Besson Philippe ♦ Son frère

Le frère du narrateur est en train de mourir. Exactement comme meurent les vieilles personnes, au bout d’une longue agonie. Mais il a une petite trentaine d’années, une petite amie et aucun indice qui laissait présager sa dégénérescence en quelques mois. Le lecteur suit à la fois cette déchéance et le désespoir de son frère.

Un jour, Thomas, 27 ans, qui est atteint d’une maladie du sang incurable, apprend qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Révolté, désespéré, il choisit d’aller vivre ses derniers jours sur l’île de Ré, dans la maison de vacances familiale. Il reprend contact avec son frère, Lucas. Celui-ci décide de l’accompagner. Et de vivre ensemble l’intensité de leurs derniers moments de solitude partagée.

Lucas s’inquiète, Lucas s’interroge, mais surtout il est là. Au-delà du constat de son impuissance à sauver son frère ou à la soulager, du constat de la solitude face à la douleur, au-delà de tous ses questionnements sur le rapport que l’on entretient à la mort, c’est sans doute ce qui m’a paru le plus fort et le plus émouvant dans ce roman : cet amour fraternel inconditionnel, généreux, viscéral.

Comme pressé lui aussi par le peu de temps qu’il reste avant l’issue fatale, Philippe Besson, en quelques 150 pages, relate, par la voix de Lucas, les jours qui rapprochent Thomas de la mort.

C’est, dans un premier temps, la peur panique provoquée par l’annonce de la maladie, la froideur du milieu médical, qui impose ses protocoles douloureux et déshumanisés, l’attitude des proches, parfois lâche ou égoïste.

Puis c’est la maladie qui s’installe, qui prend possession du corps, qui le dévaste… Alors, il n’y a plus qu’à attendre, et à essayer de vivre, jusqu’au bout.

En peu de mots, finalement, tout est dit. Le ton est juste, empreint à la fois de pudeur et d’une grande force d’évocation. C’est à la fois triste et beau. C’est à la fois sobre et puissant.

Le contexte permet aussi d’aborder de nombreux thèmes : l’acharnement thérapeutique dont font preuve les médecins parfois au mépris des sentiments du malade est très bien décrit. Par ailleurs, l’auteur peint avec précision les ressorts familiaux en recourant à des souvenirs d’enfance : ceux-là même qui nous déterminent. Enfin, il effleure de sa plume le thème de la rédemption.

 

L’auteur :

  Philippe Besson, né à Barbezieux-Saint-Hilaire le 29 janvier 1967, est un écrivain français, anciennement homme d’affaires. Il est également critique littéraire et animateur de télévision.

 Fils d’un père instituteur et d’une mère clerc de notaire (il n’a aucun de lien de parenté avec Patrick Besson), il passe son enfance en Charente, dans un petit village.

 Il entre en 1984 au lycée Montaigne de Bordeaux où il suit une prépa HEC pour entrer en 1985 à l’Ecole supérieure de commerce de Rouen. Philippe Besson est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d’un DESS de droit.

 En 1989, il s’installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social. Pendant près de 6 ans, il sera le bras droit de Laurence Parisot, en tant que DRH, puis secrétaire-général de l’Institut français d’opinion publique. Par la suite, il sera DRH de T-Online France – Club Internet.

 En 1999, la lecture de récits d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale, l’incite à écrire son premier roman : En l’absence des hommes. Ce premier ouvrage est publié en 2001 par les éditions Julliard. Le roman, qui met en scène le personnage de Marcel Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès, décerné par l’Académie Goncourt.

 La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du Prix Femina. L’adaptation cinématographique qu’en fera Patrice Chéreau en 2003, recevra l’Ours d’argent au festival de Berlin.

 L’Arrière-saison, roman publié en 2002, est récompensé par le Grand prix RTL-Lire 2003, année où paraît Un garçon d’Italie qui se voit sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis. Conforté par l’intérêt que suscitent ses ouvrages, Philippe Besson décide alors de se consacrer exclusivement à l’écriture.

Édité en 2004, son cinquième roman, Les Jours fragiles, centré sur les derniers jours d’Arthur Rimbaud, retient l’attention du cinéaste François Dupeyron. Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, pour une éventuelle adaptation au cinéma.

En 2006, L’Enfant d’octobre suscite une polémique dès sa sortie. Ce roman raconte l’affaire Gregory sous une forme romancée, alors que les différents acteurs de ce drame sont encore vivants. Pour se défendre, l’auteur souligne le fait que la mort et l’absence d’un être aimé sont des thèmes récurrents dans ses œuvres. Le roman est néanmoins salué par une partie de la critique, en dépit de son inspiration d’un fait divers encore frais dans l’actualité.

Changement de registre en 2007 avec le très mélancolique Se résoudre aux adieux. Philippe Besson ne cesse de surprendre et d’intriguer.

En mars 2007, il a signé avec 150 personnes un texte qui appelait à voter pour Ségolène Royal, candidate à l’élection présidentielle, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance ».

En 2009 il publie Un homme accidentel, dont l’intrigue se déroule à Beverly Hills et il participe avec d’autres auteurs à Huit, un recueil de nouvelles sur les objectifs pour le développement.

Toujours en 2009, il s’intéresse encore une fois aux Etats-Unis dans La trahison de Thomas Spencer, qui raconte la vie de deux amis nés le même jour.

À la rentrée 2010, il commence l’animation de l’émission Paris Dernière, sur Paris Première.

En 2011 il publie Retour parmi les hommes et écrit le scénario de Raspoutine de Josée Dayan pour la télévision.

En 2012, il publie Une bonne raison de se tuer et participe au jury du festival LGBT Chéries-Chéris au Forum des Images.

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