Ferrari Jérôme ♦ Le sermon de la chute de Rome

le sermon sur la chute de RomeLe Sermon sur la chute de Rome est un roman de Jérôme Ferrari paru le 22 août 2012 aux éditions Actes Sud. Il obtient le prix Goncourt 2012.

Ce roman de Jérôme Ferrari a été présélectionné dans la première liste de 12 romans en lice pour le prix Goncourt 2012 (puis dans les listes réduites à huit et à quatre romans), pour la liste finale des quatre romans pour le prix Femina, ainsi que dans la liste finale de trois romans pour Grand Prix du roman de l’Académie française.

Le 7 novembre 2012, le roman est récompensé par le prix Goncourt au deuxième tour de scrutin par cinq voix contre quatre à Peste et Choléra de Patrick Deville et deux voix à La Vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Il obtient ainsi cette deuxième prestigieuse récompense pour la maison d’éditions Actes Sud.

Cet ouvrage raconte au début quatre histoires entremêlées, qui n’en formeront par la suite plus que trois : celle de Matthieu et celle du bar qui vont fusionner quand il va en reprendre la gérance, celle de son grand père Marcel et de sa sœur Aurélie. Le fil conducteur du livre est le destin de Matthieu qui décide un beau jour de quitter ses études parisiennes et de reprendre la gérance d’un bar corse avec son ami d’enfance Libero. Le livre relate la lente décomposition d’un univers créé autour de ce bar; un monde qui semblait pourtant être parfait et idéal.

Les sept parties du livre ont pour titres des phrases extraites de La Cité de Dieu de Saint Augustin. L’auteur fait aussi allusion à Gottfried Wilhelm Leibniz dans son livre.

Deux étudiants en philosophie à Paris, Matthieu et Libero, retournent en Corse. Ils vont reprendre le bar de leur village qui périclite. Matthieu n’a jamais vécu dans l’île, hormis pendant ses vacances, mais il rêvait de s’y installer, espérant retrouver là-bas l’innocente liberté qu’il avait connue pendant les étés de son enfance. Fils de berger, Libero, lui, a cessé de rêver. Ses études ont achevé de le convaincre qu’il n’y a pas de sens à trouver à l’histoire. En rentrant au village, dont il avait réussi à s’extraire, une rage sourde l’habite. Il a le désespoir des idéalistes déçus.

Contre toute attente, alors que le village semblait sur le point de mourir, les deux amis parviennent à ranimer le bar, à recréer une communion festive, une vie bouillonnante, avec une clientèle hétéroclite et joyeuse, un quatuor de serveuses, un joueur de guitare: «On aurait dit que c’était le lieu choisi par Dieu pour expérimenter le règne de l’amour sur terre.» Ce n’est pas l’avis d’Aurélie, la sœur de Matthieu, qui enrage de voir son frère se réfugier dans cette illusion villageoise infantile. Aurélie est-elle devenue cynique à force d’être lucide, comme son grand-père Marcel, dont la vie magistralement ramassée en quatre chapitres, récapitule l’histoire du XXe siècle? Né en 1918, sur les décombres d’un monde englouti par la Grande Guerre, de santé douloureuse, Marcel était parti combattre en 1939, puis travailler dans l’administration coloniale pour échapper à l’immobilisme de l’île, mais, toujours, il vécut dans le ressentiment, comme si la vie avait une dette envers lui et qu’elle ne lui avait jamais donné ce qu’il était en droit d’en attendre.

Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.

Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies

« Rome n’est ici que l’un des multiples noms portés par le monde et je voulais poser à mon tour, avec ce roman et dans les termes qui sont ceux du roman, la question : qu’est-ce qu’un monde ? Chaque personnage a le sien, qui le sépare irrémédiablement des autres. Il y a un très vieil homme qui a traversé tout le XXe siècle à la poursuite de l’Histoire sans jamais la rattraper ; une jeune femme qui ramène à la lumière des vestiges enfouis et ne veut pas laisser la vie s’éteindre ; deux amis d’enfance qui reprennent le bar de leur village et cheminent côte à côte vers le désastre. Mais chacun d’eux répond à sa manière à la même question. En chacun d’eux se manifeste la présence ou l’absence d’un monde, avec les éléments qui en assurent la cohésion provisoire autour d’un centre de gravité trop fragile, et chacun d’eux, puisque un monde, quelles que soient son ampleur ou sa durée, doit naître, grandir et mourir comme un homme, vient porter témoignage à sa manière des origines et de la fin. Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. »  Jérôme Ferrari

 

L’auteur :

Jérôme FerrariJérôme Ferrari, né en 1968 à Paris, est un écrivain et traducteur français.

Il est allé au lycée à Ivry-sur-Seine, puis en classes préparatoires à Paris.

Son père travaillant à Air France, toute la famille part pour la Corse chaque fois que des vacances se présentent. Jérôme, y va le plus souvent possible. Plus tard, muni du Capes, puis agrégé, il enseigne à Porto-Vecchio et à Ajaccio,

Jérôme Ferrari effectue une partie de ses études à la Sorbonne, où il obtint la licence de philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Il débute une carrière d’écrivain en 2001 avec un recueil de nouvelles, Variété de la mort et un roman, Aleph Zero. Auteur à la plume corrosive, Jérôme Ferrari s’inspire de la Corse, son lieu de résidence (il enseigne dans un lycée d’Ajaccio), pour écrire Balco Atlantico, paru chez Actes Sud en 2008.

Avec son cinquième roman, Un dieu un animal l’écrivain évoque la guerre et le monde de l’après 11-Septembre.  Toujours chez Actes Sud, il publie en 2012 Le Sermon sur la chute de Rome qui obtient le Prix Goncourt.

Il vit actuellement en Corse où il enseigne depuis 2007.                 

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