Sureau François ♦ Le chemin des morts

Le chemin des mortsRécit, et non roman, Le Chemin des morts raconte un bref épisode de la vie de l’auteur. Un épisode tragiquement attaché à la mort brutale d’un homme, dans une inéluctable relation de cause à effet.

Au début des années 1980, François Sureau, haut fonctionnaire – il était entré au Conseil d’Etat à vingt-cinq ans – accepte un poste à la commission des recours des réfugiés, qui statue, en dernière instance, sur les demandes d’asile. Le retour de la démocratie en Espagne, quelques années après la mort de Franco, donnait alors à penser que l’apaisement avait triomphé de la haine et des tensions meurtrières. Les promesses d’amnistie du gouvernement de Madrid renforçaient cet espoir.

C’est dans ce contexte que François Sureau eut à trancher sur le sort – et le destin – d’un réfugié basque, Javier Ibarrategui qui vivait en France depuis 1969. Malgré ses actions violentes passées, ce n’était manifestement plus un activiste dangereux ; il avait même désapprouvé l’assassinat de l’amiral Carrero Blanco en 1973. La commission, après le rapport de François Sureau, trancha pour le refus d’accorder l’asile politique, pariant sur le fait que l’intéressé n’avait plus rien à craindre dans son pays. Au cours de la séance où cette décision – argumentée et en apparence légitime – lui fut signifiée, l’homme affirma avec calme et dignité que s’il rentrait en Espagne, il ne pouvait compter, en raison « d’un très vieux combat, d’un combat à mort », sur l’oubli ou l’indulgence des groupes clandestins antiterroristes, toujours actifs. Néanmoins, il refusait de demeurer en France en qualité de clandestin : il affirma qu’il retournerait donc en Espagne, malgré ce danger évident, si on le lui commandait. C’est ce qui se produisit. Quelques semaines plus tard, François Sureau apprendra, par un entrefilet dans Libération, que Javier Ibarrategui venait d’être assassiné à Pampelune.

Le récit de François Sureau donne évidemment froid dans le dos. Et, à le lire, on ne doute point de la mémoire vive et douloureuse que cet épisode installa définitivement dans l’esprit et le cœur de l’auteur. L’enchainement des événements, vu d’un seul point de vue – celui de qui détient l’autorité administrative et qui n’en est pas moins homme –est plus éloquent, dans son économie, que toute dissertation morale qui pourrait se déduire de ce brutal épisode. Le questionnement sur la culpabilité ou la non-culpabilité est absent du livre, qui ne prend jamais la forme, même masquée, d’un plaidoyer, d’un exorcisme ou d’une lamentation – en la matière, elle serait comme l’envers du cynisme. Cette neutralité apparente donne, paradoxalement, toute sa puissance au récit. D’une plume ferme qui refuse tout tremblement, François Sureau s’efforce de retrouver l’état d’âme du jeune homme qu’il fut et qui eut à décider, en quelques pages d’expertise, de la vie d’un homme. Et de sa mort. Quant à la littérature, elle vient après la bataille. Elle constate, réfléchit, rassemble, déplore ou exalte – mais ne décide de rien.

 

L’auteur :

François SureauFrançois Sureau est un écrivain français né en 1957 à Paris, avocat, énarque, anciennement maître des requêtes au Conseil d’État.

Écrivain, il a déjà publié aux Éditions Gallimard La corruption du siècle (collection Blanche, 1988), L’infortune (collection Blanche, 1990, Folio n° 2429), L’aile de nos chimères (collection Blanche, 1993, Folio n° 2429), Les Alexandrins (collection Blanche, 2003), La chanson de Passavant (collection Blanche, 2005), L’obéissance (collection Blanche, 2007, Folio n° 4805), adapté en BD par Franck Bourgeron (Futuropolis, 2009), Inigo (collection Blanche, 2010, Folio n° 5345), Sans bruit sans trace (collection Blanche, 2011).

Il est également le cofondateur et codirecteur de la Revue française d’économie ; mais aussi président fondateur de l’association Pierre-Claver, aidant les personnes déplacées par force de leur pays d’origine et trouvant refuge en France. Il est l’un des membres du comité de rédaction de la revue Commentaire. Il collabore à l’Express et au Figaro.

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