Rufin Jean-Christophe ♦ Le grand Coeur

le grand CoeurDans la chaleur d’une île grecque, un homme se cache pour échapper à ses poursuivants. Il évoque sa vie et tente de démêler l’écheveau de son incroyable destin.

Fils d’un modeste marchand de peaux de Bourges, cet homme, Jacques Cœur, est devenu l’homme le plus riche de France. Il a permis à Charles VII de terminer la Guerre de Cent ans. Il a changé le regard sur l’Orient, accompagnant le passage des Croisades au commerce, de la conquête à l’échange. Comme le palais auquel il a laissé son nom, château médiéval d’un côté et palais renaissance de l’autre, c’est un être à deux faces. Il a voyagé à travers tout le monde connu, aussi à l’aise dans la familiarité du pape que dans les plus humbles maisons. Parmi tous les attachements de sa vie, le plus bouleversant fut celui qui le lia à Agnès Sorel, la Dame de Beauté, première favorite royale de l’Histoire de France, disparue à vingt-quatre ans. Au faîte de sa gloire, il a connu la chute, le dénuement, la torture puis, de nouveau, la liberté et la fortune. Cet homme, c’est Jacques Coeur. Il faut tout oublier de ce que l’on sait sur le Moyen Âge et plonger dans la fraîcheur de ce livre. Il a la puissance d’un roman picaresque, la précision d’une biographie et le charme mélancolique des confessions.

« Le grand cœur » n’a rien à voir avec l’Afrique. Jean-Christophe Rufin revient chez Gallimard et y retrouve la veine de « L’Abyssin » ou de « Rouge Brésil« . Un ample roman historique, un héros charismatique au destin hors du commun, un style d’une extrême élégance qui ne verse jamais dans le maniérisme …

Mais quand Jean-Christophe Rufin nous parle de Jacques Coeur, c’est aussi – c’est peut-être surtout – de lui-même qu’il nous parle. Originaire de Bourges, Jean-Christophe Rufin a toujours été fasciné par le palais Jacques Cœur, mi-Moyen Âge, mi-Renaissance, au point de faire des recherches sur son créateur, dont le destin s’est avéré extraordinaire. 

Ce qui le définit d’abord, c’est son attirance pour l’Ailleurs. Jacques Coeur – comme Jean-Christophe Rufin – est attiré par les confins du monde. Il en a une approche très sensorielle : les odeurs, les sonorités des langues, la physionomie des populations influencent sa perception. du coup, ce personnage est parfois insaisissable : alors qu’on le croit ici, il est déjà en partance vers là-bas.

Autre trait caractéristique de Jacques Coeur (et de Jean-Christophe Rufin !) : c’est un touche-à-tout de génie qui réussit, avec une apparente désinvolture, dans tous les domaines.

Jacques Cœur, comme Jean-Christophe Rufin, est un solitaire. Il ne fait partie d’aucune coterie, d’aucun clan. D’origine modeste, il n’a pas hérité ses titres de ses ancêtres. Il s’est fait seul, sans verser pour autant dans le carriérisme ou l’arrivisme. Il a une conscience aiguë de la fragilité des choses et de leur caractère éphémère. Il connaît la fragilité des honneurs.

Jacques Cœur (comme Jean-Christophe Rufin) est fasciné par le pouvoir et par les hommes qui l’exercent. Il les fréquente, il les connaît, il lui arrive même de partager leurs passions. Mais il ne leur sacrifiera jamais son indépendance. Il porte sur eux un regard amusé, distancié, souvent critique. Au fond il s’en méfie. leurs valeurs ne sont pas les siennes.

Le Grand Cœur est donc le roman de l’ambition. Non celle, vulgaire et trop peu romanesque, qui conduit à tout faire pour devenir riche et puissant, mais celle, beaucoup plus subtile, qui mène l’homme de peu à devenir meilleur. Jacques Cœur est né bourgeois dans une France que l’on ne disait pas encore « d’en bas ». C’est lui qui raconte, au crépuscule de sa vie, comment il s’arracha à la condition qui était la sienne, devint monnayeur, voyagea en Orient, gagna la confiance du jeune Charles VII, aida ce dernier à faire d’un champ de bataille un royaume, réorganisa l’économie d’un pays ruiné par une guerre qui durait depuis cent ans, tourna le regard vers l’Italie et Constantinople…  

Jacques Coeur fut longtemps calomnié, pris pour un intrigant devenu argentier du roi pour mieux entasser une fortune et saigner le royaume. La réalité? Il préfigure la Renaissance. Avec un demi-siècle d’avance, il s’engage dans le mécénat, réorganise les finances par le commerce en favorisant la production, développe le goût du luxe non pour ce que l’on appellerait le « bling-bling » du pouvoir mais parce que ce luxe résulte de ce que l’esprit humain apprend à créer pour restituer à nos vies confinées les richesses naturelles dont nous sommes coupés. Il devint l’amant d’Agnès Sorel, la favorite du roi, et le banquier de la Couronne. De ces deux affronts, le second fut le plus grave. Charles VII le bannira, dissimulant sa trahison sous les apparences d’une faveur. Cet aspect (les relations de pouvoir entre le petit roi de Bourges et son grand argentier) est le plus passionnant de ce saisissant roman d’aventure. 

 

L’auteur :

Jean-Christophe RufinJean-Christophe Rufin, né à Bourges dans le Cher le 18 juillet 1952, est un médecin, historien, écrivain et diplomate français. Il a été élu en 2008 à l’Académie française dont il est le plus jeune membre.

Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

 

Enfance et formation :

Après le départ de son père, vétérinaire, sa mère, qui travaille à Paris comme publicitaire, ne peut l’éduquer seule ; il est alors élevé par ses grands-parents. Son grand-père, médecin, qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges.

À 18 ans, Jean-Christophe Rufin revoit son père par hasard. « J’avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m’a demandé mon nom et a blêmi. C’était ma demi-sœur, elle m’a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens Janson-de-Sailly et Claude-Bernard, il entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l’Institut d’études politiques de Paris. En 1975, il est reçu au concours d’internat à Paris. Il travaille à l’hôpital Rothschild, en salle commune. Bien qu’ayant choisi la neurologie comme spécialité, en 1976, il part effectuer son service militaire comme coopérant en Tunisie où il exerce en maternité.

Carrière :

Carrière médicale :

              Interne (1975-1981), chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983), puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris. En 1981, il devient chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris, puis attaché des hôpitaux de Paris en 1983 pour deux ans. Il reprend la médecine à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine.

Président d’Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l’écriture. Il reste cependant président d’honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

Carrière dans l’humanitaire :

              Comme médecin, il est l’un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. Il y rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d’ACF en Éthiopie.

Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières, mais quitte l’association au moment de la marche pour le Cambodge.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française.

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l’École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ».

Carrière dans les ministères et la diplomatie :

              Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980, il devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d’État aux Droits de l’homme, Claude Malhuret.

En 1989-1990, il s’expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France.

En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud, et le restera deux ans.

Directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques entre 1996 et 1999, il conduit la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine. Il fait libérer onze otages français de l’association Première Urgence détenus par les Serbes de Bosnie, « en sympathisant avec les geôliers et en s’obligeant à boire avec eux »5. Cette mission lui vaudra l’inimitié de Dominique de Villepin, alors au cabinet d’Alain Juppé au ministère des Affaires étrangères.

En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel au Nordeste brésilien.

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l’attention sur l’antisémitisme, qui n’a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d’Al-Qaïda après l’assassinat de touristes français en Mauritanie.

En décembre 2008, il déclare lors d’une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat du Sénégal, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L’ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ».

Il quitte ses fonctions d’ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement ».

En parallèle, il est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l’université Paris 13 (1993-1995) et à l’École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense).

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d’administration de l’Institut Pasteur, de France Télévisions et de l’OFPRA.

En 2007, il a été membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Carrière littéraire :

              Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l’a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d’aventures, historiques, politiques, sont de la veine des récits de voyage et d’anticipation : « J’ai été déformé dans le sens du visuel. […] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d’écrivains : l’écrivain musicien et l’écrivain peintre. Moi je suis peintre. […] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps. »

Jean-Christophe Rufin est élu à l’Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, contre 12 à l’écrivain et producteur Olivier Germain-Thomas, deux bulletins blancs, une croix, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat. En septembre 2010, il reçoit la Plume d’Or de la Société des Auteurs Savoyards, présidée par Michel Germain, pour l’ensemble de son oeuvre. il est vrai que cet académicien, membre d’honneur de la SAS, cherche souvent refuge du côté de Saint-Nicolas-de-Véroce en Haute-Savoie.

Essais :

       – Le Piège humanitaire – Quand l’humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.

– L’Empire et les nouveaux barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)

– La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.

– L’Aventure humanitaire,  éd. Gallimard, 1994.

– Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

Un léopard sur le garrot,  éd. Gallimard, 2008 (autobiographie) en « Folio » no 4905 (ISBN 2-07-035991-3).

Romans :

 – L’Abyssin,  éd. Gallimard, 1997 (ISBN 2-07-074652-6), prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée, 300 000 exemplaires vendus et 19 traductions.

 – Sauver Ispahan,  éd. Gallimard, 1998.

Les Causes perdues,  éd. Gallimard 1999, prix Interallié 1999, Prix littéraire de l’armée de terre – Erwan-Bergot 1999 ; réédité avec le titre Asmara et les causes perdues en « Folio ».

Rouge Brésil,  éd. Gallimard, 2001 (ISBN 2-07-030167-2), prix Goncourt 2001 ; en « Folio » no 3906.

Globalia,  éd. Gallimard, 2004 ; en « Folio » (ISBN 2-07-030918-5).

La Salamandre,  éd. Gallimard, 2005 ; en « Folio » (ISBN 2-07-032876-7).

Le Parfum d’Adam,  éd. Flammarion, 2007.

Katiba,  éd. Flammarion, 2010 (ISBN 2-08-120817-2 et 978-2081208179).

– Le Grand Cœur,  éd. Gallimard, 2012 (ISBN 978-2-07-011942-4).

Nouvelles :

– Sept histoires qui reviennent de loin,  éd. Gallimard, 2011 (ISBN 978-2-07-013412-0).

En collaboration

– Économie des guerres civiles, avec François Jean,  éd. Hachette, 1996.

Mondes rebelles, avec Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balancie,  éd. Michalon, 1996.

 

Récompenses:

– Prix Goncourt du premier roman 1997, pour son roman L’Abyssin.

– Prix Méditerranée 1997, pour son roman L’Abyssin.

– Prix Interallié 1999, pour son roman Les Causes perdues.

– Prix Erwan-Bergot 1999, pour son roman Les Causes perdues.

– Prix Goncourt 2001 et Grand prix de l’Académie de marine, pour son roman Rouge Brésil2.

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Décorations et Distinctions :

– Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur

– Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

– Membre du jury du Prix Joseph Kessel

– Docteur honoris causa de l’Université Laval (Québec)

– Docteur honoris causa de l’université catholique de Louvain (Belgique) (2006)

Vie privée :

Jean-Christophe Rufin est père de trois enfants : Maurice, le fils ainé puis, avec sa deuxième épouse l’éthiopienne Azeb, deux filles : Gabrielle (en 1993) et Valentine (en 1995). Il a rencontré Azeb en Érythrée. Jusqu’à sa nomination comme ambassadeur de France au Sénégal, il résidait une grande partie de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce, dans le massif du Mont-Blanc. Le 25 août 2007 a eu lieu son mariage à Saint-Gervais-les-Bains.

Ce Rufin est une énigme. Brillant médecin du monde, agitateur d’idées engagé dans l’action humanitaire, compagnon de Kouchner et de Malhuret, de Médecins sans frontières au couloir d’un ministère, président d’Action contre la faim, administrateur de la Croix-Rouge, présentement ambassadeur de France à Dakar (Sénégal) et à Banjul (Gambie), il a mené la carrière littéraire la plus brillante de ces dernières années. Avec, en dix ans à peine, le Goncourt 1997 du premier roman (L’Abyssin, l’Interallié 1999 (Les Causes perdues), le Goncourt 2001 (Rouge Brésil). On n’oublie pas l’élection à l’Académie française en 2008 au siège d’Henri Troyat, ni les succès de librairie de Globalia (2004) et du Parfum d’Adam (2007). Avec cela, un statut d’écrivain voyageur, entre Joseph Kessel et Henri de Monfreid. Une vraie statu(r)e de Commandeur, à moins de 60 ans, avec des essais qui font date (Le Piège humanitaire, La Dictature libérale), une autobiographie cinglante (Un léopard sur le garrot), une boulimie d’écrire.

 

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