Reza Yasmina ♦ Heureux, les heureux

Heureux, les heureuxYasmina Reza peint une galerie de 18 personnages aussi singuliers qu’attachants.

Dans cette œuvre, Yasmina Reza se penche sur la vie de couple et nous livre une succession d’histoires croisées mettant à nu les dessous souvent sinistres de la vie conjugale…

On y rencontre des personnages de tous âges, des hommes, des femmes, une secrétaire médicale, un joueur, un cancérologue, une vieille tante, un jeune homme qui se prend pour Céline Dion (sérieusement), des fils et des pères, des épouses et des maîtresses, des amants, chacun et chacune étant à la fois l’un ou l’autre, l’un et l’autre, comme dans la vie.

Dans une ronde à la Arthur Schnitzler, Yasmina Reza raconte quelques fugitifs instants de gens d’aujourd’hui. Trentenaires ou plus, hommes, femmes, malades ou frénétiques, plutôt riches que pauvres, plutôt gagnants que perdants. Apparemment. Car, dans ces courts récits écrits à la première personne, dix-huit perdus se débattent comme ils peuvent avec un réel qui échappe, des rêves en vrac, une spiritualité (plutôt juive) en friche. Sauf Jacob, peut-être, le fils étrange qui se prend pour Céline Dion, s’habille comme elle, chante comme elle et parle désormais avec l’accent canadien du fond de son asile psychiatrique.

Le plus « heureux » de la sarabande ? D’un chapitre l’autre, chacun intitulé du nom d’un certain personnage, en réapparaissent d’autres, déjà croisés ailleurs. Yasmina Reza compose une sorte de comédie humaine balzacienne, où l’amitié, l’amour, la réussite, le pouvoir, la filiation, l’addiction, la maladie passent au laser de son écriture sans graisse, drôle, caustique et carnassière

 En femme de théâtre accomplie, dans ce roman qui pourrait être aussi une suite de brillants monologues pour la scène, Yasmina Reza excelle pourtant à inscrire les labyrinthes et marécages indicibles, voire impensables, de tout un chacun. Les émotions, cette sorcière connaît, et nous en révèle même ici encore d’insoupçonnables, d’insoupçonnées. D’inconsolables.

Les heureux de Yasmina Reza n’ont rien de ravis de la crèche. Ce sont des tourmentés le plus souvent rageurs et hystériques, le nez collé sur un quotidien qu’ils ne maîtrisent plus, un avenir qu’ils n’imaginent même pas, et des désirs en faillite, des vertiges, des malaises et des crises. 

Si c’est le beau roman de la maturité — un de ses premiers « vrais » romans d’ailleurs —, le dernier opus de la dramaturge (et cinéaste) Yasmina Reza est singulièrement effrayant sous son ironie implacable, son humour plus que noir. Rien que le titre, déjà, qui plagie de cruelle façon les huit Béatitudes énoncées par le Christ dans son Sermon sur la montagne (Matthieu 5-3).

 

L’auteur :

Yasmina RezaYasmina Reza est une femme de lettres française, née le 1er mai 1959 à Paris. Les gens qui la fréquentent ou qui l’ont croisée évoquent immanquablement une personne à la fois timide, généreuse, drôle et fidèle. Tous brossent le portrait d’une femme rapide, impatiente, fonceuse. Elle est mère d’une fille, Alta, née en 1988 et d’un fils, Nathan, né en 1993.

Fille d’un ingénieur juif mi-russe mi-iranien et d’une violoniste juive de Hongrie, arrivée en France pour fuir la dictature soviétique, Yasmina Reza évolue dès son enfance dans une atmosphère aussi artistique que cosmopolite.

Elle étudie le théâtre et la sociologie à l’université de Nanterre. Nourrie par le théâtre de Nathalie Sarraute, elle se met elle aussi à écrire des pièces, actuellement traduites en trente-cinq langues et jouées dans le monde entier.

Elle a raté l’épreuve d’entrée au Conservatoire et a été un temps actrice avant de commencer à écrire.

En 1987, elle reçoit le Molière de l’auteur pour sa pièce de théâtre « Conversations après un enterrement » et à nouveau la même récompense en 1995 pour « Art », spécialement écrit pour Vaneck, Luchini et Arditi, et qui rencontre un franc succès grâce aux dialogues savoureux servis par des acteurs en grande forme.

Son premier roman, « Une désolation », paru en 1999, revêt la forme d’un monologue.

L’année suivante, elle rédige le scénario du « Pique-nique de Lulu Kreutz », le film de son compagnon Didier Martiny, mettant en scène des « paumés » fiers et joyeux, conscients d’une histoire qui les dépasse, mais dont ils tiennent à rester les témoins sarcastiques. Des personnages que Yasmina Reza affectionne particulièrement et qui déambulent le long de son œuvre.

À partir de l’automne 2006, elle suit Nicolas Sarkozy pendant sa campagne électorale, afin d’écrire un livre-enquête intitulé « L’Aube, le soir ou la nuit », sorti le 24 août 2007. Le livre est dédié à « G » et, selon le Sunday Times de Londres, il s’agirait de Dominique Strauss-Kahn.

En janvier 2008, elle écrit et met en scène une pièce de théâtre : « Le Dieu du carnage » au théâtre Antoine. La distribution comprend notamment Isabelle Huppert à qui elle confie le rôle principal, André Marcon, Valérie Bonneton et Éric Elmosnino. Trois ans plus tard, en 2011, la pièce est adaptée au cinéma par Roman Polanski. Son travail d’adaptation est récompensé d’un César de la meilleure adaptation, avec Polanski.

En 2009, elle porte à l’écran sa propre pièce, « Une pièce espagnole » (qui devient Chicas au cinéma), avec Carmen Maura, André Dussollier et Emmanuelle Seigner.

 

Depuis 1997, Yasmina Reza est également auteur d’œuvres littéraires avec Hammerklavier, Une Désolation, Hommes qui ne savent pas être aimés, Dans la luge d’Arthur Schopenhauer, Nulle part et L’Aube, le soir ou la nuit.           

Ses pièces mettent souvent en scène des personnages contemporains, dont elles reflètent les défauts et le ridicule. Sa première pièce, Conversations après un enterrement, est créée à Paris en 1987.

Depuis, ses œuvres théâtrales ont été adaptées en plus de 35 langues et produites dans des théâtres de renom : au Royal Shakespeare Theatre, au Royal National Theatre, au Berliner Ensemble, à la Schaubühne de Berlin, en passant par le Burgtheater de Vienne, ou encore le Théâtre dramatique royal de Stockholm.

Sa pièce, « Comment vous racontez la partie », paraît chez Flammarion en mars 2011. La création mondiale aura lieu le 4 octobre 2012, à Berlin, au Deutsches Theater, dans une mise en scène de Stephan Kimmig, sous le titre Ihre Version des Spiels, avec Corinna Harfouch et Karhrin Wichmann.

Yasmina Reza a obtenu de prestigieuses récompenses et notamment les deux prix anglo-saxons les plus réputés : deux Laurence Olivier Award (Royaume uni) et deux Tony Award Award de la meilleure pièce, à New York (États-Unis) pour « Art » (1998) et Le Dieu du Carnage (2009). Ce prix prestigieux, considéré comme l’équivalent des Oscars pour le théâtre, n’avait jamais été donné auparavant à un auteur non anglo-saxon.

Elle est aussi apparue comme actrice dans quelques films : Loin d’André Téchiné, Le Goûter chez Niels et À demain de Didier Martiny.

En 2013, Yasmina Reza publie un nouveau roman chez Flammarion, Heureux les heureux.

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