Khadra Yasmina ♦ L’Olympe des infortunes

Yasmina Khadra nous plonge dans l’univers méconnu des sans-abri, une galerie de personnages tour à tour cocasses, déroutants et attachants dans l’Olympe des Infortunes, un terrain vague (sorte de «cour des miracles»), un no man’s land en marge de la ville, de ses valeurs, de sa décadence et de son individualisme.

Coincée entre une décharge publique et la mer, hors du temps et de toute géographie, l’Olympe des Infortunes est un terrain vague peuplé de vagabonds et de laissés-pour-compte ayant choisi de tourner le dos à la société.

C’est un pays de mirages et de grande solitude où toutes les hontes sont bues comme sont tus les secrets les plus terribles.

Là vit Ach le Borgne, aussi appelé « le Musicien » parce qu’il sait, en quelques accords de banjo, faire chanter la lune, et qui a pris sous son aile Junior le Simplet, un jeune et naïf va-nu-pieds qui lui voue une admiration sans limites. Auprès de Ach, Junior s’initie à la philosophie des Horr. Le Horr est un clochard volontaire qui a pris le parti de vivre en marge de la ville en rejetant toutes ses valeurs : argent, travail, famille. Refusant jusqu’à la mendicité, le Horr se croit libre de toute attache. Mais lorsqu’une affection, souvent plus profonde qu’il n’y paraît, vient à naître entre les membres de cette communauté d’ivrognes et de bras-cassés, tout détachement s’avère alors bien illusoire.

On a aussi Mama la Fantomatique qui passe ses journées à s’occuper de Mimosa son compagnon qu’elle promène dans une brouette tellement il est saoul qu’il ne peut même plus se traîner tout seul. Mais aussi Haroum qui creuse sans cesse et sans but le sable, Bliss qui passe ses journées à élever des chiens et rejette tout contact avec ses semblables et enfin le Pacha, véritable chef du lieu, autour de qui gravite toute une cour de personnages aussi obscurs qu’inquiétants et qui pour la plupart sont des soûlards… 

Tous ce petit monde vit par affinités, certains protégeant les autres.

Tout ce petit monde vit quasiment en autarcie, plus copains qu’amis, trouvant de quoi se vêtir et de quoi se nourrir dans les déchets de la décharge, buvant beaucoup, entre une dispute et une réconciliation, un départ et un retour, un décès et un heureux événement… Une étrange solidarité et un respect mutuel les lient entre eux, et chacun y trouve et reste à sa place.

Tout pourrait aller bien dans le meilleur des mondes, si un jour n’apparaissait pas dans le terrain vague Ben Adam, un mystérieux personnage, prêcheur religieux, une sorte de bon samaritain, qui vient leur expliquer qu’une autre vie existe, que l’espoir existe, qu’il est encore permis de rêver…

À travers cette galerie de portraits bigarrés, se dégage une dimension symbolique où l’esprit de solidarité, le sens du compagnonnage qui règnent chez les Horr contrastent avec la violence et l’individualisme de la société moderne.

 

L’Olympe des Infortunes est une métaphore qui dénonce avec force la décadence de notre civilisation.

 

L’auteur :

On sait depuis peu que Yasmina Khadra est un pseudonyme : derrière ce double prénom féminin se cache un homme, officier supérieur de l’armée algérienne : Mohamed Moulessehoul.

 Il choisit ce pseudonyme pour échapper à une forme d’autocensure perceptible dans ses premiers textes, mais aussi pour rendre hommage à son épouse (Yasmina et Khadra sont ses deux premiers prénoms) et au courage des femmes algériennes.

 Né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans le Sahara algérien d’un père infirmier et d’une mère nomade, Yasmina Khadra est confié dès l’âge de neuf ans à une école militaire. Son père, un officier de l’ALN blessé en 1958, voulut faire de lui un soldat. Il en ressort sous-lieutenant en 1978 pour rejoindre les unités de combat.

 Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 1990, il fut l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA, en particulier en Oranie.

 Durant son engagement dans l’armée algérienne, il publie en Algérie et sous son vrai nom des nouvelles et des romans. En 2000, après trente-six ans de vie militaire, il décide de quitter l’armée pour se consacrer à la littérature et vient s’installer en France avec sa famille.

 L’année suivante, il publie « l’écrivain »où il révèle sa véritable identité, puis « L’imposture des mots », livre dans lequel il justifie sa démarche.

 Auteur notamment de nombreux polars, Yasmina Khadra est internationalement reconnu. Ses romans sont traduits dans vingt-cinq pays.

 Yasmina Khadra bouleverse les points de vue purement occidentaux sur la réalité du monde arabe, dans des romans qui critiquent la bêtise humaine et la culture de la violence. Il évoque son Algérie natale, sa beauté et sa démesure, mais aussi la fureur qui y sévit au nom de Dieu, les lâchetés et les inadmissibles compromissions.

Les hirondelles de Kaboul, sur l’Afghanistan, Les sirènes de Bagdad(2006), sur la guerre en Irak, ou encore L’attentat (2005), sur la descente aux enfers d’une Palestinienne entraînée vers le terrorisme, abordent eux aussi le problème de la violence, dans une écriture lyrique et dépouillée, alliant la beauté et l’insoutenable.

Yasmina Khadra, qui signifie « jasmin vert » en arabe, est le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans la wilaya de Bechar dans le Sahara algérien .

Mohammed Moulessehoul choisit en 1997, avec le roman Morituri, d’écrire sous pseudonyme. Diverses raisons l’y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l’intolérance.

Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms, Yasmina Khadra, et ne révèle son identité masculine qu’en 2001 avec la parution de son roman autobiographique « L’Écrivain » et son identité tout entière dans « L’imposture des mots » en 2002. Or à cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques.

Il acquiert sa renommée internationale avec les romans noirs du commissaire Brahim Llob : « Morituri », adapté au cinéma en 2007 par Okacha Touita, « Double Blanc » et « L’Automne des chimères ». Llob est un incorruptible, dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir. Son Algérie saigne à plaies ouvertes et cela révolte le commissaire. Llob n’hésite donc pas à prendre le risque de fouiner dans les hautes sphères de la société, ce qui lui vaut bien vite la sympathie du lecteur malgré sa vulgarité ou ses côtés parfois misogynes, voire homophobes. Cette série s’enrichit en 2004 d’un autre roman « La Part du mort ».

Khadra illustre également « le dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident » avec les trois romans : « Les Hirondelles de Kaboul », qui raconte l’histoire de deux couples Afghans sous le régime des Talibans. « L’Attentat », roman dans lequel un médecin arabe, Amine, intégré en Israël, recherche la vérité sur sa femme kamikaze. « Les Sirènes de Bagdad » relate le désarroi d’un jeune bédouin irakien poussé à bout par l’accumulation de bavures commises par les troupes américaines.

Yasmina Khadra est traduit dans quarante-et-un (41) pays : Abou Dhabi,Albanie, Algérie (en arabe pour le Maghreb), Allemagne, Autriche, Brésil, Bulgarie, Corée, Croatie, Danemark, Estonie, États-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Grèce, Espagne (castillan et catalan),Hongrie, Inde, Indonésie, Islande, Italie, Israël, Japon, Liban (en arabe pour le Machrek), Lituanie, Macédoine, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Qatar, Roumanie, Russie,Serbie, Slovénie, Suède, Suisse, Taïwan, République tchèque, Turquie, Vietnam.

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