière-plan, ses morceaux sont déclamés avec une voix naturelle et parfaitement compréhensible. Une grande importance est en effet accordée à la narration, et à un humour mêlant les clins d’œil aux figures de style.

Médiatiquement, il est parrainé par Charles Aznavour. Il fait quelques apparitions télévisuelles à la suite de la sortie de l’album (qui est classé 10e sur 200 parmi les meilleures ventes d’album en 2006) et est invité notamment par Thierry Ardisson. Il joue cette même année dans la pièce de théâtre-music hall d’Édouard Baer, La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti. La tournée réalisée pour le premier album a compté près de 120 dates. Les 15 et 16 mai 2006, il a joué à guichets fermés à la Cigale à Paris. Le succès de l’album se traduit le 10 mars 2007, date à laquelle il remporte deux Victoires de la musique, sur trois nominations.

Grand Corps Malade fait de nouveau partie de l’actualité du slam en 2008, année où il sort un nouvel album intitulé Enfant de la ville, dans les bacs le 31 mars. Cette même année, il participera au Festival d’été international de Québec, ce qui montre sa reconnaissance à travers le monde francophone.

Il anime également des ateliers d’écriture, chez lui, à Saint-Denis. Avec les participants, il sort un disque de neuf titres Génération Slam en novembre 2008. Le titre de ce disque mettant en avant la diversité des âges des slameurs amateurs.

En 2010, il participe au nouvel album d’I Muvrini en chantant aux côtés du groupe dans la chanson Una terranova. Il participe également au casting vocal du film d’animation Toy Story 3 où il double le personnage de Rictus. À noter également en octobre de cette même année la sortie d’un nouvel album de Grand Corps Malade intitulé 3 ème temps dont une chanson du nom de Roméo kiffe Juliette adapte la célèbre pièce de Shakespeare à l’histoire de deux adolescents d’une banlieue de Paris qui s’aiment mais dont les religions différentes (juive pour la famille de Juliette, musulmane pour celle de Roméo) font que leur histoire est empêchée par leurs parents. En 2011, Grand Corps Malade sort un nouveau single en duo avec Reda Taliani Inch’Allah.

En octobre 2013, il sort son 4e album studio, Funambule.

L’auteur a contribué à ce que le slam dépasse le cadre intimiste des cafés et des scènes slam.

Les textes de ses albums sont parfois a cappella mais ils sont, globalement, accompagnés d’une mélodie minimaliste en arrière-plan qui souligne le texte ; texte qui est dit et non chanté. Fabien Marsaud écrit toujours sans musique, puis celle-ci est créée après en fonction des textes. Grand Corps Malade dit, en parlant de ses albums et de ses tournées :

« Je viens du slam. C’est un art a capella, c’est un art live, il faut qu’il y ait un auditoire pour qu’il y ait du slam. Pour moi, ça n’a pas de sens de dire que c’est un disque de slam parce qu’à partir du moment où ce n’est plus de l’a capella, à partir du moment où ce n’est pas du live, à partir du moment où ce n’est pas le partage de la scène avec plein d’autres slameurs, pour moi ce n’est plus vraiment du slam.[…] Pour moi le disque, la tournée, avec les musiciens c’est autre chose. C’est un autre projet. Je suis un slameur qui a un projet musical.

Dans ses chansons pleines de justesse, telles « À l’école de la vie », « Roméo kiffe Juliette », « Éducation nationale », ou encore « Rachid Taxi », l’artiste soulève le voile d’une réalité sociale et politique singulière. Chaque année, certains de ses textes sont proposés au baccalauréat de français. Une distinction de Chevalier des Arts et des Lettres récompense la qualité de sa plume, toujours subtile et surprenante.

Marié depuis décembre 2008 avec Julia, ils sont les parents d’un petit Anis né en octobre 2010. Ils viennent d’accueillir leur deuxième fils en août 2013.

 

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